Pratiques esthétiques des femmes d'ascendance africaine sub-saharienne : leviers d'une industrie cosmétique issue de terroirs africains

par Christella Kwizera

Projet de thèse en Sociologie

Sous la direction de Ulrike Schuerkens.

Thèses en préparation à Rennes 2 , dans le cadre de École doctorale Sciences humaines et sociales (Rennes) depuis le 01-09-2016 .


  • Résumé

    Au fil du temps, les femmes d’ascendance africaine sub-saharienne ont constaté l’inadaptabilité, la dangerosité et la cherté des cosmétiques qui leur étaient proposées. Ce sont ces constats qui ont abouti à l’abandon des routines capillaires chimiques et à l’adoption des pratiques esthétiques plus éthiques. Ce choix marque l'émergence du natural hair movement. Apparu en 2000 aux États-Unis, ce mouvement naturel capillaire s’est étendu en Occident et en Afrique en passant par les Caraïbes. Ce mouvement permet une résilience esthétique car les femmes redécouvrent leurs différentes textures, une réappropriation d’un pan méconnu de leurs esthétiques. Le caractère identitaire et politique de ce phénomène ne s’est pas départi d’une fédération autour des valeurs cosmétiques communes, incluant la contribution à la protection de l’environnement qu’induit l’utilisation des cosmétiques naturelles. Si cet intérêt pour une cosmétique écologique semble être une aubaine pour le développement rural et agricole en Afrique, peut-on dire que la transformation des matières premières sur le continent fait émerger de nouvelles logiques entrepreneuriales dont féminines dans le domaine esthétique et d’autres domaines connexes ? C’est le propos de cette étude sociohistorique. Elle débute par l’analyse de l’art de la tresse : un facteur de lien social dans les sociétés précoloniales, une technique cosmétique nécessitant des produits et un moyen actuel d’expression esthétique des femmes qui s’inspirent des anciennes coiffures africaines subsahariennes. En outre, cet art assure la double fonction de l’espace esthétique : un partage de rituels capillaires et une vulgarisation des valeurs culturelles. Des valeurs ancrées dans le quotidien des femmes comme la ressemblance des différentes étapes de la réalisation d'une coiffure à un processus agricole où le peigne africain était autant nécessaire aux routines capillaires que la houe, dans les activités agricoles. Cette étude évolue vers l’analyse de nouveaux espaces esthétiques suite à la transplantation des Africains en Amérique et dans les Caraïbes. Ces derniers sont des créations en adéquation avec les nouvelles conditions et modes de vie des femmes. Les nouveaux codes esthétiques ont façonné les relations sociales en faisant du binôme cheveu crépu/peau noire, le déterminant du statut inférieur de ses porteuses. De fait, cette condition a engendré la fabrication d’un espace esthétique de survie. Une de ses conséquences est le rejet des caractéristiques physiologiques de ce binôme qui a donné lieu à certaines pratiques esthétiques à risques qui perdurent à ce jour. L’aspect mondialisé du mouvement naturel capillaire produit des effets socio-économiques, agricoles, esthétiques et de genre. D’où l’idée que les pratiques esthétiques des femmes d’ascendance africaine subsahariennes sont des leviers d’une industrie cosmétique issue des terroirs africains. En se fondant sur une approche ethnographique, un corpus méthodologique a été mis en place. Il est constitué d’une veille régulière de l’actualité de l’univers esthétique afrodescendant, des observations participantes dans des environnements cosmétiques français et kenyan lors d’évènements précis et la réalisation d’entretiens semidirectifs auprès des professionnels de la beauté afrodescendante.