Faire rire ou faire peur. Le travail des émotions et sa circulation dans le spectacle de cirque.

par Aurore Dupuy

Projet de thèse en Sciences sociales

Sous la direction de Cédric Frétigné.

Thèses en préparation à Paris Est , dans le cadre de Ecole doctorale Cultures et Sociétés (Créteil ; 2015-....) , en partenariat avec LIRTES - Laboratoire interdisciplinaire de recherche sur les transformations des pratiques éducatives et des pratiques sociales (laboratoire) depuis le 12-09-2016 .


  • Résumé

    Si le spectacle de cirque comprend des disciplines peu risquées, d'autres sont intrinsèquement liées au risque et mettent le corps en danger de mort : trapèze volant, bascule, dressage de fauves… La proximité avec la mort constitue ainsi un des nœuds centraux du cirque. Mais des émotions autres que la peur s'y rencontrent : le frisson, la stupeur, l'émerveillement, l'amusement, le rire. La piste est donc un lieu de production et de transmission d'émotions aux spectateurs, qui en retour ressentent, chacun à leur manière, et renvoient aux artistes l'expression de leurs émotions. Ancienne artiste de cirque, je veux interroger la production et la circulation de ces émotions. J'interroge la relation aux affects et à leurs expressions socialement conditionnées (Mauss 1921). L'étude de leur mise en scène permettrait de saisir ce qui est de l'ordre de l'acceptable, du communicable, sous prétexte d'humour ou d'émerveillement, selon les contextes. Le questionnement mêle donc sociologie –tracer les liens entre situation sociale et émotions- et anthropologique -comment ressent-on et le communique-t-on ? La prouesse comme le risque ne résident pas que dans la voltige aérienne, mais sont « également symbolique : rater, perdre la face » (Fourmaux 2006). Les acrobaties de haute voltige représentent ainsi des limites repoussées entre la vie et la mort, tout comme perdre la face (Goffman 1973), peut être fatal au personnage qui subit alors une mort symbolique. Les dangers encourus, à la fois physiques et émotionnels, mettent en question ce qui est de l'ordre de l'acceptable (ou du tolérable ?) de part et d'autre de la piste. La tension qui réside entre rire et mort s'exprime à travers les corps. Ils sont étudiés comme analyseur d'une certaine idéologie de la performance et catalyseur entre les prouesses, leurs ratés, et les émotions vécues et transmises. Leur condition apparait dès lors liminaire, selon la perspective adoptée par Victor Turner (Turner 1969). Le dispositif méthodologique consiste en une ethnographie multisituée auprès de trois compagnies. L'une, in extremis, est française et met en jeu de grandes prises de risuqe. La seconde est colombienne et issue du cirque social : ses interprètes sont issus des classes très populaires de Cali, en Colombie. La dernière s'appelle Clown Sans frontières, et envoie des artistes jouer dans des zones de conflits ou déshéritées du monde entier.

  • Titre traduit

    Making laugh or making fear. Emotional work and its circulation in circus shows.


  • Résumé

    While circus performance includes some disciplines that are not especially dangerous, others are intrinsically linked to risk and put the body in danger of death, for example the flying trapeze or lion taming. Proximity to death constitutes a central crux of the circus. However, many emotions other than fear are inspired by these performances: thrill, astonishment, wonder, amusement, etc. The ring is a place of production and transmission of emotions to the spectator, who feels and gives back to the artists the expression of their feelings. As a former circus artist, I want to investigate the production and circulation of these emotions. I will study the relationship between emotions and their sociological expressions (Mauss 1921). The study of the production of these emotions could allow for an understanding of what is acceptable and communicable, under the pretext of wonder or humor, depending on the context. This line of questioning combines sociology-drawing links between social situations and emotions- and anthropology-how do we feel, and how do we communicate it? In circus performance, the feat does not only lie in aerial acrobatics, but is also symbolic: it includes the risk of failure or losing face. Performances represent, then, the limit between life and death and, just as losing face, (Goffman 1973), can be fatal to the character who undergoes a symbolic death. The risks run by the acrobat, both physical and emotional, put in question what is acceptable (or tolerable?), on either side of the ring. The tension between laughter and death expresses itself through the body. These two extremes can be viewed as a window into the ideology of the performance, and as the catalyst between feats, failures, and emotions, both experienced and transmitted. Their condition appears to be liminal, according to Victor Turner's perspective (Turner 1979). The methodology consists of a multi-site ethnography of three circus companies. The first one, In extremis, is a French company that integrates extreme risk-taking in their performances. The second is a Colombian circus that is socially minded: its artists come from lower class neighbourhoods in Cali, Colombia. The last one, called Clown Sans Frontières, sends artists to conflict zones and impoverished areas around the world.