Systèmes de mobilité et d'accessibilité complémentaires en Amérique du Sud : vers une irrigation rhizomique du territoire.Etudes de cas : le Complexe de l'Alemão à Rio de Janeiro (Brésil) et les Comunas 1 et 2 à Medellin (Colombie)

par Camille Reiss

Projet de thèse en Architecture

Sous la direction de Dominique Rouillard.

Thèses en préparation à Paris Est en cotutelle avec l'Université Fédérale de Rio de Janeiro, Faculté d'Architecture et d'Urbanisme , dans le cadre de VTT - Ville, Transports et Territoires , en partenariat avec Laboratoire infrastructure architecture territoire (laboratoire) depuis le 23-11-2015 .


  • Résumé

    Dans les années 1990, les quartiers informels d'Amérique du Sud sont officiellement reconnus comme des entités constitutives de la ville. Une série d'infrastructures de transport collectif est alors implantée, afin d'intégrer ces quartiers enclavés au reste de la ville. La mise en place de systèmes conventionnels ayant été empêchée par la forte déclivité des sites, des solutions innovantes de type téléphérique, funiculaire, ascenseur et escaliers mécaniques sont imaginées. Connectant ces territoires au réseau de transport en commun de la ville et diminuant les temps de trajets internes, le Metrocable de Medellin (2004) et le téléphérique du Complexe de l'Alemão à Rio de Janeiro (2011) permettent d'améliorer (en partie) les conditions de mobilité des habitants. On constate cependant que les nombreuses expropriations et délocalisations que ces projets étatiques engendrent, conduisent une partie de la population à s'opposer à la réalisation d'autres projets du même type. Alors, peut-on considérer que l'implantation de ce type d'infrastructures, soit garante d'un accès plus égalitaire à la ville ? La persistance du transport informel à opérer dans le Complexe de l'Alemão, malgré l'existence du téléphérique, semble aller à l'encontre de cette première hypothèse. Opéré par des mototaxis et des véhicules utilitaires adaptés au transport de passagers (de type Van et Kombi), ce réseau se caractérise par sa capacité à infiltrer la microéchelle urbaine, tout en relayant les transports de masse. Ce principe de complémentarité permet une desserte homogène des échelles globale et locale de la ville. Pour autant, est-ce que l'irrigation rhizomique du territoire en transport est une condition inhérente au droit à la mobilité et au droit à la ville ? Permet-elle de lutter efficacement contre la fragmentation et la ségrégation sociospatiale ? Définit-elle une stratégie urbaine contribuant à un développement plus durable des villes ? La recherche pose comme hypothèse que la reconnaissance des favelas comme entités constitutives de la ville ne passerait pas par un processus d'urbanisation traditionnel visant à leur intégration, mais plutôt par la préservation de la condition urbaine qui leur est spécifique et des systèmes auto-organisationnels qui les régissent. La lutte contre la ségrégation sociospatiale ne passerait donc pas nécessairement par la lutte contre la fragmentation sociospatiale, en ce sens que la diversité des entités disparates qui constituent les villes contemporaines peut être considérée comme une plus value nécessaire afin d'imaginer leurs futurs. L'étude a démontré, en termes de mobilité, que l'intégration des réseaux de transport informel aux autres réseaux de transport de la ville était la possibilité d'agir en faveur d'un accès plus égalitaire à la ville et d'un développement urbain plus durable, tout en assurant une certaine stabilité sociale.

  • Titre traduit

    Complementar systems of mobility ans accessibility in South America: toward a rhizomic irrigation of the territory. Case studies: Complex of Alemão in Rio de Janeiro (Brazil) and the Comunas 1 and 2 in Medellin (Colombia).


  • Résumé

    In the 1990s, informal settlements in South America are officially recognized as constitutive entities of the city. A series of public transport infrastructures is then implanted to integrate these enclaved settlements with the rest of the city. The implementation of conventional systems having been prevented by the strong declivity of the sites, innovative solutions like cable car, funicular, elevator and escalators are imagined. Connecting these territories to the city's public transport network and reducing internal travel times, the Medellin Metrocable (2004) and the Alemão Complex cable car in Rio de Janeiro (2011) improve (in part) the mobility conditions of the inhabitants. However, we note that the many expropriations and relocations that these state projects generate, lead some of the population to oppose the realization of other projects of the same type. So, can we consider that the establishment of this type of infrastructure ensures a more equal access to the city? The persistence of informal transport to operate in the Alemão Complex, despite the existence of the cable car, seems to run counter to this first hypothesis. Operated by motorcycle taxi and vehicles adapted to the transport of passengers (Van and Kombi type), this network is characterized by its ability to infiltrate the urban microscale, while relaying mass transport. This principle of complementarity irrigates homogeneously the global and local scales of the city. However, is the rhizomic irrigation of the territory in transport a condition inherent to the right to mobility and the right to the city? Does it effectively fight sociospatial fragmentation and segregation? Does it define an urban strategy contributing to a more sustainable development of cities? The research assumes that the recognition of the favelas as constitutive entities of the city would not be realized by a traditional urbanization process for their integration, but rather by the preservation of their specific urban condition and the self-organizational systems which govern them. The fight against sociospatial segregation would not necessarily involve the fight against sociospatial fragmentation, in that the diversity of the disparate entities that constitute contemporary cities can be considered as a necessary added value in order to imagine their futures. The study demonstrated, in terms of mobility, that the integration of informal transport networks with other transport networks of the city was the opportunity to act in favor of more equal access to the city and more sustainable urban development, while ensuring social stability.