Education et psychanalyse : la place du corps. Comment accompagner les jeunes à construire leur réflexivité?

par Charlotte Cavet

Projet de thèse en Études psychanalytiques

Sous la direction de Jean-Bernard Paturet.

Thèses en préparation à Montpellier 3 , dans le cadre de Langues, Littératures, Cultures, Civilisations , en partenariat avec CRISES - Centre de Recherches Interdisciplinaires en Sciences Humaines et Sociales (laboratoire) depuis le 13-10-2016 .


  • Résumé

    Violence et psychanalyse Education et espace transitionnel Identité et communauté La question de l'individu ne peut se détacher de la relation qu'il entretient avec la société. En effet, tenter de comprendre l'homme au travers de ses aspects les plus singuliers ( histoire, personnalité, éducation, croyances, …) c'est incontestablement prendre en considération l'espace et le temps dans lequel il évolue, lui avec les autres. Sa relation à la communauté des êtres humains est sans cesse rejouée à mesure qu'il fait l'expérience de lui même, depuis le plus jeune âge, au fil des années adolescentes, vers un devenir adulte. L'évolution de sa propre marche dans le sillon de l'existence saisit par la main le reste de la foule, au rythme d'une masse qu'il constitue lui même. Ainsi lorsque nous nous adressons à un individu, il se démarque des autres par ce qui le caractérise : son identité. Cette identité, qui est tout d'abord génétique, est unique. Elle est donc cet amas de molécules, distinct de tous les autres, qui donne vit au corps. L'identité, c'est ensuite l'état civil d'une personne, en fonction de la société dans laquelle il s'inscrit et qui le reconnaît comme membre à part entière. Puis l'identité, c'est aussi un assemblage impermanent d'une multitude d'éléments, qui viennent s'imbriquer les uns aux autres, dans un mouvement continu, pour enfin construire un être humain singulier. La psychanalyse s'intéresse à cet être singulier et le considère alors en tant que sujet. Sujet de sa propre vie, sujet libre, mais sujet qui ne peut s'appréhender que parce qu'il est face à l'autre. La construction d'une identité, tout comme l'émergence du sujet ne peut jamais faire l'économie de sa relation à l'autre, membre de sa famille, ami, amour, pour ensemble s'inscrire dans la chaîne plus grande du collectif, qui nous rassemble. Nous appartenons dès lors au groupe, à la communauté régie par un ensemble d'institutions. La réflexion que nous souhaitons mener, articule les concepts de la psychanalyse à la question de l'individu, être humain inscrit dans la société des autres. Mais si chacun sommes souvent en proie à des interrogations personnelles, en quête d'une vérité sur soi même, c'est parce que nous cherchons inlassablement notre place, parmi ces autres. Se forger une identité, alimenter la construction de nos projets, ne s'élabore pas en marge de la société dans laquelle nous évoluons ; et bien parce qu'il n'est pas évident de se frayer un chemin, grandir et s'approprier sa vie peut être source de souffrance. Et souvent cette souffrance de ne pas se reconnaître dans telle ou telle communauté, génère des conflits. En soi, puis vers cet autre qui inlassablement nous rappelle notre différence. Et si nous ne possédons pas les outils pour inscrire notre place, c'est l'autre que nous accusons. Les violences qui peuvent surgir de ces conflits sont révélatrices d'un mécontentement, d'une réponse de l'extérieur (l'autre) qui ne nous satisfait pas. Elles peuvent être rassemblées sous les termes de délinquance, incivilité, agressivité, haine. Les différentes causes de ce mal être, de cette insatisfaction, doivent retenir l'attention de chacun, afin d'apaiser les maux et d'être en mesure de saisir la vie pleinement. La psychanalyse, en tant que cure a pour objectif d'amener le sujet à reconnecter avec son désir, celui de vivre et d'exister, en tenant compte de sa singularité. Alors il devient nécessaire d'engager un retour sur soi pour démêler les nœuds qui entravent l'élan de vie, qui peuvent nous mettre en danger, nous et les autres. Si la psychanalyse s'impose à un niveau individuel, elle ne peut pour autant considérer le sujet en dehors de la société. Freud insistait sur l'analogie entre histoire personnelle et l'histoire de façon plus globale, en tant que héritage des siècles passés. 