Un motif pour une historiographie du travail : représenter les corps laborieux, 1968-2020

par Camille Richert

Thèse de doctorat en Histoire. Histoire de l'art

Sous la direction de Laurence Bertrand-Dorléac.

Thèses en préparation à Paris, Institut d'études politiques , dans le cadre de École doctorale de Sciences Po (Paris) depuis le 01-10-2016 .


  • Résumé

    Cette thèse propose d’examiner la façon dont le travail a été figuré en Occident depuis 1968 jusque 2020. Thématique dépourvue de noblesse dans l’histoire de l’art, le travail devient un motif de choix à partir de la deuxième industrialisation, un motif qui se renforce dans les pays aux économies tertiarisées de l’après-Seconde Guerre mondiale. La « révolution mondiale » de 1968, selon les mots d’Immanuel Wallerstein, contribue à cet essor : révolution culturelle transnationale, 1968 met à mal les grands récits unifiants de la modernité occidentale. L’activité professionnelle, tous secteurs d’activité confondus, n’est plus représentée comme participant des régimes politiques où elle est exercée, mais comme le motif d’une critique sociale qui se veut désidéologisée. Dès lors, les oeuvres figurant le travail ne relèvent plus tant d’une fonction politique de l’art advenue au mitan du XIXe siècle, selon la terminologie de Walter Benjamin, que d’une fonction démystificatrice. Les chapitres de cette thèse en explorent les principales déclinaisons, lesquelles ont pour point commun d’historiciser le travail. Ce dernier n’est plus représenté comme un sujet visuel an-historique de la politique, mais comme une expression historicisée du politique. Plus encore, après 1968, ce ne sont pas un, mais deux mythes qui tombent dans une même chute : les mythologies nimbant le travail, mais aussi le mythe de ce mythe, soutenu par l’idée que la nature est maîtrisable, et que ceci est souhaitable dans la mesure où cette nature fournirait l’énergie nécessaire aux rêves et aux ambitions de progrès social des XIXe et XXe siècles. Le travail en fut le moyen et le blason.

  • Titre traduit

    A motif for a historiography of labor: depicting working bodies, 1968-2020


  • Résumé

    This thesis proposes to examine how work has been represented in the West from 1968 to 2020. As a theme lacking nobility in the history of art, work became a motif of choice as of the Second Industrial Revolution. This motif became stronger in countries with a service-based economy emerging after World War II. The “world revolution” of 1968, to cite Immanuel Wallerstein, contributed to this development: as a transnational cultural revolution, 1968 challenged the great unifying narratives of Western modernity. The professional activity, regardless of the industry, is no longer represented as taking part to the political regimes in which it is performed, but as the motive of a social critique seeking to be de-ideologized. From then on, the works depicting labor have far less to do with the political function of art that occurred in the middle of the 19th century, according to Walter Benjamin’s terminology, than with a demystifying function. The chapters of this thesis explore its main declinations that share the historicization of work as a common feature. Work is no longer represented as an an-historical visual subject of politics, but as a historicized expression of the political. Moreover, after 1968 it isn’t one, but two myths that are debunked in the same fall: not only the mythologies surrounding work, but also the myth of this myth, supported by the idea that nature is controllable, and that this is something desirable as long as nature would provide the energy required for fulfilling the dreams and ambitions of social progress in the 19th and 20th centuries. Work was both its means and its emblem.