Un espace social de la production de l'ordre et ses agents : conditions de la pratique et dynamiques institutionnelles de la sécurité des transports en commun. Le cas de l'agglomération lyonnaise

par Jerome Vial

Projet de thèse en Sciences politiques

Sous la direction de Daniel Thin.

Thèses en préparation à Lyon , dans le cadre de Sciences sociales , en partenariat avec Triangle (equipe de recherche) depuis le 21-10-2016 .


  • Résumé

    Il est admis que les transports en commun urbains constituent un espace doublement sensible pour les politiques de sécurité publique. D’une part, la densité des flux de voyageurs dans ces réseaux semble les prédisposer aux actes contraventionnels et délictuels ; d’autre part, les politiques de sécurité portent une attention de plus en plus grande aux réseaux urbains, érigés en cibles privilégiées du terrorisme. Dans ce contexte, les discours et mesures sécuritaires sur les transports en commun n'en finissent pas de germer, tandis que la littérature scientifique sur ce même sujet peine à se diversifier. De cette dernière, on peut distinguer deux orientations majeures. La première, en science politique, étudie depuis la fin des années 1990 la production des politiques locales de sécurité – où sont inclues systématiquement les transporteurs publics –, à l'aune des commanditaires et des moyens techniques mis en œuvre. Cette perspective met en lien les conditions de production de ces politiques avec la problématique plus vaste des transformations de la délinquance juvénile, qu'il s'agisse d'analyser les conditions d'une coproduction de la sécurité entre l'État central, les collectivités et les acteurs privés, ou d'étudier ses effets. La seconde traverse plusieurs courants sociologiques, et porte sur les publics concernés par la mise en œuvre des politiques de sécurité des transports en commun, c'est-à-dire les agents d'exploitation et les voyageurs. Ont surtout émergé, à cet égard, des travaux sur les violences entre les divers agents et les usagers, et des études portant sur les pratiques, les représentations et le rapport au risque qu'entretiennent des populations spécifiques – agents de contrôle du métro parisien, de la Sncf, conducteurs de bus. On trouve aussi, dans une perspective similaire, des productions qui héritent du sillage criminologique anglo-saxon, s'attachant à étudier le « sentiment d’insécurité » des voyageurs. Pour riches qu'ils soient, ces apports demeurent éloignés les uns des autres, et finalement, rares sont les études qui prennent à bras le corps la question de la production de la sécurité dans ces lieux singuliers que constituent les réseaux de transport en commun. Il convient de souligner, plus précisément, l'absence de production scientifique venant analyser empiriquement l'articulation entre les différents niveaux de décision, de discours, de représentations et de pratiques ; entre les différents acteurs physiques et institutionnels ; autrement dit, il manque l'appréhension de la sécurité comme le produit d'un espace social complexe dont il conviendrait d'étudier en profondeur les logiques des différents sous-espaces, de même que leurs relations. Le projet ici proposé entend précisément contribuer à éclairer ces zones d'ombres : comment interagissent et s'intègrent les différents responsables des institutions impliquées dans la sécurité des transports publics urbains, lors même qu'ils portent des cultures, des représentations, des pratiques et des enjeux différents ? Comment les prescriptions issues de cette multilatéralisation du travail de l'ordre sont-elles différemment perçues, reçues, retraduites, et intégrées par les agents chargés de cette sécurité au quotidien ? Un second ordre de questionnements, complémentaire et d'importance égale, concerne justement ces agents – en l'espèce, les agents de contrôle et d'intervention de Keolis-Lyon, l'entreprise exploitante du réseau, les agents de sécurité privée sous-traitants, les policiers municipaux nationaux : comment se réalise la division du travail de l'ordre entre eux, comment qualifier et comprendre cette division du travail, et comment rendre compte des possibles écarts entre l’organisation sécuritaire telle qu’elle est diversement pensée par les parties prenantes, et telle qu’elle est diversement mise en pratique par les agents d’exécution ? Enfin, comment saisir les logiques non-seulement institutionnelles mais également informelles, qui sont au principe des interactions entre les différents groupes d'agents et des articulations entre les pratiques de l'ordre qu'ils produisent au nom de leurs définitions respectives de la sécurité ?

  • Titre traduit

    A social space of production of order : conditions of practice and institutional dynamics of the security in public transportation. The case of Lyon agglomeration.


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