1 S'intéresser à la notion de violence nous amène à considérer cette même dialectique évoquée plus haut : identité et communauté. Il s'agit premièrement de revenir sur la construction de l'identité, en tant qu'elle passe initialement par l'expérience du corps, de l'extérieur, dans un environnement donné qui rassemble d'autres individus. Le corps est alors cette frontière, le lieu de rencontre entre l'intérieur et l'extérieur, entre moi et l'autre. Et c'est très souvent à la frontière que les conflits éclatent. Le corps est alors le terrain du symptôme qui vient faire parler le corps. Souvent cette parole est violente et douloureuse. Les précieux concepts de la psychanalyse nous aident à comprendre la pertinence des processus de construction du moi, qui conditionneront notre rapport au monde et aux autres. Nous insisterons sur le caractère fondamental de notre première rencontre avec le monde, notre environnement, qui influencera nos attitudes et actions futures. Saisir l'importance de cette étape nous amènera à comprendre les comportements agressifs qui sont à l'origine des actes de délinquance. ( Freud ; Winnicott) La relation qu'entretien le nourrisson avec sa mère va être déterminante dans la construction du moi de l'enfant et dans ses processus d'identification. A la naissance, le nourrisson ne distingue pas encore la différence physique qu'il existe entre son propre corps et celui de sa mère. Il suppose être un appendice de la chair maternelle, une continuité du sein qui lui est donné puis retiré continuellement. C'est par l'expérience de ses va-et – vient que le nourrisson va peu à peu intégrer la notion de distance entre les deux corps physiques et faire l'épreuve de la séparation. La présence de la mère va s'associer au sentiment rassurant que lui procure l'alimentation et la satiété ; et en conséquence l'absence va engendrer l'angoisse du manque lorsque la faim se fera sentir. C'est au cœur même de cette relation première que va s'instaurer la notion caractéristique de l'être humain : l'ambivalence. Cette ambivalence se traduit par la dichotomie amour-haine autour de laquelle chaque être humain gravite. « L'objet d'amour et de haine du bébé, sa mère, est à la fois désiré et haï avec toute l'intensité et toute la force qui sont caractéristiques de ses besoins primitifs. Tout au début il aime sa mère au moment où elle satisfait son besoin d'être nourrit, lorsqu'elle soulage sa faim et qu'elle lui donne ce plaisir sensuel qu'il éprouve quand sa bouche est stimulée par la succion du sein. […] Lorsque cependant le bébé a faim et que ses désirs ne sont pas satisfaits, […] la situation change brusquement. Haine et agressivité s'éveillent. » L'être humain appréhende alors de façon simultanée les deux sentiments avec lesquels il va jongler toute sa vie. L'idée importante à retenir réside dans l'espace-temps où émerge le ressenti de haine : c'est en effet entre le moment où le désir ou le besoin émerge chez le nourrisson, et le moment où la mère va répondre à l'appel, satisfaire le besoin, que le nourrisson va expérimenter cette haine à l'endroit de celle qui ne répond plus dans l'immédiat. Cependant, c'est grâce à cette expérience de la frustration que le nourrisson va aussi enclencher les processus de construction du moi. Il fait l'expérience de la séparation qui l'amène à concevoir l'autre comme un corps qui s'éloigne progressivement et donc le sien (son corps) qui peu à peu, se démarque lui aussi. On peut dès lors dire que le nourrisson fait doucement la différence entre une réalité interne qui recense ses désirs, besoins, angoisses,... et une réalité externe qui lui répond et lui inflige des délais. Cet « extérieur » représente de façon évidente l'environnement dans lequel grandit le nourrisson. Cet environnement est peuplé par les êtres proches qui accompagnent la croissance de l'enfant et lui permettent de faire l'épreuve de l'altérité, consolidant ainsi sa propre construction en tant qu'être à part entière. Si nous pouvons parler d'une première rencontre avec le monde extérieur, il est indéniable que la façon dont celui-ci nous apparaît influencera notre propre perception des autres et de nous-mêmes. Si l'expérience est positive, c'est parce que l'environnement du nourrisson a su délivrer les soins et les attentions nécessaires afin que l'angoisse éprouvée par le bébé ne soit pas trop forte, trop longue, trop dommageable. Car en effet, pour consolider un moi sécure, un self (ref Winnicott) autonome (et plus