Le droit de compter : les livres de comptes et de mémoires des femmes (Florence, XVe-XVIe siècle)

par Serena Galasso

Projet de thèse en Histoire et Civilisations

Sous la direction de Mathieu Arnoux et de Laura Casella.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 26-10-2016 .


  • Résumé

    Le contexte urbain florentin de la fin du Moyen Âge apparaît comme une société patrilinéaire parmi les plus rigides de l’Italie centro-septentrionale. Depuis la fin des années 1980, la capacité d’agir des femmes de l’élite marchande a tout particulièrement fait l’objet de nombreux débats historiographiques. Radicalement écartées de la succession paternelle et de la mémoire lignagère, asservies aux stratégies matrimoniales de leurs familles, marginalisées dans le monde de l’écrit, les Florentines sembleraient avoir bénéficié de bien peu de marge d’action. Ce travail vise à ajouter une nouvelle pièce au tableau déjà dressé, proposant l’analyse d’une documentation inédite et jusqu’à présent totalement inexplorée : les livres de gestion et de ricordanze tenus par/pour les femmes de l’élite urbaine florentine. Présentant les résultats d’un recensement mené dans plusieurs archives privées de la noblesse toscane, ce travail montre que cette pratique d’enregistrement et de mémoire n’était pas un monopole masculin. Pendant leur vie matrimoniale et plus souvent, pendant leur veuvage, les femmes du patriciat marchand tenaient des livres privés pour administrer des biens familiaux, surveiller des richesses personnelles et consigner tous les actes utiles à leur gestion. Par le biais de l’écrit, elles négociaient leurs rôles au sein de la parenté, protégeaient leurs intérêts en déjouant les normes de la succession patrilinéaire et contribuaient activement à la production de la mémoire familiale. L’observation minutieuse de la matérialité de leurs registres permet de remonter aux savoirs nécessaires à la tenue des comptes et aux gestes qui en rythmaient les usages quotidiens, entre l’espace domestique et le marché urbain. En analysant un type d’écrit pragmatique peu valorisé par le discours lignager, cette recherche peut, enfin, mettre en lumière le caractère composite et articulé de la mémoire écrite de la famille.

  • Titre traduit

    The right to count: women's account books and memoirs (Florence, 15th-16th centuries)


  • Résumé

    Late medieval Florence is often presented as one of the most rigid patrilineal societies in central and northern Italy. In view of this, the agency of women from the merchant elite has been the subject of much historiographical debate. Radically excluded from paternal succession and lineage memory, subjugated to the matrimonial strategies of their families, marginalized from the written word, Florentine women would seem to have had little possibility for action. This work aims to add a new piece to the picture, proposing the analysis of a new and so far totally unexplored documentation : the account books and ricordanze kept by/for the women of the Florentine elite. Presenting the results of a census conducted in several private archives of the Tuscan nobility, this work shows that this recording practice was not a male monopoly. During their marital life and, more often, during their widowhood, women of the merchant patriciate kept private records to administer family goods, monitor personal wealth and memorize all the acts useful to their management. Through writing, they negotiated their roles within the kinship, they protected their interests challenging the norms of patrilineal succession and they actively contributed to the production of family memory. Thanks to the meticulous observation of the materiality of their documents, we can trace the knowledge that was necessary to keep their accounts as well as the gestures that punctuated their daily use. By analyzing a type of pragmatic writing that is little valued by the lineage narrative, this research finally brings to light the composite and articulated character of the family’s written memory.