Politiques pénales et enfermement carcéral au Cameroun : socio-anthropologie de la punition en contexte de démocratisation

par Georges Macaire Eyenga

Thèse de doctorat en Sociologie

Sous la direction de Philippe Combessie.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de École doctorale Économie, organisations, société (Nanterre) , en partenariat avec Laboratoire de sociologie, philosophie et anthropologie politiques (Nanterre) (laboratoire) depuis le 15-07-2016 .


  • Résumé

    Pour réprimer le crime qui menace sa sécurité intérieure, chaque société invente des mécanismes punitifs sur la base de valeurs, de croyances et de représentations partagées. Ce fut le cas de l’invention du modèle-prison en Europe au 18e siècle, forme instituée qui bouleverse l’économie des peines tout en affirmant sa capacité à voyager ailleurs. En considérant la prison pénale comme modèle-voyageur, cette thèse analyse son rôle et sa place dans la gestion de l’État au Cameroun. Elle tente d’objectiver deux questions fondamentales de la socioanthropologie de l’enfermement carcéral: « pourquoi » et « comment » celui-ci est mobilisé en contexte de démocratisation. Pour y répondre, l’analyse se consacre à l’historicité des politiques pénales et pénitentiaires. Sont ainsi passés au crible, le choc pénal du moment colonial, la réappropriation de la prison par l’État postcolonial, l’avènement de la démocratisation et son impact sur le regard punitif. Par la suite, l’analyse s’intéresse à la construction de l’État pénal dans un contexte d’émergence de ce que certains appréhendent en termes de « société du risque ». À cet effet, elle rend compte du contexte pertinent d’insécurité et des contre-réactions de l’État, des organisations internationales et des associations locales. Enfin, l’analyse dissèque les rapports entre la prison et la société libre, et ce faisant, aborde la question des problèmes sociaux qui la minent, des autres lieux de production de la justice, ainsi que les fonctions sociales et politiques qu’elle remplit. Les constats qui se dégagent de cette recherche posent la nécessité pour les sociétés contemporaines de réinventer la punition.

  • Titre traduit

    Penal policies and imprisonment in Cameroon : socio-anthropology of punishment in the context of democratization


  • Résumé

    To repress the crime that threatens its internal security, every society invents punitive mechanisms based on shared values, beliefs, and representations. This was the case of the invention of the prison-model in Europe in the 18th century, an established form that upsets the economy of punishment while affirming its ability to travel elsewhere. Considering the criminal prison as a « traveling model », this thesis analyses its role and its place in state building and state management in Cameroon. It attempts to objectify two fundamental questions on the socio-anthropology of prison confinement: « why » and « how » is this model mobilized in the context of democratization? To answer this question, the analysis focuses on the historicity of penal and penitentiary policies. This study discusses the penal shock of the colonial moment, the re-appropriation of the prison by the postcolonial state, the advent of democracy and its impact on punitive manners. In that respect, the analysis focuses on the construction of the criminal state in a context of emergence of what is perceived as a « risk society ». It therefore reflects the context of insecurity and counter-reactions by the state, international organizations and local associations. Finally, the analysis examines the relationship between the prison and the free society and in doing so, addresses the social problems that undermine it, other areas of justice production, as well as the social and political functions that it fills. The findings, which emerge from this research, reveal the need for contemporary societies to reinvent punishment.