tard un individu qui ait les ressources nécessaires pour prendre place dans la société), il est impératif que l'environnement soit le plus favorable possible au développement de ce sentiment de sécurité. Derrière le concept de « mère suffisamment bonne », Winnicott a insisté sur la qualité des soins délivrés par la mère. Ils doivent être suffisamment bons afin de répondre correctement aux besoins de l'enfant, tout en étant différés afin que progressivement, l'enfant fasse l'épreuve de la frustration, de la séparation. Par là le nourrisson est en mesure d'élaborer un vrai self, sécure, capable d'être seul. « […] Il est indispensable qu'à ce nouveau stade le petit enfant puisse se rendre compte de l'existence ininterrompue de la mère. Par là, je ne veux pas nécessairement parler d'une prise de conscience mentale. Je considère cependant que le « je suis seul » est une amplification de « je suis » qui dépend de la conscience qu'a le petit enfant de l'existence ininterrompue d'une mère à laquelle on peut se fier ; la sécurité qu'elle apporte ainsi lui rend possible d'être seul et de jouir d'être seul, pour une durée limitée. » Cet assemblage d'expérience accompagne dès lors le petit enfant dans le développement de lui même, de construction du moi et de son identité. Nous voyons bien que la « réussite » de ce ces diverses expériences va constituer la base pérenne de l'épanouissement du psychisme et en conséquent des identifications futures de l'enfant. « On peut distinguer trois aspects de ce développement : le contact avec la réalité, le sentiment d'habiter son corps et l'intégration de la personnalité. » 2 Il est intéressant désormais d'avancer dans le temps et de se référer au stade de la vie adolescente qui correspond à l'âge des interrogations identitaires. C'est aussi à cette période de l'existence que l'adolescent s'oppose à l'autorité, à l'ordre établi car c'est dans la confrontation que peut s'affirmer une singularité, tout en revendiquant sa différence. L'adolescence est souvent perçue comme un moment ingrat de l'existence car nous sommes en proie à des conflits intérieurs incessants. Tout en essayant d'asseoir une identité, nous sommes constamment déroutés par les fluctuations de l'environnement, une société qui se dérobe alors qu'on cherche à la saisir. A la fois, cette même société demande instamment à l'adolescent de se projeter, de s'insérer dans un futur que l'on distingue à peine. La recherche d'un horizon, d'une place à conquérir, accompagne en parallèle les multiples interrogations identitaires de l'adolescent. Émerge alors un conflit intérieur qui peut justifier certaines attitudes adolescentes, voire une tendance antisociale. « A l'âge de l'adolescence s'ouvre un problème d'identité : ou bien le sujet se définit lui-même en fonction de la place dans la société qu'on lui a préparée, ou bien il doit s'en trouver une autre, au mépris des attentes des siens […]. Dans ce dernier cas s'ouvre une période de transition marquée par l'inadaptation, l'irresponsabilité, voire la rébellion, qui peut-être longue et ne sera close qu'avec la réadaptation du sujet à la société dans un rôle par lui accepté. » La construction d'une identité passe donc par la considération d'une place à prendre, à obtenir, à trouver, dans les bras d'une société qui a plusieurs enfants à nourrir. C'est dans cet espace que cohabitent également les autres individus, investis de cette même quête de devenir. Ce qui se joue en opposition avec la société traduit de façon évidente l'expérience que nous faisons de l'altérité. Nous affrontons les autres, dans une proximité familière, et nous cherchons dans leurs yeux des soupçons de reconnaissance. Nous sommes irrités si l'autre nous néglige, s'il ne valide pas notre place. Au fur et à mesure que l'adolescent cherche à se définir lui même au regard de sa propre histoire, il tente aussi de se forger une identité psychosociale. Comme nous venons de l'évoqué, la société va indéniablement jouer un rôle important dans le développement de ses représentations de lui -même et du monde. « Il faut répéter que c'est la structure nécessairement séquentielle et linéaire de tout exposé qui seule, nous conduit à séparer la personnalité et l'histoire du sujet de la société au sein de laquelle se construisent et se manifestent cette personnalité et cette histoire. Car il est bien évident que la société influence profondément