Le cadavre du roi : Les corps disséqués, embaumés et exposés d'Henri IV et de son entourage familial.

par Anaïs Ferrer

Projet de thèse en Histoire - Cergy

Sous la direction de Francois Pernot.

Thèses en préparation à Cergy-Pontoise , dans le cadre de ED DSH - Droit et Sciences Humaines , en partenariat avec AGORA (laboratoire) depuis le 01-09-2015 .


  • Résumé

    Le cadavre, objet de découverte en médecine et dans les arts du XVIe siècle, acquiert un statut particulier dans le cadre des cérémonies de sépulture des rois de France. Par leurs écrits, des chirurgiens, tels que Jacques Guillemeau, dévoilent les actes chirurgicaux pratiqués sur la dépouille du monarque et des membres de sa famille. Mais l'autopsie et l'embaumement, qui font partie intégrante du cérémonial mortuaire, n'ont été encore que partiellement étudiés et demeurent un mystère pour les historiens. Cette thèse a pour objectif de présenter et d'identifier les différentes étapes qui composaient le cérémonial funéraire de la famille royale, en se penchant sur l'exemple particulier d'Henri IV et de son entourage familial (ses fils Nicolas et Louis, sa femme, Marie de Médicis et sa maîtresse Gabrielle d'Estrées). Le projet s'inscrit dans la tradition historiographique qui s'est consacrée aux cérémonies funéraires royales pour analyser ce qu'était la monarchie française (Ralph Giesey, Le roi ne meurt jamais, 1987 ; Jean-Marie Le Gall, Le mythe de Saint-Denis, 2007). Mais il s'agira de déplacer le point de vue : la thèse s'intéressera moins à la liturgie royale, qu'au traitement concret du corps mort du roi et de son entourage. Dans la perspective des travaux engagés par Stanis Perez (La mort du roi, 2006), mais dans une approche des techniques et des pratiques thanatologiques, on analysera donc la prise en charge du corps du roi et de ses proches, par les chirurgiens mais aussi par d'autres corps de métier qu'il s'agira précisément de mettre au jour, de l'instant de leur mort au dépôt dans la nécropole royale de Saint-Denis (autopsie, embaumement, cortège du cœur, exposition publique de l'effigie). Au cœur de ce travail se trouve donc le corps mort, considéré par les hommes de la Renaissance comme un objet à façonner, et dont le traitement matériel est un enjeu politique et symbolique pour la monarchie. Le corps du roi ne sera cependant pas considéré comme un objet individuel : il sera au contraire étudié comme un élément du corps collectif que représentent la famille royale, et plus largement les proches du roi. L'analyse portera donc sur le lien post mortem qui s'établit entre les différents membres de ce groupe dans le cadre du processus qui prépare les dépouilles, le cérémonial funéraire et le rite de dépôt du cadavre. En mobilisant une histoire des techniques médicales et des pratiques chirurgicales, cette thèse entend donc étudier à nouveaux frais la notion de rites funéraires. Les Archives Nationales et la Bibliothèque Nationale conservent de nombreuses sources relatives à la famille d'Henri IV, comme en témoignent, par exemple, les documents concernant le jeune prince d'Orléans Nicolas, mort prématurément à 4 ans, et la reine Marie de Médicis trépassée en exil, ainsi que la maîtresse du monarque Gabrielle d'Estrées : la série K 1716 nous délivre de précieuses informations sur les pratiques thanatologiques réservées à la famille royale. Si certains membres de l'entourage royal ont été autopsiés et embaumés, d'autres, pour des raisons qui restent à déterminer, ne le furent pas. Certains appartiennent à la confession catholique, alors que d'autres se sont convertis au protestantisme ; certains ont des statuts politiques forts, d'autres des statuts affectifs riches… Ces différences se lisent-elles dans l'élaboration des cérémonies funéraires ? Se retrouvent-elles dans le geste chirurgical, ou dans la pratique médicale ? Seule une étude pluridisciplinaire associant les approches religieuse, politique et médicale permettra de mettre au jour le système symbolique attaché à la préservation et à l'exposition des corps morts du roi et de son entourage.

