La visite à l’atelier

par Camille VAN GEIRT

Projet de thèse en Littérature française

Sous la direction de Nathalie Barberger.

Thèses en préparation à Lyon , dans le cadre de 3La - Lettres lingusitique langues et arts depuis le 27-10-2014 .


  • Résumé

    L'atelier, dans la cartographie de l'artiste, est un espace capital, celui de la gestation et de la réflexion. Privilégié et donc à part. Il est le lieu de la liberté tout autant que de la contrainte dans la confrontation ascétique au travail qu'il impose. Il s'agit d'un lieu premier, celui qui voit éclore la pensée ou le geste de l'artiste. Il est donc à la fois lieu de commencement, où la création dans sa part la plus brute et naissante advient, et lieu d'étapes, jusqu'à la sophistication dernière. Lieu de passage entre la recherche esthétique laborieuse et un travail plus ou moins abouti dont le résultat sera présenté au public (que cela soit dans le cadre d'institution, de salon, de commande ou d'un cercle plus restreint). Cependant il faut garder à l'esprit le fait que ces ateliers étaient souvent partagés, et que la vision romantique que l'on peut avoir d'un homme esseulé dans un atelier de fortune est, hormis si nous l'appliquons à certains artistes du XIXe siècle, souvent erronée. Qu'il s'agisse d'assistants, d'élèves ou de modèles, l'atelier est en fait rarement un lieu vide dénué de vie. À cela vient s'ajouter la coutume de sa visite. La présence, l'irruption - prévue ou non – de l'autre dans cette intimité première. Le regard critique se frotte alors aux particularités d'un endroit, aux exigences matérielles qu'il requiert tout autant qu'aux difficultés de la création, à l'inventivité dans son esquisse originelle. En outre, ledit visiteur – artiste en herbe ou déjà accompli -, pourra faire de cette découverte une réflexion sur sa propre œuvre, en miroir de son travail. L'occasion d'un habile regard en arrière et d'une analyse poussée de ses propres aspirations et objectifs. Ce sujet entremêle donc plusieurs enjeux : celui de genèse, de solitude, de perfectionnement, tout autant que de passage, d'altérité et de partage. À mi-chemin entre lieu privé – qui plus lorsqu'il est aussi lieu de vie de l'artiste, en tout cas lieu d'investissement évident – et lieu public. Sans oublier bien sûr ce que l'atelier doit à l'artisanat, à l'ébauche que cela évoque à l'origine, idée que l'on retrouve jusque dans l'étymologie du mot : « astelier 1332. de astelle, 'éclat de bois', du latin astula à l'origine de attelle » comme nous le précise Le Petit Robert 2012. Cela évoque donc quelque chose en construction, en pleine élaboration ou encore en chantier pour reprendre les termes de l'artisan. Il s'agit essentiellement d'un travail en train d'être réalisé, de se faire. La visite à l'atelier est une catégorie particulière de la critique d'art où l'auteur est, de fait, placé au cœur de la démarche esthétique, abruptement confronté à la réalité, aux exigences matérielles et aux habitudes du créateur. Nous verrons donc comment ce pan de la critique peut emmener ses lecteurs dans un univers très libre et à la fois très codifié, comment il s'intègre au reste de la littérature une fois « sortie » de l'atelier, comment il s'adapte au monde étranger à ce laboratoire. Nous verrons en somme comment la visite à l'atelier est représentée en littérature et comment elle met en perspective les enjeux de ce lieu dans sa grammaire propre.


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