Des chiffres pour déchiffrer l'empire : les recensements du premier empire colonial français (Antilles, 1763-1804)

par Fanny Malègue

Projet de thèse en Histoire et civilisations

Sous la direction de Cécile Vidal.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 11-10-2016 .


  • Résumé

    Notre thèse a pour but d’analyser les recensements produits dans l’empire colonial français, entre 1763 et 1804, dans le terrain antillais, et de contribuer ainsi à la réflexion sur la construction des formations impériales. Contrairement aux cartes, les recensements n’ont jamais été étudiés comme objets historiques dans un tel contexte, alors qu’ils représentaient pour la Couronne l’une des principales sources d’information et l’un des principaux leviers de gouvernement. Il s’agira d’éclairer les conditions de production, les usages et les effets de ces recensements dans les sociétés esclavagistes des « Isles », qui constituaient le coeur de l‘empire colonial. En nous penchant sur les recensements coloniaux produits dans des décennies où la traite, comme l’esclavage colonial, connaissent un essor inouï et où une véritable politique de centralisation impériale est mise en place, cette thèse cherche à questionner l’influence de l’expérience coloniale sur la mise en place de recensements réguliers et intégraux en métropole au début du XIXe siècle. La pratique du recensement outre-mer fut pour la couronne un moyen d’affirmation de sa souveraineté impériale ainsi qu’un outil de médiation des rapports entre la royauté et ses sujets lointains et de régulation de l’esclavage. Nous cherchons à ainsi démontrer que la pratique du recensement débordait largement le simple rôle d’un décompte de la population et cristallisait les débats liés à l’expansion coloniale et impériale, à la réforme de la traite et de l’esclavage ainsi qu’aux rapports unissant l’État monarchique à ses sujets coloniaux. Cette thèse entend mettre en lumière les effets et les usages qui entourent ces recensements et à en analyser les circulations afin de replacer les acteurs et leurs pratiques dans une histoire sociale de la quantification qui ne s’arrête pas à la genèse de l’objectivation statistique, mais qui se situe au croisement de l’histoire sociale et politique de l’empire et qui questionne à la fois la situation coloniale et la relation impériale.

  • Titre traduit

    The Empire in a Chart : censuses of the First French Colonial Empire (Antilles, 1763-1804)


  • Résumé

    This thesis aims at analyzing the production of censuses within the borders of the first French colonial empire, in the Antilles, between 1763 and 1804, therefore contributing to the ongoing debate regarding imperial formations. Oddly enough, those censuses are constantly tapped as base material to write history whereas their own history is still waiting to be written. Yet censuses were as much as maps - on which there is a detailed historiography - two of the most important levers of administrative action available to govern the colonies. Our thesis project strives to enlighten not only the way censuses were produced and used, but also the impact the census process had on the slave societies of the Antilles, which were at the time the very heart of the empire. By focusing on a context of a dramatic growth of slavery and the slave-trade which was also a major moment in the development of a centralized imperial power, we seek to understand the key role played by the colonial experience on the development of a frequent and comprehensive census in mainland France at the very beginning of the XIXth century. Overseas censuses represented a convenient way for the Crown to highlight its sovereignty over the empire as well as a suitable mediation instrument to govern its relationship with its remote subjects and to regulate slavery. Our main point is to demonstrate that censuses were much more than a chart of the population. By studying them, we can grasp the multitude of debates linked to the colonial and imperial expansion on the one hand and to the reform of the slavery institution and of the colonial rule. This thesis emphasizes the uses, circulations and effects of the census in order to put both the actors and their practices in context, therefore going further than a simple history of the statistical objectification. We offer here a social and political history of those censuses questioning the colonial situation and the imperial relationship.