le devenir ainsi que les modes d'expression et d'action de tout en chacun. » Ainsi nous pouvons dès lors comprendre que la société peut à son tour être objet de haine pour l'adolescent qui ne se reconnaît pas dans la place qu'il lui est assignée. La société devient alors la responsable d'une mauvaise orientation, elle est accusée de ne pas tenir compte du désir ou de l'incertitude que peut ressentir l'adolescent. L'apparition de ces sentiments de haine peuvent constituer les prémices d'une rébellion puis d'un passage à l'acte violent, qui viendra peut être s'ajouter aux tristes épisodes de la délinquance. Quoiqu'il en soit, nous insistons sur le fait que l'environnement extérieur de l'individu joue un rôle déterminant dans la construction des identités et qu'il est potentiellement un des facteurs à l'origine de la violence. C'est aussi ce qui nous amène à revenir à un niveau plus individuel encore, afin de comprendre ce qui est engagé dans l'histoire du sujet, en termes de violence. Avec les travaux de Winnicott nous avons déjà évoqué cette notion d'environnement comme structurellement importante dans le développement du nourrisson, dans le façonnement de ses représentations et de la construction d'un moi sécure, capable de faire face à l'absence. A partir de ces théories, Winnicott explique également les tendances antisociales qui alimentent la violence. « Derrière la tendance antisociale il y a toujours un noyau sain et ensuite une interruption, après laquelle, les choses n'ont jamais plus été les mêmes. L'enfant antisocial cherche d'une façon ou d'une autre, violemment ou avec douceur, à faire reconnaître la dette que le monde a envers lui, ou à essayer de faire que le monde lui réédifie le code qui a été brisé. Donc à la racine, il y a déprivation . » Si l'environnement du petit enfant a été suffisamment bon, nous avons émis l'hypothèse que le sentiment de sécurité ainsi forgé, permet à l'enfant de se modeler une identité et de vivre des relations bienveillantes avec les autres. Winnicott postule donc que lorsque l'environnement est défaillant, les sentiments de haine vont être décuplés et dirigés, plus tard, vers la société (plus grande mère), tenue pour responsable de ne pas avoir prodigué les soins nécessaires. La notion de déprivation apporte l'idée que quelque chose de stable a pourtant été connu, mais brusquement retiré. A travers la tendance antisociale, l'individu réclame sont dû. « A la base de la tendance antisociale se trouve une bonne expérience primitive qui a été perdue. Ce qui la caractérise, c'est que l'enfant est devenu capable de percevoir que la cause du malheur réside dans une faillite de l'environnement. » L'environnement extérieur de chacun est donc déterminant car la qualité de ses rapports aux autres va en dépendre. Afin que ces derniers ne deviennent pas des objets haïs ou destinataires de ces violences, il est important de pouvoir transformer l'élan agressif, cette tendance antisociale qui peut désormais s'associer à la pulsion. En effet, l'émergence de faits de violence peut s'appréhender autour des notions de pulsion qui nous permettent de concevoir l'être humain comme étant régi par des énergies psychiques. Les buts de ces pulsions seraient donc d'abaisser la tension de déplaisir, à l'origine de cette « poussée » ; la satisfaction reposerait alors sur la suppression de cet état de tension, d'excitation, par la médiation d'un objet. Freud va alors distinguer deux types de pulsions, qui finalement ne pourront se dissocier l'une de l'autre. Il les nommera pulsion d'Éros, de vie, et pulsion de Thanatos, de mort. La pulsion de vie contribue aux mouvements continus de la vie, cherche à maintenir une activité, afin de conserver l'énergie dans l'être. La pulsion de mort quant à elle, tend vers un but final, celui de l'inanimé, l'état de non-vivant mais cela pour inaugurer la mort dans la vie. « Si le but de la vie était un état qui n'a pas encore été atteint auparavant, il y aurait là une contradiction avec la nature conservatrice des pulsions. Ce but doit bien plutôt être un état ancien, un état initial que le vivant a jadis abandonné et auquel il tend à revenir par tous les détours du développement. S'il nous est permis d'admettre comme un fait d'expérience que tout être meurt, fait retour à l'anorganique, pour des raisons internes, alors nous pouvons que dire : le but de toute vie est la mort