Origines et formations des terres noires de Guyane : approche anthracologique

par Stéphanie Bodin

Projet de thèse en Ecologie et Biodiversité

Sous la direction de Laurent Bremond et de Jean-François Molino.

Thèses en préparation à Montpellier , dans le cadre de GAIA - Biodiversité, Agriculture, Alimentation, Environnement, Terre, Eau , en partenariat avec ISEM - Institut des Sciences de l'Evolution de Montpellier (laboratoire) et de Dynamique des Ecosystèmes et Changements Globaux (equipe de recherche) depuis le 01-10-2016 .


  • Résumé

    De nombreuses études dans le bassin Amazonien ont montré que l'impact humain sur la forêt a été beaucoup plus important que ce que l'on pensait (Malhi et al., 2014), remettant en question le concept de forêt « primaire ». Cet impact est encore visible dans certains sites en terme de composition floristique de la forêt et du sol, se traduisant par l'abondance de palmiers et de plantes cultivées et la présence de terres noires riches en charbon et en matière organique appelées terra preta (Arroyo-Kalin et al., 2009 ; Schmidt & Heckenberger, 2009). Ceci est aussi visible au niveau du paysage avec des vestiges agricoles (McKey et al., 2010; Rostain, 2010 ; 2012) et d'habitations (eg Erickson, 2000 ; Heckenberger et al., 2008). Si ces études sont abondantes en Amazonie occidentale et centrale, elles sont rares en Guyane française. Les traces d'occupation précolombienne sont pourtant visibles en Guyane, avec par exemple la présence de vestiges de champs surélevés (Rostain, 2008 ; McKey et al., 2010) dans les plaines côtières et de « montagnes couronnées », ie entourées de fossés creusés par les Hommes (Mestre et al., 2008 ; 2013), en forêt. On trouve aussi des espèces utiles à l'Homme qui peuvent être indicatrices d'une présence passée. Malgré ces connaissances sur l'établissement des sociétés précolombiennes en Guyane, on ne sait pas dans quelle mesure la composition, la structure et la diversité de la forêt guyanaise et de son sol ont été impactées et quelle est l'étendue spatiale et chronologique de cet impact. L'objectif de ce projet de thèse est donc de définir l'impact de l'occupation humaine sur la forêt à travers l'analyse de charbons de bois de profils de sols dans des sites sélectionnés. Les charbons sont les vestiges de la flore ligneuse qui a brûlé sur un site. Ils pourront être datés au 14C et ainsi permettre d'identifier les communautés végétales présentes sur les sites et utilisées par les Hommes lors de leur occupation. Les sites anthropisés seront comparés à des sites de contrôle afin de mieux déterminer la nature (agriculture, habitation) et l'ampleur (durée, intensité) de l'occupation. Les assemblages de charbons fossiles seront confrontés à d'autres bio‐proxies pédologiques (structure, micromorphologie et phytolithes) ainsi qu'aux assemblages floristiques actuels.

  • Titre traduit

    Origins and formations of French Guiana Dark Earths : anthracological approach


  • Résumé

    Numerous studies in the Amazon basin have shown that human impact on the forest was much larger than we thought (Malhi et al., 2014), questioning the concept of "pristine forest". This impact is still visible in some places in terms of floristic composition of the forest and soil, resulting in an abundance of palm trees and crops and the presence of dark earths enriched in charcoal and organic matter called terra preta (Arroyo -Kälin et al., 2009; Schmidt & Heckenberger, 2009). This is also visible at the landscape level with the presence of agricultural (McKey et al, 2010;. Rostain, 2010; 2012) and housing (eg Erickson, 2000; Heckenberger et al., 2008) remains. If these studies are abundant in Western and Central Amazonia, they are rare in French Guiana. Traces of pre-Columbian occupation are yet visible in Guyana, with for example the presence of ancient raised fields (Rostain, 2008; McKey et al., 2010) in the coastal plains and "crowned mountains", ie surrounded by ditches dug by men (Mestre et al., 2008; 2013), in the forest. Some useful plant species can also be observed, which can be an indicator of a past human occupation. Despite this knowledge on the establishment of pre-Columbian societies in Guyana, the extent to which the composition, structure and diversity of the Guyanese forest and its soil were affected is still unclear and so is the spatial and chronological extant of this impact. The objective of this thesis project is to define the impact of human settlements on the forest through the analysis of charcoal from soil profiles in selected sites. Charcoal fragments are the remains of woody plants that burned on a given site. They will be 14c-dated and used to identify plant communities which were burnt by men during their occupation. Anthropized sites will be compared with control sites to better determine the nature (agriculture, housing) and extant (duration, intensity) of the occupation. Charcoal assemblies will be compared with other soil bio-proxies (soil structure, soil micromorphology and phytoliths) and with the current floristic composition.