Éléments pour une histoire de l’idée de personnage au regard du théâtre contemporain

par Caterina Piccione

Projet de thèse en Doctorat Lettres et Arts

Sous la direction de Catherine Douzou.

Thèses en préparation à Tours en cotutelle avec l'Università San Raffaele - Milano , dans le cadre de Ecole doctorale Sciences de l'Homme et de la Société (Tours) depuis le 23-02-2016 .


  • Résumé

    Ce projet de recherche envisage le binôme philosophie-théâtre en se proposant d’articuler une conception dramatique de la subjectivité à travers la construction d’une histoire de l'idée de Personnage. La recherche va traverser les idées qui se trouvent à la lisière de la théorie du théâtre e de la théorie de la connaissance (par exemple l'idée de Mimesis, Représentation, Contemplation) en considérant la théâtralité en tant que paradigme de pensée. La théâtralité représente un modèle herméneutique pour une philosophie qui veut refléter la polyvocité du réel. La question "qu'est-ce que c'est le théâtre ?" coïncide avec le problème philosophique : "Qu'est-ce que c'est l’expérience ?". On vient sur la scène du monde en tant que corps parmi des autres corps, auxquels on se rapproche grâce à des facultés mimétiques, dans une relationalité originaire. L’ « esprit de théâtre » promet la possibilité d'une praxis particulière, qui excède le domaine esthétique et qui devient une forme de l'agir. Cette praxis s'oppose au destin réservé à l'œuvre d'art de la part de Platon : loin d'être copie d'une copie, le travail de l'acteur n'imite pas la vie à théâtre, il plutôt revivifie la vie secrète du théâtre. L'art de la scène se dessine en tant que connaissance, en se distinguant de toute forme de divertissement, soit parce qu’il véhicule des savoirs que la philosophie peur analyser, soit parce qu'il constitue un événement philosophique en soi-même. Lorsque la magie de Apollon rencontre l'abîme de Dionysos, le drame découvre ses racines étymologiques dans le verbe grec δράω, qui indique une action non pas séparée de son objet. Il n'est pas possible de contempler ce théâtre de dehors, parce qu'il "remet en cause organiquement les spectateur" comme suggère-t-il la cruauté artaudienne. Il s'agit d'un théâtre construit autour du travail de l'acteur sur soi-même et sur ses possibilités d'existence, qui entraine activement les spectateurs dans la construction du Personnage. L’idée de Personnage indique, avant tout et très généralement, ce que l’acteur devient sur scène. Le personnage constitue une forme d’autoportrait. Qu’on utilise une technique d’identification ou de distanciation, il y a toujours un agencement de la subjectivité avec les mots et les gestes sur scène. Surtout dans le théâtre du XXème siècle, le lien entre personnage et acteur se déploie de manière très différenciée et très profonde. Dans l'écriture du texte dramatique, aussi bien que dans le jeu de l'acteur, la subjectivité ne traverse pas l’expérience théâtrale sans conséquences. Dans la construction du personnage, « auteur » et « œuvre » ne sont pas deux termes séparés, parce qu’il y a un perpétuel bouleversement des rôles de sujet et objet de l'art. Le sujet va se composer du matériel dramatique. L’expérience du théâtre est une pratique de subjectivation. Cette expérience ne peut pas être analysée par une esthétique composée de catégories abstraites (par exemple, le beau), qui oublie la dimension vécu, l’αισθησις, la perception, dont surgit l’événement théâtral. La sagesse de Dionysos traverse les siècles et parle au théâtre contemporain, en rappelant que la φωνή précède le λόγος. La matière des personnages est la vie, écrite dans les corps des acteurs et des spectateurs à l’intérieur de l’espace, au même temps symbolique et physique, de la scène. Le théâtre est un événement, une irruption du monde de la vie qui met en question la clôture de la conscience philosophique. La construction du personnage va se déployer tout en perturbant le principe de non-contradiction aristotélicien, lequel présente l’identité comme dispositif d’exclusion. Le personnage, figure de la virtualité bergsonienne, représente la pluralité dont le sujet se constitue. Le théâtre se dessine en tant que lieu de la mise en scène d’une recherche, à savoir de la subjectivité en cherche de soi-même, dans le but nietzschéen de devenir ce qu’elle est.


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