La chorégraphie et l'entretien : enjeux d'une danse documentaire

par Melanie Mesager

Projet de thèse en Arts

Sous la direction de Isabelle Ginot.

Thèses en préparation à Paris 8 , dans le cadre de ED Esthetique, sciences et technologie des Arts , en partenariat avec Esthétique, musicologie et créations musicales (equipe de recherche) depuis le 07-07-2016 .


  • Résumé

    Dans le champ de la chorégraphie contemporaine, des artistes de plus en plus nombreux s'approprient la pratique ethnographique de l'entretien ; sortant du studio, ils vont à la rencontre d'interlocuteurs qu'ils interrogent, et font de cet échange le cœur d'un événement chorégraphique qui répond à une réalité de l'actualité ou de l'histoire. Victimes de la torture chez Rachid Ouramdane, vécus du handicap chez Jérôme Bel, témoignages de spectateurs et danseurs d'une chorégraphie de 1932 chez Olga de Soto, ou de migrants chez Cécile Proust : autant de façons d'interroger la réalité d'un vécu corporel et sensible, faisant de l'art chorégraphique un art documentaire « kinesthésique ». Les formes produites sont des formes complexes, mêlant des matériaux documentaires de plusieurs natures dans lesquelles se croisent notamment danse et paroles (rapportées ou non), présences directes et différées, corporéités dansantes et « piétonnes », « ordinaires ». Cette thèse interroge par une analyse précise des œuvres et des processus ces modalités de présence afin de problématiser les enjeux esthétiques mais également politiques d'une forme de danse documentaire. L'échange entre le chorégraphe et ses interlocuteurs, qui dépasse largement le temps de la représentation pour s'étendre au processus de création, revêt des enjeux politiques chaque fois différents selon la façon dont se construisent les identités d'un « informateur », d'un « témoin » ou d'un « expert ». L'action du chorégraphe dans le monde peut être pensée comme une façon de revendiquer, en acte, un mode de présence avec les autres. Quittant son rôle de technicien du geste, l'artiste en effet revêt une position qu'il s'agit de questionner également, entre ethnologue kinesthésique et « passeur » d'un savoir et d'un échange gestuels.

  • Titre traduit

    Choreography and interview : implications of a documentary dance


  • Résumé

    In the field of contemporary choreography, many artists have adopted the ethnographic practice of interviews ; they leave the studio and meet interlocutors to question them, and make of this exchange the core of a choreographic event echoing a reality of the present or of the history. Torture victims (Rachid Ouramdane), experience of disability (Jérôme Bel), spectators’ and dancers’ testimonies of a choreography dated 1932 (Olga de Soto), or account of migrants (Cécile Proust) : as many ways to question the reality of a body and sensitive experience, making of choreography a documentary « kinaesthetic » art. The shapes thus produced are complex, involving documentary materials of various sorts, which mix notably dance and words, direct or differed presences, pedestrian or dancing bodies. Through a specific analysis of works and processes, this thesis questions the modes of presence in order to problematize the aesthetical and political implications of a documentary dance. The interaction between the choreographer and his interlocutors, which is not limited to the time of the performance but extends to the creation’s process itself, raises various political issues depending on the identity of an « informer », a « witness », or an « expert ». The action of the choreographer in the world can also be considered as a way to claim a mode of presence with the others. Leaving his position of a gesture technician, the artist indeed takes a position that it is necessary to question as well, between kinaesthetic ethnologist and « transmitor » of gestural knowledge and exchange.