et, en remontant en arrière, le non-vivant était là avant le vivant ». Ce travail pulsionnel repose alors dans ce retour en arrière afin de restaurer quelque chose de primaire. Pouvons-nous par ce schéma assimiler la tendance antisociale à une pulsion mortifère qui à travers la violence dont elle fait preuve, témoigne également d'une revendication, d'un retour au passé pour obtenir ce qui a été perdu ? « […] l'enfant […] accomplit des actes antisociaux dans l'espoir d'obliger la société à revenir en arrière avec lui jusqu'au moment où les choses se sont mal passées et à reconnaître les faits. [ Dans ce cas] il peut retourner à l'époque antérieure à la déprivation et redécouvrir le bon objet et le bon environnement humain capable de lui imposer des limites. Cet environnement lui a permis, parce qu'il a existé au début de sa vie, de faire diverses expériences pulsionnelles, y compris des expériences destructrices ». Ainsi, si nous pouvons alors considérer que la violence trouve racine dans le rapport ambivalent que l'individu joue avec la société et avec les autres, l'environnement extérieur (la société) a toute son importance également. Si l'environnement n'a pas été suffisamment bon dès la naissance, il se peut que l'individu, n'ayant pas acquis une maturité identitaire et émotionnelle suffisante, puisse être en proie à des pulsions qu'il aura du mal à contrôler. D'autre part, si la société aussi se montre hostile et ne permet pas à l'individu de trouver sa place, il se peut qu'émergent des conflits. Ainsi s'intéresser aux phénomènes de violence c'est s'appuyer sur la dialectique individu – société et en considérer les possibles analogies. Nous avons souligné l'ambivalence amour-haine à l'origine des rapports humains, tout comme la véritable vie pulsionnelle de chaque individu. Nous avons pu voir, au regard de ces notions, comment s'articule la question de la violence, d'une probable délinquance, mais aussi d'une violence dirigée vers soi. Désormais, comment se canalisent ces désordres internes (individu) et externes (société) ? Comment l'homme et la société répondent-ils ? 3 Nous venons de voir qu'il existe une ambivalence caractéristique de l'être humain et qui conditionne le rapport à l'autre. Alors que peuvent émerger des sentiments d'agressivité, de haine, généralement la loi nous rappelle que nous ne pouvons concrétiser certaines actions. La loi refrène certaines de nos pulsions en brandissant les interdits fondamentaux de toutes sociétés : l'inceste et le meurtre ( ref Totem et Tabou) La loi nous préserve des potentielles dérives de l'autre, tout comme elle nous contient dans un cadre moral qui nous empêche de causer du tort, sous peine de sanctions. Le rapport à la loi, s'il s'instaure dès l'enfance par l'interdit de l'inceste, s'expérimente dès le plus jeune âge par les réprobations incessantes des adultes. La liberté de chacun n'est accessible qu'à condition de respecter son prochain. La loi est martelée constamment et de la sorte, délimite les frontières avec l'autre afin d'assurer à chacun un espace de sécurité. Cependant, même lorsqu'il s'adresse à la société l'acte antisocial menace chacun des individus en tant qu'élément constitutif de cette même société. En effet, la loi insiste sur la régulation des pulsions de chacun afin de permettre un espace sain et sauf, celui du collectif. La question des savoir-être est très tôt engagée dans l'éducation des enfants : il est question du vivre-ensemble. Au delà de l'éducation parentale et familiale qui a toute son importance, en matière d'environnement, la société mise également sur une de ses institutions fétiches : l'éducation nationale. Les institutions qui régissent la société ont pour première fonction de la maintenir debout, droite. Elles constituent une ossature autour de laquelle les différentes instances sociétales vont s'organiser. L'éducation nationale a pour objectif fondamental de rendre viable le rapport que chacun entretient avec l'autre en s'inscrivant dans la continuité d'une éducation parentale. Cependant : « c'est au sein de l'école que se fera l'apprentissage fondamental du sursis : sursis à l'immédiateté de l'impulsion, sursis à l'expression non régulée des affects, sursis aux préjugés, aux règles du clan ou de la communauté d'appartenance. » Est confiée la mission à l'éducation nationale d'adopter un programme éducatif visant à faire acquérir aux