Etre musicien d’orchestre en France et en Allemagne : une identité professionnelle territorialisée ?

par Natacha False

Projet de thèse en Doctorat Sociologie

Sous la direction de Alain Thalineau.

Thèses en préparation à Tours , dans le cadre de École doctorale Sciences de l'homme et de la société (Tours) depuis le 29-10-2015 .


  • Résumé

    La Fédération Internationale des Musiciens a récemment dénoncé les restructurations qui frappent les orchestres symphoniques et lyriques, les chœurs et les théâtres d'opéra. Plusieurs mouvements sociaux (dont dernièrement à Radio France) témoignent en effet des difficultés actuelles de ce secteur qui est, comme bien d'autres, aux prises avec les restrictions budgétaires qui frappent le secteur public. Pourtant, dans la mesure où la musique participe au rayonnement des territoires, la plupart des Régions cherchent à maintenir une offre de qualité, que ce soit en matière de formation ou de prestations publiques. S'élaborent des stratégies territoriales qui visent à former ou attirer, puis retenir des musiciens de qualité en se spécialisant dans certains répertoires ou types d'ensemble. En la matière, la France est tributaire d'une politique de formation centralisée qui attire à Paris et à Lyon les meilleurs musiciens, obligeant les orchestres régionaux à recruter assez largement hors de leurs territoires, sur lesquels subsistent pourtant des instances de formation aux débouchés incertains. Le marché de la musique classique est donc marqué par une concurrence exacerbée entre les territoires, entre lesquels circulent des musiciens dont les carrières subissent elles-aussi des changements majeurs. Ce contexte pèse lourdement sur le devenir des musiciens professionnels, qui doivent s'adapter à un environnement instable, où prévaut une concurrence internationale de plus en plus forte. Ces changements accroissent encore les divisions internes de la profession musicale (Lehmann, 2005). Tous les musiciens ne sont pas également concernés par les changements en cours et tous ne peuvent pas également s'y adapter. Une compréhension fine du devenir de la profession de musicien d'orchestre suppose donc d'étudier ce groupe en lien avec les évolutions du marché du travail dans lequel il s'insère, c'est-à-dire d'articuler la description du groupe professionnel aux changements des politiques culturelles auxquelles il participe. La thèse envisagée se propose donc de desceller les rapports entre la hiérarchisation interne au groupe professionnel et les politiques culturelles de formation et de diffusion. En quoi cette économie du monde de la culture oriente-t-elle les pratiques des musiciens au sein des orchestres ? Quelles stratégies mettent-ils en œuvre ? Quels liens conservent-ils ou construisent-ils avec les territoires dans lesquels ils s'inscrivent? Il s’agira en somme de croiser une sociologie des professions et une sociologie économique en vue de mieux cerner en quoi des contextes différents de production et de diffusion contribuent à la structuration et la segmentation (Bucher & Strauss; 1992) du groupe des musiciens d’orchestre. Dans la mesure où la plupart des travaux sociologiques portant sur l’orchestre (Lehmann, 2005) et le monde de la musique (Becker, 2006 ; François, 2008) se focalisent sur un contexte particulier, ce projet de thèse a pour originalité de proposer cette étude des carrières musicales dans une approche comparative. Nous nous proposons ainsi d'étudier la situation française à l'aune du cas allemand, dans la mesure où ces deux pays ont des politiques culturelles nationales et territoriales très différentes : le nombre d’orchestres territoriaux, les politiques tarifaires, les systèmes de formation, et les choix de programmation divergent fortement. Le caractère moins centralisé du système de formation allemand est notamment susceptible de produire un ancrage plus fort des musiciens dans les territoires et d’autres formes de structuration de ce groupe professionnel. Ce projet de thèse s’inscrit dans la continuité des travaux de l’équipe CITERES/CoST sur l’ajustement des pratiques professionnelles face aux cadres normatifs des organisations et des politiques publiques territorialisées. Plusieurs contrats de recherche ont porté récemment sur les transformations des pratiques professionnelles dans un contexte de tension entre logiques institutionnelles et logiques professionnelles. Cette thèse permettra de poursuivre la réflexion sur les effets des politiques publiques sur la redéfinition des identités professionnelles.


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