Explorer ce qui fait bien-être dans son cadre de vie : une recherche ancrée dans le vécu des habitants de quartiers défavorisés en France.

par Anne-Laure Legendre

Projet de thèse en Architecture, Aménagement

Sous la direction de Yorghos Remvikos.

Thèses en préparation à université Paris-Saclay , dans le cadre de SCIENCES SOCIALES ET HUMANITES , en partenariat avec Cultures, Environnements, l'Arctique et ses Représentations, Climats (laboratoire) , Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (référent) et de Université Paris-Saclay. Graduate School Sociologie et science politique (2020-....) (graduate school) .


  • Résumé

    La diversité des territoires et des cultures reflète de multiples modes de vie, mais que ce soit par choix ou par contrainte, une part considérable de la population mondiale vit désormais dans des milieux urbanisés. Ces territoires concentrent de nombreux facteurs d'attractivité, mais aussi des problématiques environnementales, sanitaires et sociales complexes, et surtout des situations d'inégalités d'accès à un cadre de vie de qualité. Alors, qu'est-ce qui pourrait faire le bien-être des habitants dans leur cadre de vie ? Il ne peut exister aucun indicateur unique et absolu de cette notion ambiguë de bien-être, mais la question de la manière dont on l'évalue reste entière. L'urbanisme, la santé publique, la sociologie, ou encore la philosophie nous proposent de multiples conceptions pour aborder le sujet. Toutefois, peut-on de considérer l'étude du bien-être de manière extérieure, sans les personnes concernées ? Pour des raisons épistémologiques, mais aussi éthiques, nous avons pris le parti d'étudier le bien-être dans son cadre de vie en partant du point de vue des habitants. Nous avons aussi fait le choix de porter notre attention sur les quartiers prioritaires de la politique de la ville, en raison des inégalités sociales et territoriales en présence. La thèse s'articule autour de différentes recherches-actions participatives menées avec des municipalités en région parisienne et à La Rochelle dans le cadre d'actions publiques portant sur le cadre de vie (gestion urbaine, aménagement urbain, rénovation urbaine). Notre travail s'appuie plus particulièrement sur l'évaluation des impacts sur la santé (EIS) de deux projets urbains à Nanterre et La Rochelle, des démarches que nous avons portées de manière ouverte, en impliquant les agents et acteurs locaux dans le sens d'une recherche d'apprentissage collectif des liens entre santé, bien-être et urbanisme. L'originalité du travail tient également aux croisements réalisés entre les savoirs de l'expertise et ceux de l'expérience collectés à travers des enquêtes de type ethnographique menées auprès d'habitants de quartiers défavorisés. Les récits permettent de porter notre attention sur la relation des habitants à leur cadre de vie, et à ce qui compte pour eux. Ils permettent aussi de comprendre le vécu total des personnes, et de sortir de logiques analytiques morcelées entre différents paramètres prédéterminés. Inspirés de la sociologie relationnelle, la recherche de régularités et de points de tensions entre ces différents récits personnels permet de dépasser le niveau de doléances propre à certaines démarches de concertations et de mieux cerner les enjeux du territoire, y compris dans l'évaluation des projets. Enfin, nous avons développé un cadre heuristique ouvert permettant d'approcher les expressions d'attachement au lieu de vie, considéré comme un proxy du bien-être. Les catégories émergentes (familiarité, intégration, aisance et sécurité, maîtrise de sa situation, injustice, épanouissement) forment système, et s'écartent complètement des approches fonctionnalistes et utilitaristes encore bien présentes dans les champs de l'urbanisme, de la santé publique ou de l'écologie urbaine. L'étude des conditions de possibilité de cet attachement au lieu de vie et du développement du pouvoir d'agir des habitants dans leur quartier offre des perspectives très riches pour penser les territoires de vie et les politiques urbaines. Enfin, les sentiments d'injustice omniprésents dans nos enquêtes mettent en exergue l'importance de passer par l'expérience des personnes, seule dimension où l'on peut capter ce qui est réellement vécu comme injuste, et de dépasser ainsi les écueils d'une lecture statistique, à plat, des inégalités sociales et territoriales.

  • Titre traduit

    An attempt to interpret wellbeing in one's living environment: a research stemming from the life experience of inhabitants from deprived neighborhoods in France.


  • Résumé

    Regardless of our culture or way of life, we have to “live” somewhere, and for more than half of the world's population, their life takes place in a city. Urban areas are attractive for many reasons, but they also concentrate many problems of pollution, poor health conditions and social challenges. Above all, it is clear that people do not benefit equally of good living conditions, and the distribution of urban quality reveals significant disparities. How then could we define what is a good living environment in favor of people's wellbeing? Wellbeing is an ambiguous concept for which no unique and absolute indicator can ever be found, but the question of its assessment remains. Urban planning that designs and shapes the places we live in, public health with its definition of health as complete well-being, or philosophy that, since Aristote described what makes a life a “good life”, we have access to many ways of considering the concept of wellbeing. For epistemological and ethical reasons, we have chosen to study urban wellbeing starting from the people in their living environment. Our work focuses on the French designated “priority” neighborhoods, because of the spatial and social inequalities observed on those territories. This thesis is based on several participatory action-researches conducted with municipalities near Paris and La Rochelle about urban public actions and urban renovation programs. Our work is particularly underpinned by the realization of Health Impact Assessments (HIA) of two urban projects, for which we chose to experiment an open approach with the implication of municipal agents and local actors. The objective was also to research the conditions of collective learning about the links between health, wellbeing and urbanism. This work relies on literature data, but also on people's experience of their living environment that we collected through ethnographical types of field survey. The stories that we gathered draw the attention to the relation between people and their neighborhood, and what really matters to them. They also enable us to understand the fact of living in a place as a total human experience, far from analytical approaches that tend to be compartmentalized into different predefined parameters. Inspired by relational sociology, we sought for regularities, forces and tensions in those different individual stories, and we argue that this enables us to overcome some of the difficulties that usually arise in concertation processes. It also enables to clarify the issues that the territory is facing, and to drive the discussions in the process of project assessment on the real experience of people in their neighborhoods. Finally, we have developed a heuristic framework to approach expressions of place attachment, that we considered as a proxy for wellbeing in this research. The categories that we found in the surveys (familiarity, integration, safety and comfort, control of one's life, injustice, fulfillment) work together as a system and they differ completely from functionalist and utilitarian approaches that are still fully present in urban programs, public health or urban ecology. Studying the conditions of possibilities of place attachment and of the empowerment of people in their living environment opens very interesting perspectives to design and develop local policies, especially in the urban realm. Feelings of injustice are very present in the survey, and considering the real experience of people is the only way to understand where inequalities are experienced as unjust, an approach that we consider relevant to overcome the limits of a static analysis of inequalities based on statistics.