enfants un ensemble de connaissances, de compétences mais aussi de savoir-vivre. L'école est souvent témoin des conflits et des violences sous toutes ses formes parce qu'elle est souvent l'arène, le lieu de rencontres de plusieurs singularités. Et si nous ne sommes pas éveillés à l'altérité, nous ne détenons pas les ressources nous permettant d'apprécier les différences. L'éducation nationale ne peut suppléer à l'éducation primaire délivrée par la famille qui elle, inscrit les enfants dans une succession de générations, une histoire personnelle. Cependant, parce qu'il n'y a pas de manuel à l'éducation des enfants, il est vrai que certaines familles sont démunies, n'ont pas les ressources tant matérielles qu'affectives pour élever leur enfant d'une façon suffisamment bonne. L'institution se doit malgré tout de « rattraper le coup » en tant qu'elle est mère souveraine aussi dans une société qui ne peut se débarrasser des enfants non conformes, frêles, que l'environnement a abîmé. Car souvenons-nous, l'autre, c'est nous. Pour endiguer la violence, l'éducation se présente comme étant une solution efficace dans la mesure où elle offre un cadre qui permet à chacun d'être acteur de ses apprentissages dans l'objectif d'acquérir autonomie et responsabilité. Pour cela elle convoque en chacun de nous le citoyen, figure fédératrice, qui apparaît alors comme le garant de notre identité et de notre liberté. Et l'école doit permettre à ce personnage de s'ériger en chacun. « Assumer sa propre liberté d'une façon responsable et toujours respecter celle de l'autre est une démarche exigeante qui requiert une conscience éclairée. Or la conscience ne s'éclaire pas toute seule ; et il faut éviter qu'on l'éclaire n'importe comment ! Le sujet ne peut véritablement choisir que s'il dispose de l'ensemble des principales données de « l'humain » et de l'esprit critique qui lui permet de les évaluer. » L'école en tant qu'institution apporte donc les connaissances qui façonne un esprit critique ; alors qu'elle accompagne chaque enfant, adolescent, à la construction d'une identité qui lui est propre. Elle éveille la conscience citoyenne. Elle est enfin dépositaire de la loi par tous les apprentissages qu'elle induit en chacun. Si le portrait est noble, l'école, l'institution est cependant soumise à un ensemble de paradoxes. Alors qu'elle s'investit dans cette mission, l'institution peut aussi entraver la réussite des projets de chacun, car elle jongle sans cesse entre une pluralité d'individus en devenir, et une société qui façonne et uniformise. Ainsi, l'éducation nationale éduque chacun à composer avec son projet et sa mise en adéquation avec le reste des autres individus, tout en répondant aux exigences d'une société, elle même impermanente, changeante. L'éducation doit alors s'attacher : « à ce qui « relie un être singulier à ses semblables » et qui « articule l'intime et l'universel » » Préservons-nous de dire que la culture est le remède à la violence. Freud dans « Malaise dans la culture » nous rappelle bien le leurre que constitue la culture. Les sociétés civilisée pensent pouvoir éradiquer l'agressivité humaine par l'élévation de l'esprit, en s'opposant de la sorte au rang animal. La culture apparaît comme maîtrise des instincts. Nous avons démontré que les sentiments de haine, tout comme ceux d'amour, apparaissent aux commencements de la vie et constituent un binôme actif, aux services des pulsions, mais surtout aux services de la vie. Les annihiler est non seulement impossible (même à coups de culture !) mais signifierait en finir avec la vie. L'éducation apparaît alors comme le moyen efficace pour prévenir de la violence et l'enrayer. Encore faut-il que cette institution s'inscrive dans une société qui s'engage à la soutenir en lui donnant les ressources nécessaires. Les pouvoirs publiques sont aussi concernés par cette mission autant qu'ils portent les couleurs d'une politique. ...En 2014, l'éducation nationale française a conçu un guide d'usage à destination des professionnels de l'éducation dans son champ le plus large. Avec pour objectif de construire un climat scolaire propice à la réussite de tous les élèves, le guide met un point d'honneur sur la collaboration entre plusieurs instances de la société. En effet, l'idée veut que l'école ne soit pas en rupture avec l'environnement dans lequel elle évolue. Elle en appelle à la participation