Les romans de Maïssa Bey, une oeuvre à la charnière des transformations: Histoire, société et Création. L'exemple de: Entendez-vous dans les montagnes (2002), Bleu, blanc, vert. (2006), Pierre, Sang, Papier ou Cendre. ( 2008) et Puisque mon cœur est mort. (2010)

par Rose El Kalach

Projet de thèse en Sciences du langage - Cergy


Sous la direction de Sylvie Brodziak.

Thèses en préparation à Cergy-Pontoise , dans le cadre de ED DSH - Droit et Sciences Humaines , en partenariat avec AGORA (laboratoire) depuis le 30-11-2016 .


  • Résumé

    En Algérie comme dans tout le Maghreb, l'accès de la femme à l'écriture s'est fait au prix de batailles opposant la femme au legs ancestral typiquement façonné par les hommes. Dans un univers régi par l'hégémonie du Mâle, figure du Père, du Mari, de l'Intellectuel, la femme aura été au mieux une muse, sinon celle à qui incombait la tâche de veiller à perpétuer un mode de vie qui l'accule au silence. Dans le contexte algérien contemporain, la femme a activement participé aux guerres pour l'indépendance, eu accès à l'école de la République et a imposé sa présence dans un milieu dominé par les plumes masculines. Les hommes de lettres algériens ont milité pour libérer la femme algérienne de la tutelle sociale et religieuse en en faisant tantôt la figure allégorique de la patrie (Kateb Yacine, Malek Haddad), tantôt le porte-drapeau de la révolution sociale (Boudjedra, Mohamed Dib). Assia Djebar, Leila Sabbar pour ne citer que ces deux auteures, ont donné à la littérature féminine algérienne ses lettres de noblesse, la femme devenant au centre de la production littéraire algérienne. Sous la décennie noire, le tragique historique a fait de la femme- intellectuelle de surcroit- la première cible des extrémistes religieux. Les auteures algériennes avaient le choix de se taire, elles ont préféré une écriture de la dénonciation qui a mis à mal le bel édifice du dogmatisme religieux. Et les œuvres, nombreuses à avoir vu le jour dans l'urgence de témoigner et de dénoncer l'horreur qui a frappé l'Algérie pendant dix ans, ont eu pour but de dire l'indicible, de témoigner, de donner la voix aux sans voix et aux victimes de l'horreur. La littérature du témoignage est un « récit certifié par la présence à l'événement raconté » qui « suppose la présence d'un tiers et d'un lien social et où la certification biographique équivaut à un engagement de vie qui transforme la personne en ‘mémoire vivante' ». Toutes les auteures qui ont dit l'horreur de l'Histoire n'ont certes pas été touchées directement par la violence sanguinaire, quelques-unes n'ont été que temporairement les témoins directs des exactions du FIS étant donné leur exil, et ces auteures ont souvent tenté de suggérer voire symboliser les dérapages du monolithisme religieux plutôt que de restituer tel quel un vécu. Mais toutes, sans exception, se sont senti dépositaires d'une Histoire collective à laquelle elles assistent en tant que femmes d'abord, intellectuelles ensuite. De ce fait, si les œuvres des auteures algériennes après la libération puis la décennie noire sont profondément marquées par l'Histoire, et si leurs romans se posent comme support intellectuel pour la lutte contre l'obscurantisme religieux, il n'en demeure pas moins que l'individualité des auteures cède la place à la parole de la collectivité, chaque lecteur pouvant reconnaître dans le portrait d'une victime la figure de toute personne acculée arbitrairement au silence. C'est justement à la charnière de toutes ces transformations qui ont touché l'Histoire de l'Algérie, la société algérienne et la création romanesque résultant d'un séisme identitaire que se situe l'oeuvre de Maissa Bey. Nous comptons donc consacrer notre travail de thèse à l'analyse de ces transformations en prenant pour exemple les romans suivants: Entendez-vous dans les montagnes (2002), Bleu, blanc, vert. (2006), Pierre, Sang, Papier ou Cendre. ( 2008) et Puisque mon cœur est mort. (2010)

  • Titre traduit

    The work of Maïssa Bey at the hinge of transformations: History, society and creations.


  • Résumé

    In Algeria, as in the rest of the Maghreb, women's access to writing has come at the cost of battles between women and the ancestral legacy typically fashioned by men. In a universe governed by the hegemony of the male, figure of the Father, theH, the Intellectual, the woman has been at best a muse, if not the one to whom the task of ensuring the perpetuation of a way of life which drive her to silence. In the contemporary Algerian context, the woman actively participated in the wars for independence, had access to the school of the Republic and imposed her presence in an environment dominated by male writers. Under the black decade, the tragic history has made the intellectual woman moreover the first target of religious extremists. The Algerian authors had the choice to be silent, they preferred a writing of the denunciation which has harmed the beautiful edifice of religious dogmatism. And the works, many to have emerged in the urgency of testifying and denouncing the horror that hit Algeria for ten years, were intended to say the unspeakable, to testify, to give voice to voiceless and to the victims of horror. All the writers who spoke of the horror of the history were certainly not directly affected by the bloodthirsty violence, some were only temporarily witnesses of the exactions of the FIS because of their exile, and these authors have often tried to suggest or even symbolize the slippages of religious monolithism rather than to restore an experience as such. But all, without exception, have felt as the holders of a collective history that they attend as women first, then intellectual.      As a result, while the works of the Algerian authors after the liberation and the Black Decade are deeply marked by history, and if their novels are an intellectual support for the fight against religious obscurantism, the fact remains that the individuality of the authors gives way to the word of the collectivity, each reader being able to recognize in the portrait of a victim the figure of every person arbitrarily driven to silence. It is precisely at the juncture of all these transformations that have touched the history of Algeria, the algerian society and the novelistic creation resulting from an identity seism that the work of Maïssa Bey is located. We intend to devote our thesis work to the analysis of these transformations, taking as an exemple the following novels: Entendez-vous dans les montagnes (2002), Bleu, blanc, vert. (2006), Pierre, Sang, Papier ou Cendre. ( 2008) et Puisque mon cœur est mort. (2010)