Premiers signes d'une société relocalisée : éléments pour une philosophie sociale des circuits courts alimentaires

par Clémence Nasr

Thèse de doctorat en Science politique

Sous la direction de Gil Delannoi et de Justine Lacroix.

Thèses en préparation à Paris, Institut d'études politiques en cotutelle avec l'Université libre de Bruxelles (1970-....) , dans le cadre de École doctorale de Sciences Po (Paris) depuis le 01-10-2016 .


  • Résumé

    Cette thèse propose une analyse, en philosophie sociale, de la relocalisation alimentaire qui prend corps, depuis une trentaine d’années environ, dans les sociétés industrialisées. Ce phénomène est fait des initiatives coopératives qui, à l’échelle locale, visent à rapprocher consommateurs et producteurs de denrées alimentaires. Notre recherche ambitionne de mettre au jour la filiation de la relocalisation alimentaire et du socialisme. Surtout, elle entend travailler la signification profonde de cette parenté : la relocalisation alimentaire préfigure ce qu’une société relocalisée pourrait être. En effet, le lien rattachant la relocalisation alimentaire au socialisme génère la proposition normative suivante : la relocalisation alimentaire altère le socialisme en confrontant son projet de société à une exigence spatiale que sa matrice doctrinale contient sans lui donner l’envergure qu’elle devrait avoir. Cette exigence spatiale renvoie à la dimension locale de la coopération économique véritable. Elle indique que, si cette dimension est prise en compte, elle affecte nécessairement – dans le sens d’une diminution – la taille du territoire recouvert par la société dans la mesure où celle-ci est aussi une forme matérielle. Cette proposition normative s’édifie sur deux chantiers. Le premier est théorique : on y montre comment le socialisme peut prendre en charge la dimension spatiale de l’intégration du social en une société. Le deuxième est heuristique ; il s’attache à déceler, au niveau des initiatives alimentaires locales, les signes de ce qu’une représentation différente de la société est en train d’émerger, et qu’elle accorde une saillance particulière au territoire.

  • Titre traduit

    First signs of a relocalized society. Elements for a social philosophy of short food circuits


  • Résumé

    This thesis proposes an analysis, in social philosophy, of the food relocalization that has been taking shape, over the last thirty years or so, in industrialized societies. This phenomenon is made up of cooperative initiatives which, at the local level, aim to bring consumers and food producers closer together. Our research aims to uncover the link between food relocalization and socialism. Above all, it intends to work on the deep meaning of this link: food relocalization prefigures what a relocalized society could be. Indeed, the relation of food relocalization to socialism generates the following normative proposal: food relocalization alters socialism by confronting its project of a society with a spatial requirement that its doctrinal matrix contains without giving it the scope it should have. This spatial requirement refers to the local dimension of genuine economic cooperation. It indicates that, if this dimension is taken into account, it necessarily affects – in the sense of a decrease – the size of the territory covered by society insofar as it is also a material form. This normative proposal is based on two areas of work. The first is theoretical: it shows how socialism can take charge of the spatial dimension of the integration of the social into a a society. The second is heuristic; it seeks to detect, at the level of local food initiatives, the signs that a different representation of society is emerging and that it gives a particular salience to territory.