"Manu" dans les récits polynésiens : étude comparée de l'oiseau dans les traditions des Maoris de Nouvelle-Zélande et dans les autres traditions polynésiennes

par Raphaël Richter-Gravier (Richter)

Thèse de doctorat en Anthropologie biologique, Ethnologie, Préhistoire

Sous la direction de Bruno Saura et de Michael Reilly.

Thèses en préparation à Polynésie française en cotutelle avec l'Université d'Otago - Nouvelle Zélande , dans le cadre de École doctorale du Pacifique (Faaa) depuis le 10-03-2016 .


  • Résumé

    Dans les sociétés polynésiennes traditionnelles, les oiseaux séduisaient l’imagination. Ils inspiraient l’homme par leurs chants, leurs couleurs et leur vol, notamment du fait de l’absence de grands mammifères en Polynésie. Les manu (« oiseaux » dans la plupart des langues polynésiennes) remplissaient aussi une fonction symbolique très forte. Cette thèse propose une étude comparative du rôle des oiseaux dans les récits traditionnels polynésiens, et cherche à établir des similitudes entre des histoires appartenant à des régions différentes de Polynésie. Elle vise à montrer, par l’analyse de ces textes, la richesse du rapport spirituel, matériel et émotionnel entre l’homme et l’oiseau dans les sociétés polynésiennes traditionnelles. Cette thèse rassemble un corpus de 300 récits polynésiens comportant des oiseaux. Ceux-ci ont été pour la plupart recueillis et publiés aux XIXe et XXe siècles par des voyageurs, des fonctionnaires, des ethnologues, des missionnaires, des anthropologues et des linguistes. Tous ces textes ont été résumés, et sont accompagnés d’une analyse de leurs thèmes et motifs. Le cadre géographique de cette étude est la grande Polynésie, c’est-à-dire l’ensemble des îles du « Triangle polynésien » et les « Exclaves polynésiennes ». Néanmoins, quelques récits provenant d’autres régions d’Océanie ont également été inclus. Comme le révèle l’analyse des textes, les oiseaux jouent dans les récits polynésiens des rôles très différents. Ainsi, certains récits sont purement et simplement des « fables animalières », sans personnages humains, qui expliquent l’origine des caractéristiques physiques, vocales et comportementales d’une espèce d’oiseau donnée. Mais les oiseaux figurent aussi dans certaines histoires relatives à l’origine du monde et de l’humanité, et ils apparaissent dans une multitude de traditions comme porteurs de messages envoyés par une divinité pour avertir ou conseiller les hommes. Dans de nombreux récits, ils font aussi fonction de gardiens et de protecteurs, ou sont des animaux de compagnie très chers à leurs maîtres, ou bien, au contraire, des monstres géants mangeurs d’homme. En conclusion, les oiseaux ne sont pas confinés aux fables animalières : ils peuvent figurer dans tout type de récit polynésien. Les manu stimulaient l’imagination des Polynésiens d’une telle manière que toutes leurs traditions pouvaient inclure des créatures ailées comme acteurs du récit

  • Titre traduit

    Manu narratives of Polynesia. A comparative study of birds in 300 traditional Polynesian stories


  • Résumé

    In all traditional Polynesian societies, birds engaged humans’ imagination with their songs, their colours and their power of flight, especially because of the absence of large land mammals in Polynesia. Manu (‘birds’ in most Polynesian languages) were also very powerful symbols. This thesis aims to offer a comparative study of the role of birds in traditional Polynesian narratives and to find commonalities between stories from different Polynesian island groups, in order to provide, through textual analysis, a picture of the spiritual, material and emotional relationship of Polynesian peoples with birds in pre-European times. A corpus of 300 bird-related Polynesian narratives has been assembled. Those were, for the most part, collected and published in the 19th and 20th centuries by travellers, government officials, ethnographers, missionaries, anthropologists and linguists. The texts have all been summarised, and the recurrent themes and motifs involving the birds have been analysed in depth. Though ‘Polynesia’ is understood as comprising all the island groups within the Polynesian Triangle as well as the Polynesian Outliers, references have also been made to stories originating from other parts of Oceania. The analysis of the texts suggests that birds appear in the stories in a variety of roles. Some narratives are purely ‘animal stories’ without human characters. These account for and give meaning to the physical, vocal and behavioural characteristics of a given species, Polynesian peoples having developed their own bodies of belief to explain a bird’s behaviour and appearance. However, birds also play a part in stories about the origin of the world and of humankind, and they appear in many traditions as message-bearers sent by a deity to warn or advise humans, as guardians and protectors, as cherished pets, but also as giant maneating birds. These findings demonstrate that birds are far from being restricted to the ‘animal story’ genre: any type of Polynesian narrative may involve manu. Birds engaged Polynesian peoples’ imaginations in such a way that all their narratives could lend themselves to featuring feathered creatures as dramatis personae