Muse reconnue/ peintre-poëte méconnue : l'étrange cas Elizabeth Siddal à l'épreuve de la création artistique

par Laure Nermel

Projet de thèse en Langues et litteratures etrangeres

Sous la direction de Laurent Châtel.

Thèses en préparation à Lille , dans le cadre de École doctorale Sciences de l'homme et de la société (Villeneuve d'Ascq, Nord) depuis le 07-07-2016 .


  • Résumé

    La figure d’Elizabeth Siddal (1829 – 1862) nous a été transmise par le relais biographique avant d’être connue pour son œuvre. Sa perception nous est apparue à travers le regard de ses proches, amis, et collègues. Journaux intimes et correspondances d’artistes livrent un portrait résolument énigmatique. C’est cette même image que renvoient les tableaux pour lesquels Elizabeth Siddal a posé, notamment l’Ophélie de John Everett Millais (1852). Alors que récits fabuleux et rumeurs sur son compte abondent, peu de documents de sa main subsistent: quelques lettres, une quinzaine de poèmes et fragments, ainsi qu’une centaine de dessins, esquisses et aquarelles. De nombreuses zones d’ombre subsistent quand à l’attribution de certaines œuvres, parfois assignées à son maître et amant, le peintre Dante Gabriel Rossetti. C’est le frère de ce dernier, William Michael Rossetti, qui s’employa le premier à dresser l’inventaire de l’œuvre d’Elizabeth Siddal, parvenue pour la plupart sous forme de portfolio photographique dont deux exemplaires se trouvent à l’Ashmolean et au Fitzwilliam Museums. Le silence des biographes et historiens de l'art au sujet d’Elizabeth Siddal s’explique par le manque d’informations fiables communiquées depuis sa mort et l’absence de traductions de sources anglophones. Cette étude tâche de rendre compte de la figure (in)visible d’Elizabeth Siddal, oscillant entre (re)-présentation et sujet créateur. Le terme de « préraphaélite » ne convoque pas tant une école ou un style qu’une vision singulière de l’idéal féminin. Elizabeth Siddal en possède les traits les plus identifiables. Si son rôle de muse est indéniable, il convient d’examiner la façon dont elle a difficilement tenté de s’en écarter pour composer son identité de peintre-poëte. Notre objectif sera alors de déterminer l’impact qu’Elizabeth Siddal a eu sur le cercle préraphaélite et si elle peut être considérée comme un de ses membres à part entière. Ce travail de thèse s'inscrit dans le sillage des "women's studies" selon une approche pluridisciplinaire, au carrefour de la micro-histoire, la sociologie et de perspectives muséographiques. Être femme dans le monde de l’art à l’époque victorienne équivaut à se heurter à un système d’idées reçues et à des structures institutionnelles qui instaurent une ségrégation socioculturelle sur la base du genre. L'intériorisation de ces partis pris a eu une influence directe sur l'élaboration de nos pratiques muséales: si les collections d'institutions culturelles ont mis à l'honneur la figure féminine comme objet du regard des visiteurs, il est bien plus rare d'apercevoir les oeuvres d'artistes femmes sur les cimaises des musées. Retracer la carrière d'Elizabeth Siddal grâce au concept de "matrimoine britannique" pourrait ainsi nous permettre de réhabiliter sa représentation au sein de l'espace muséal.

  • Titre traduit

    "Art was the only thing for which she felt very seriously". Musing on creative agency in the life and work of Elizabeth Siddal


  • Résumé

    For many, the term Pre-Raphaelite conveys images of fair maidens in swoon with flowing red hair. The pictures of Elizabeth Siddal (1829 - 1862)represent a certain type of Victorian femininity. From the end of the 19th century onwards, her figure has inspired several artists, directors and writers. Indeed, she became the first Pre-Raphaelite stunner. Her sitting for John Everett Millais' "Ophelia" (1852), her stormy relationship with Dante Gabriel Rossetti, her tragic death have overshadowed her artistic merits. However, she sat as a professional model for five canvasses and countless portrait drawings. About fifteen poems by her have been recovered, and a hundred or so sketches and watercolours, spread across various UK and US collections. Some of these artworks have survived in the form of photographic portfolios compiled by her husband, visible on request only in the Ashmolean and Fitzwilliam Museums. Most publications on her have not been translated, which partly explains the French public’s ignorance of Siddal’s pictorial and poetic production. Historical and critical interest in Siddal’s career has often dismissed her achievements as limited, overtly gloomy or due to her addiction to laudanum. Besides, it has been argued that, unlike her drawings and watercolours, her writings were not meant for public view and devised in a private setting. As a result, Siddal’s poetry and painting have been examined as separate. I will point out that Elizabeth Siddal was engaged in a total form of creative output, through which text and image echoed each other. This dissertation will expand from Deborah Cherry and Griselda Pollock's 1984 article "Woman as sign in Pre-Raphaelite literature", to explore how Elizabeth Siddal negotiated the evolution of her career within the Pre-Raphaelite movement, from model and muse to creator in her own right. The bohemian circle she was drawn in somehow made her conform to Victorian standards of femininity, yet it enabled her to find her authorial voice as poet and painter. The gendering of artistic perceptions and conceptions of Victorian's separate spheres had a direct impact on more contemporary museum practices. Traditional art histories need to be thus shattered by alternative narratives reconfiguring the canon. In line with recent events and publications acknowledging the role of female legacies, I will demonstrate that Elizabeth Siddal's career belongs to a broader comprehension of British cultural heritage that must be made visible within the museum space.