La chain est triste hélas : écrire, filmer, penser le corps dysphorique

par Eloise Delsart

Projet de thèse en Langues et litteratures francaises

Sous la direction de Jean-michel Devesa.

Thèses en préparation à Limoges , dans le cadre de Lettres, Pensée, Arts et Histoire , en partenariat avec Espaces Humains et Interactions Culturelles (equipe de recherche) depuis le 16-01-2017 .


  • Résumé

    Au début des années 2000, le monde littéraire francophone a vu émerger différentes écritures autofictionnelles féminines, à la fois intimistes et provocantes, froides et passionnées, cassantes et pénétrantes. Souvent a-t-on cru pertinent de regrouper en un seul mouvement des auteures telles que Nelly Arcan, Catherine Millet, Virginie Despentes, Christine Angot, Ann Scott ou encore Catherine Breillat, sous une appellation fourre-tout « femmes qui parlent de sexualité », toutes unies non pas par leur plume mais par le simple fait d'appartenir au même sexe. Ainsi Le Figaro les a désignées non sans un soupçon de mépris comme des « dames qui aiment la chair fraîche ». Ce « mouvement » marquait une forme de renouveau de l'écriture de l'intime, de l'écriture de soi, genre dans lequel les femmes étaient supposées se livrer avec plus de hardiesse. On y a vu le désir d'émancipation d'un univers masculin par le biais de l'écriture et à travers le prisme de ce par quoi elles avaient le plus étaient bridées oppressées : la sexualité. Sans doute ces prises de parole et ces interventions « du côté du sexe » émanant de femmes correspondaient à une réaction : après le silence imposé pendant des siècles, elles réagissaient « là »  où les hommes les avaient le plus bridées, exploitées, dominées. Certains recoupements semblaient tant évidents que la presse ainsi cru bon de créer une catégorie rassurante, un fictif courant féminin, pour ne pas dire « une mode », qui noie les individualités, refusant de reconnaître ce qui faisait le caractère unique de chaque œuvre, étouffant ainsi leur caractère dérangeant voire subversif. Ainsi, à force de parcourir toutes ensemble les plateaux télévisées, beaucoup n'ont été considérées que comme des produits littéraires jetables et n'ont pas été considérées à leur juste valeur. Mais n’y a-t-il d'autre point de jonction ou de convergence entre les œuvres de ces différentes auteures ? Ou tout cela n'a-t-il jamais été qu'une mascarade d'éditeurs et de journalistes « surfant » sur une mode littéraire et spectaculaire ? À travers cette thèse, nous nous interrogerons quant à la spécificité d'une écriture de l'intime féminine. Nous nous pencherons tout particulièrement sur le caractère tant dystopique que dysphorique des œuvres de notre corpus. Bien qu'ayant été souvent envisagé comme un mouvement libérateur, nous constaterons que nos auteures ne s'inscrivent explicitement dans aucun combat. Les narratrices de ces œuvres, bien que parfois en colère contre cette société qui ne les définissent que par le paraître là où les hommes se définissent par l'agir, ne cherchent pas à renverser cet ordre établi. Trop nihilistes pour espérer l'avènement d'une quelconque révolution, elles ne tendent à aucun idéal utopique et n'exprime aucune revendication identifiée comme féministe. Au lieu de vouloir « détruire le patriarcat » elles ne peuvent parfois que se détruire elles-mêmes, pour ensuite se reconstruire (Breillat) ou au contraire encore plus se disloquer et mourir (Arcan). En cela, nous avancerons l'hypothèse que cette forme d'écriture n'est pas politique, elle est au contraire profondément « dystopique », dans le sens où elle exprime une désillusion totale vis-à-vis de la société. Elle n'aspire à aucune utopie, elle est sans espoir. Nous envisagerons enfin cette écriture féminine comme une quête métaphysique. Chez Arcan par exemple, les narratrices s'égarent tant dans la multiplicité des identités mal balisées qu'il ne leur reste plus que l'écriture qui prend la forme de leurs névroses : écriture de l'anorexie entre autres qui, par la suppression de la chair et du surplus de peau, laisse à voir le dedans de l'être-à-vif. Arcan « vomit » son texte, enfante de son oeuvre dans une série de spasmes. Par l'écriture et le recours à la crudité, les auteures de notre corpus exposent ainsi à la face du lecteur le contenu de leurs entrailles, elles s'éventrent dans une littérature que l'on peut qualifier de sacrificielle, elles se livrent à un seppuku littéraire. Nous proposerons une lecture de notre corpus à partir de cette interprétation : le caractère explicite de ces œuvres, loin d'être érotique, n'a pour but que pour dévoiler le « dedans de l'être-à-vif ». Ainsi nos auteures ne cherchent nullement à émoustiller le lecteur, ni même à revendiquer quoi que ce soit. Elles s'inscrivent dans une recherche de véridicité de l'être et, par la-même, dans une quête ontologique.


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