  • Titre traduit

    The dissected, embalmed and exposed bodies of Henry IV and his family.


  • Résumé

    Le cadavre, objet de découverte en médecine et dans les arts du XVIe siècle, acquiert un statut particulier dans le cadre des cérémonies de sépulture des rois de France. Par leurs écrits, des chirurgiens, tels que Jacques Guillemeau, dévoilent les actes chirurgicaux pratiqués sur la dépouille du monarque et des membres de sa famille. Mais l'autopsie et l'embaumement, qui font partie intégrante du cérémonial mortuaire, n'ont été encore que partiellement étudiés et demeurent un mystère pour les historiens. Cette thèse a pour objectif de présenter et d'identifier les différentes étapes qui composaient le cérémonial funéraire de la famille royale, en se penchant sur l'exemple particulier d'Henri IV et de son entourage familial (ses fils Nicolas et Louis, sa femme, Marie de Médicis et sa maîtresse Gabrielle d'Estrées). Le projet s'inscrit dans la tradition historiographique qui s'est consacrée aux cérémonies funéraires royales pour analyser ce qu'était la monarchie française (Ralph Giesey, Le roi ne meurt jamais, 1987 ; Jean-Marie Le Gall, Le mythe de Saint-Denis, 2007). Mais il s'agira de déplacer le point de vue : la thèse s'intéressera moins à la liturgie royale, qu'au traitement concret du corps mort du roi et de son entourage. Dans la perspective des travaux engagés par Stanis Perez (La mort du roi, 2006), mais dans une approche des techniques et des pratiques thanatologiques, on analysera donc la prise en charge du corps du roi et de ses proches, par les chirurgiens mais aussi par d'autres corps de métier qu'il s'agira précisément de mettre au jour, de l'instant de leur mort au dépôt dans la nécropole royale de Saint-Denis (autopsie, embaumement, cortège du cœur, exposition publique de l'effigie). Au cœur de ce travail se trouve donc le corps mort, considéré par les hommes de la Renaissance comme un objet à façonner, et dont le traitement matériel est un enjeu politique et symbolique pour la monarchie. Le corps du roi ne sera cependant pas considéré comme un objet individuel : il sera au contraire étudié comme un élément du corps collectif que représentent la famille royale, et plus largement les proches du roi. L'analyse portera donc sur le lien post mortem qui s'établit entre les différents membres de ce groupe dans le cadre du processus qui prépare les dépouilles, le cérémonial funéraire et le rite de dépôt du cadavre. En mobilisant une histoire des techniques médicales et des pratiques chirurgicales, cette thèse entend donc étudier à nouveaux frais la notion de rites funéraires. Les Archives Nationales et la Bibliothèque Nationale conservent de nombreuses sources relatives à la famille d'Henri IV, comme en témoignent, par exemple, les documents concernant le jeune prince d'Orléans Nicolas, mort prématurément à 4 ans, et la reine Marie de Médicis trépassée en exil, ainsi que la maîtresse du monarque Gabrielle d'Estrées : la série K 1716 nous délivre de précieuses informations sur les pratiques thanatologiques réservées à la famille royale. Si certains membres de l'entourage royal ont été autopsiés et embaumés, d'autres, pour des raisons qui restent à déterminer, ne le furent pas. Certains appartiennent à la confession catholique, alors que d'autres se sont convertis au protestantisme ; certains ont des statuts politiques forts, d'autres des statuts affectifs riches… Ces différences se lisent-elles dans l'élaboration des cérémonies funéraires ? Se retrouvent-elles dans le geste chirurgical, ou dans la pratique médicale ? Seule une étude pluridisciplinaire associant les approches religieuse, politique et médicale permettra de mettre au jour le système symbolique attaché à la préservation et à l'exposition des corps morts du roi et de son entourage.