Le soi ; identité ou ipséité dans la philosophie d'Emmanuel Levinas et Charles Taylor

par Heonjoong Kim

Projet de thèse en Philosophie

Sous la direction de Jean-Michel Salanskis.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de École doctorale Connaissance, langage et modélisation (Nanterre) , en partenariat avec IREPH - Institut d'Etudes et de Recherche Philosophique, Laboratoire, Laboratoire, Laboratoire (laboratoire) depuis le 19-11-2015 .


  • Résumé

    Ma thèse, me semble-t-il, sera constituée en trois parties : d’abord, la première partie portera sur la neutralité et l’impersonnalité. Pour le Levinas de De l’existence à l’existant et Le temps et l’autre, l’être est mis en question à cause de l’impersonnalité et la neutralité de l’être anonyme. L’être pur et anonyme, que Levinas nomme « il y a » n’est pas identique à l’être du Dasein ; maîtrisant cet être, le soi surgit. A cet égard, le soi ne peut dériver de l’être anonyme. L’existant, assumant l’existence, surgit comme soi. Mais le soi ne peut être défini en termes ontologiques ; au fond de l’existant, l’autre réside. Cela revient à dire que le soi, avant d’être un existant, est défini dans l’éthique. Or, pour Taylor, la neutralité n’est pas la neutralité de l’être, mais la neutralité de la raison désengagée. De cette raison désengagée, dérive ce que Taylor appelle « soi ponctuel » qu’est le soi lockéen. Ce dernier ne provient de rien d’autre que la raison désengagée ; ce soi est désengagé d’une situation concrète où il tombe et il agit et il réagit. Même si la raison désengagée rend possible l’objectivité de l’objet, sur laquelle se fondent toute connaissance et les vérités scientifiques, la raison désengagée n’est pas idoine à faire état au soi. Levinas et Taylor insistent sur l’éthique dans la mesure où on parle du soi. Pour cette raison, en outre, ma thèse tiendra compte du rapport entre éthique et soi. Les deux philosophes croient que le soi n’est pas dérivable de la neutralité et l’impersonnalité soit de l’être soit de la raison désengagée. Le soi est déjà rapport avec le bien. Mais le bien levinassien est différent du bien taylorien : le bien levinassien se trouve dans l’altérité de l’autre. C’est-à-dire que le soi est déterminé dans sa relation à l’autre irréductible au même. De ce point de vue, le soi levinassien s’écarte de l’être, car l’être, notamment dans Totalité et infini et Autrement qu’être, passe de la neutralité et l’impersonnalité à la totalité, voire la totalisation, la violence et la guerre. Cela revient à dire que l’être ne correspond pas à la constitution du soi ; l’être n’admet en lui aucune extériorité, à partir de laquelle le soi se détermine. L’être est mal, à partir duquel le soi, à vrai dire, ne surgit jamais. L’ontologie n’est pas philosophie première. En revanche, Taylor ne s’éloigne pas de l’ontologie ; Taylor insiste sur l’ontologie morale et celle-ci est distincte de l’ontologie traditionnelle. Le bien, chez Taylor fortement évalué, se manifeste dans le soi comme agent moral. Le soi, s’orientant vers ce bien, se constitue. Donc, l’être moral n’est pas identique à l’être totalitaire. Il est nécessaire pour le bien de se manifester. C’est parce que la pensée taylorienne est inspirée de la phénoménologie, notamment heideggérienne et merleau-pontienne, que l’être du bien, chez Taylor, équivaut à l’apparaître du bien comme soi. En un mot, pour Levinas, le bien est au-delà de l’être, alors que pour Taylor le bien apparaît dans l’être. Or ce qui est intéressant, c’est que les deux philosophes se tournent tous vers la vie. La vie n’est autre que le lieu du bien : chez Levinas, la vie est plus fondamentale que l’être. La vie comme jouissance peut jouir d’être et de son être. Mais la vie, contrairement à l’être, fait face à l’autre. Par habitation, Levinas n’entend pas seulement la protection et la sécurité de la