"L’infortune la plus grave qui puisse frapper un citoyen" : une histoire sociale des aliénés (France, seconde moitié du XIXe siècle)

par Anatole LE BRAS

Thèse de doctorat en Histoire

Sous la direction de Paul-André Rosental et de Benoît Majerus.

Thèses en préparation à Paris, Institut d'études politiques , dans le cadre de École doctorale de Sciences Po (Paris) depuis le 01-10-2016 .


  • Résumé

    L’histoire de l’essor de l’asile en France après la loi de 1838 et de l’échec de son ambition thérapeutique a maintes fois été écrite. Mais celle des aliénés reste encore largement méconnue. Cette thèse propose une histoire sociale de la folie des années 1850 aux années 1900 fondée sur l’étude des trajectoires biographiques des aliénés. Pour cela, elle exploite les fonds d’archives de quatre asiles du Finistère et de région parisienne ainsi qu’un ensemble de sources inédites, issues des fonds de la justice pénale et civile et de sociétés de patronage pour aliénés convalescents, qui permettent d’étendre l’investigation au-delà du cadre asilaire. Ce faisant, la thèse met en lumière les limites de l’emprise asilaire mais aussi les facteurs qui permettent l’appropriation de l’internement, notamment par les familles, comme moyen de régulation sociale. Elle montre comment les trajectoires et expériences d’aliénation mentale sont façonnées par les variables du genre, de l’âge et de la classe sociale. Elle propose, enfin, une histoire des subjectivités aliénées en prêtant attention aux formes d’accommodement ou de résistance que les malades mentaux opposent à leur subordination et à leur mise sous tutelle. L’aliéné, figure inversée du citoyen, tend un miroir à la société française et à ses évolutions.

  • Titre traduit

    “The Most Serious Misfortune That Can Befall a Citizen”: a Social History of the Insane (France, Second Half of the 19th Century)


  • Résumé

    The history of the rise of the asylum in France after the law of 1838 on the insane and of the failure of its therapeutic ambition is well-known. But the history of the insane themselves is yet to be written. This thesis proposes a social history of madness from the 1850s to the 1900s based on the study of trajectories of the mentally ill. To this end, it uses archives from four public lunatic asylums located in Brittany and the Paris area. It also exploits a set of hitherto unexploited sources from penal and civil courts and after-care associations for convalescent lunatics, thus allowing the extension of the study beyond the asylum walls. In doing so, the thesis highlights the ways in which madness was managed outside the institutional sphere, but also the ways through which families and other actors appropriated asylum internment as a means of social regulation. It shows how trajectories and experiences of mental illness were shaped by factors of gender, age, and class. Finally, this thesis proposes a history of alienated subjectivities by paying attention to the various forms of accommodation or resistance that the mentally ill opposed to their subordination. As an inverted figure of the citizen, the lunatic holds a mirror up to French society and its transformations.