de tous les acteurs de la communauté éducative afin d'instaurer une continuité entre les lieux de savoirs et d'apprentissage, la maison, la rue, la ville. Compter sur la coopération des équipes pédagogiques, insister sur les règles et le cadre de l'établissement, miser sur la co-éducation avec les familles et les partenaires associatifs sont des idées qui, assemblées, semblent porter leur fruit. Fédérer semble être une des clés de ce projet pour œuvrer ensemble dans cette tâche éducative tout en redistribuant les rôles de chacun. ...Les modèles d'éducation sont multiples. Afin d'enrayer les phénomènes de violence, il est alors impératif d'en décortiquer les fondements, tant au niveau individuel que collectif. La pertinence de la psychanalyse dans cette entreprise réside en ce qu'elle ne peut concevoir l'individu comme un élément détaché de la société qui le nourrit et le regarde grandir. S'intéresser à la nature complexe de l'homme c'est admettre aussi les enjeux inconscients qui accompagnent ses actions et son histoire. Cette réflexion n'est pas exhaustive, au contraire. Elle ouvre les portes à un terrain de recherches qui doit permettre l'élaboration de nouvelles idées en matière d'éducation. Cependant, en puisant dans les nappes inconscientes de l'existence humaine, nous pouvons y trouver de l'or. Les trésors singuliers tout comme les richesses d'une société historique doivent s'ajouter pour révéler l'éclat de la mixité. Peut être pourrons-nous concevoir l'éducation en tant qu'institution, comme un espace transitionnel, ( winnicott) nous menant de la petite enfance à la sphère adulte, par l'expérience de l'autre. Comment pouvons nous penser une institution suffisamment bonne pour prodiguer des conseils qui prennent en compte, à la fois la singularité de chacun, tout en trouvant des repères dans une société humaine, soumise à des phénomènes internationaux qui la structurent et la modifient sans cesse ? Pouvons-nous espérer qu'une institution éducative soit en mesure de réparer, ou de rectifier des chemins de vie chaotiques dont le démarrage fut insécurisant? « La vraie liberté, c'est celle que chacun conquiert par lui même et pour lui même, parce qu'il entend se doter de la colonne vertébrale qui, seule lui permet de se soustraire des asservissements : ceux qui le menacent de l'extérieur comme ceux qui le guettent de l'intérieur. »

  • Titre traduit

    Education and psychoanlysis : the body. How can we lead young people to build their reflexivity?


  • Résumé

    Wondering about the issue of identity means to interrogate the place of the individuals in the whole society. Institution like Education tries to accompany each individual toward a professional project in order to incorporate the society. The issues that we often underline are related to the construction of the identity of young people, after many years of maternal caring. The institution help young people to develop social abilities but sometimes we are facing some violent behaviors. In fact, young people are making the experience of otherness with more difficulties, especially when their own body knows important changes. The body became the place of the symptom, new language that makes the construction process of identity peculiar. Each young people has to find its own way in a society he barely knows, considering the expectatives of a society and of an Institution ( prescribed standard) which sometimes don't reflect the subject desires. We can say that there is a cleavage between interior and exterior and that the body represents the border, the place where conflicts and violence appear. Studying the dialectical between individual and society, identity and community is questioning the way the Institution take over the parental education to a social and professional education in order to become enlightened citizens. Psychoanalysis helps to consider the whole young subject to a future grown up, according it's individual heritage and the collective expectatives of a society made of multitude of other people. This project of thesis wants to make the different links between the several notions that found the human psyche and its incarnation in the human body, destined to evaluate among others similar but different. How can we consider the whole subject (individual) and its growth while inside (the body) and outside (society) some important changes are operating?