maison, mais la féminité de la maison comme douceur. Cela revient à dire qu’on accueille chez soi autrui. Le chez-soi est l’accueil de l’autre, par lequel le chez-soi est hors-de-soi comme pour l’autre ; selon Taylor, la vie n’est que le synonyme de l’être moral. La vie est orientation vers le bien. Le bien n’est pas sans la vie. A cet égard, le soi comme agent moral s’oriente vers le bien. L’agent moral s’attache forcément à sa vie qu’il vit. De ce point de vue, tant chez Levinas que chez Taylor, la vie n’est pas au préalable prise au sens biologique du terme. La vie est éthique. Par vie, on saurait entendre le soi. Le soi, vivant sa vie, surgit ; la vie levinassienne, s’évadant de l’être, s’approche de l’éthique, alors que la vie taylorienne accumule en elle l’être et la moralité. Or l’éthique se manifeste dans le langage. Levinas et Taylor pensent en profondeur la philosophie du langage. Enfin, dans la troisième partie de la thèse, je prendrai au sérieux la relation entre langage, éthique et soi. Le langage n’est pas un moyen de pensées. Le langage, chez Levinas et chez Taylor, a un statut éthique ; Levinas maintient l’idée du langage selon laquelle le langage se structure en strate double : notamment dans Autrement qu’être, le langage n’est pas seulement le Dit, mais aussi plus profondément le Dire. Le Dire, qui rend possible le Dit, n’est pas de l’ordre de l’ontologie. Le logos n’est rien d’autre que le Dit. Le logos de l’être comme ontologie ne peut complètement précéder l’éthique ; chez Levinas, l’éthique est « philosophie première ». Si le langage équivalait au logos, ce dernier ferait obstacle au pour autrui. Cela revient à dire que le langage, en dehors du logos, touche à l’éthique. Le Dire, par-delà le Dit, est un langage éthique, qui fait apparaître le Dit. Le Dire est la source du logos, du Dit. Levinas fait voir que dans le langage réside l’éthique. Mais cela ne signifie pas que le Dire se refuse au Dit. Le Dire exige le Dit, le revendique. A cet égard, l’être comme totalité et comme mal vire à l’être-juste, à la justice ; or, Taylor distingue la philosophie du langage désignatif et du langage constitutif. Le langage désignatif n’est autre que le langage, par lequel on entend qu’un mot désigne un être ou une réalité, correspondant à ce mot. C’est-à-dire que, selon la philosophie du langage désignatif, le langage se borne à la désignation, la référence. Les mots ou les termes ne jouent que le rôle de la médiation. Mais Taylor doute de la théorie du langage selon laquelle la désignation, à l’usage du langage, est prioritaire ; pour Taylor, le langage joue un rôle constitutif. Notamment, la constitution du langage est importante dans la mesure où le soi comme agent moral est langagier. L’articulation du bien est possible dans la constitution du langage. Le langage, pour Taylor, est d’abord expressif. Toute expression est langagière. Cela revient à dire que le langage, chez Taylor, est pris au sens plus large du terme que le langage désignatif. Par langage, le soi se constitue et se manifeste comme agent moral dans le monde. L’agent moral articule le bien avec le langage. Par langage, cet agent s’oriente vers le bien. Donc, tant chez Taylor que chez Levinas, le langage est de grande importance dans la mesure où le soi est éthique, même si Levinas distingue le Dire et le Dit, et au lieu de les distinguer, Taylor distingue le langage désignatif et constitutif. La troisième partie de ma thèse en traitera. En ce moment, je pense que ces trois parties constituent ma thèse entière. Cependant, tout projet n’est que projet ; en détaillant ma thèse, je pourrais changer un petit peu de ma thèse : peut-être y ajouterais-je la quatrième partie où le soi social est un thème central. Mais au stade actuel, me semble-t-il, je borne ma thèse à ces trois parties.


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