La polygamie chez les Sérènes du Sénégal de l'époque préislamique à nos jours : des réalités socio-culturelles à l'influence des textes bibliques sur les pratiques matrimoniales.

par Papa coly Faye

Projet de thèse en Langues, litteratures et civilisation juives

Sous la direction de Maria Autexier gorea.

Thèses en préparation à Paris 8 , dans le cadre de ED Pratiques et théories du sens , en partenariat avec Etudes juives et hébraïques (equipe de recherche) depuis le 18-11-2016 .


  • Résumé

    La théorisation des modalités de l’alliance matrimoniale est l’un des domaines les plus étudiés en anthropologie. La variation du nombre de conjoints impliqués dans ces alliances matrimoniales est l’un des critères de stratification sociale les plus immédiats et les plus répandus. Mais de façon générale, instruire la question des alliances matrimoniales, quel qu’en soit l’angle d’étude, implique la prise en compte de la cellule familiale, des lois qui régissent les rapports qui s’y tissent. Comme Claude Lévi-Strauss le rappelle à juste titre, « la vie de la famille existe dans l’ensemble des sociétés humaines, même là où les coutumes sexuelles et éducatives semblent les plus éloignées des nôtres ». Il différencie deux grands types d’union, celle qui est monogamique et celle qui est polygamique . En Afrique, malgré la diversité des populations, la polygamie présente, dans ses grandes lignes, les mêmes aspects et ce, de façon continue et permanente. Cheikh Anta Diop le résume si bien dans les conclusions de son étude diachronique de cette pratique depuis l’Egypte ancienne jusqu’à l’Afrique actuelle : « Sur les représentations sculpturales et picturales de l’ancienne Egypte, la monogamie populaire est attestée par les nombreux couples figurés. Il semble qu’il en fut ainsi dans toute l’Afrique du haut Moyen Âge, jusqu’au Xe siècle, qui marque l’extension de l’Islam aux populations autochtones, par les Almoravides. La polygamie tendra alors à se généraliser sans jamais cesser d’être l’indice d’un rang social. Aussi n’est-il pas rare de voir des ressortissants de la masse qui, cherchant à s’illusionner sur leur propre rang social, épousent plusieurs femmes » . C’est en effet l’une de ces formes d’alliance plurielles, la polygamie masculine, le fait qu’un homme ait plusieurs conjointes à la fois, qui sera l’objet de notre thèse de doctorat avec une étude de cas : « analyser la polygamie chez les Sérères du Sénégal de l’époque préislamique à nos jours sous l’angle des fondements socioculturels, des conséquences sur la cellule familiale à l’influence des textes bibliques ». La religion étant aujourd’hui l’une des principales sources de justification de cette pratique, nous nous intéresserons plus particulièrement aux influences des deux principales religions monothéistes, le christianisme et l’islam sur cette institution. Dans notre étude qui sera menée de l’intérieur grâce à une démarche anthropologique appelée « observation participante », nous insisterons pour les aspects religieux, plus particulièrement sur la Bible et le Coran. Nous analyserons les valeurs et les normes qui en dérivent afin de montrer leur influence dans de nombreuses sociétés notamment au Sénégal. À partir des textes bibliques et des interprétations qui en ont été faites, peut-on percevoir et comprendre qu’ils valorisent l’union polygamique si l’on s’appuie sur les récits de la vie familiale d’Abraham, d’Ésaü, de Jacob ? Les lois bibliques privilégient-t-elles la famille monogamique ou polygamique ? Quant aux lois coraniques , que disent exactement les textes ? Où en sommes-nous depuis les premières controverses sur la pratique polygamique qui remontent au début du XXe siècle chez des musulmans dits modernistes ? Il conviendra de mettre en lumière la construction religieuse de la cellule familiale et de mettre en avant les similitudes et les dissemblances qui pourraient exister entre ces lois matrimoniales religieuses. Nous avons choisi de faire l’analyse de ces textes à la lueur de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Et si la polygamie n’est pas utile pour l’espèce humaine et reste une affaire de calcul , elle n’a pas été éradiquée pour autant. Rémi Clignet écrivait à ce titre : « qu’elles aient un fondement empirique ou qu’elles soient purement hypothétiques, les conclusions avancées ici devraient néanmoins s’avérer utiles à une meilleure compréhension des conflits intra et interindividuels, si tant est que la polygynie n’est pas une institution marginale condamnée à disparaître dans un proche avenir, et que ces conflits reflètent en partie les demandes contradictoires de divers rôles familiaux, tant à un moment donné que dans le temps ». Peut-on imputer la survivance de cette loi matrimoniale à la forte patriarcalisation de la société ? La société n’a-t-elle pas participé en partie à la construction des rapports particuliers entre le masculin et la naissance, le masculin et la construction de la cellule familiale, le masculin et le mariage ?


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