La fabrique expérimentale des politiques de mobilité urbaine : études de cas ethnographiques

par Félix Talvard

Projet de thèse en Sciences, Technologies, Sociétés

Sous la direction de David Pontille.

Thèses en préparation à Paris Sciences et Lettres , dans le cadre de EOS - Économie, Organisations, Société , en partenariat avec Centre de sociologie de l'innovation (Paris) (laboratoire) et de École nationale supérieure des mines (Paris) (établissement de préparation de la thèse) depuis le 01-10-2015 .


  • Résumé

    Le monde abritera 2,5 milliards d'urbains en plus en 2050. Si l'avenir des villes est la croissance (économique et démographique), mais une croissance meilleure et maîtrisée, où s'inventent les moyens technologiques et politiques d'y parvenir ? L'objet de cette thèse est l'innovation urbaine dans les projets de villes « intelligentes » et « durables », prise à travers la mobilité et les transports. De Masdar à Songdo en passant par Barcelone ou Rio, des acteurs multiples expérimentent avec de nouvelles manières de gérer les flux des villes. La mobilité urbaine était déjà au cœur des projets d'eco-city formulés à la fin des années 1980. Plus récemment, les technologies numériques mais aussi des savoirs et des techniques issus de l'architecture, de l'urbanisme, de l'ingénierie et de la finance ont inspiré l'idée d'une smart city. Mais l'absence de définition précise rend cette catégorie difficile à incarner. Pour faire sens de ces transformations, la thèse s'intéressera aux dispositifs expérimentaux qui visent à mettre à l'épreuve de nouveaux objets (véhicules électriques, connectés ou autonomes) et de nouveaux usages (mobilité partagée, mécanismes d'incitation, nouveaux rapports à la propriété) dans des sites imaginés comme des laboratoires. En leur sein, on ne teste pas que des innovations technologiques, mais aussi des options économiques, éthiques ou juridiques. On y observe également de nouvelles modalités d'intervention des entreprises privées dans la vie publique et l'élaboration de modes de participation des habitants. Il s'agit donc de décrire comment l'ordre social et politique des villes est transformé par ces expériences : ces projets sont aussi des démonstrations publiques, parfois contestées, toujours politiques – et il n'est pas toujours aisé de distinguer expérimentateurs, publics et sujets de l'expérience. Malgré l'enthousiasme qu'elles suscitent, nombre de ces initiatives ont donné lieu à des controverses : sur la privatisation de l'espace public ; sur la collecte et la propriété des données ; ou sur l'accroissement des inégalités de richesse et d'accès à un environnement sain, par exemple. Prendre le sujet par les expérimentations urbaines devrait permettre d'éviter deux récits caricaturaux : l'un présentant la smart city comme panacée démocratique et solution technique universelle ; l'autre dénonçant les villes « intelligentes et durables » comme une utopie techniciste et toujours fondamentalement inégalitaire.

  • Titre traduit

    City experiments and urban politics of mobility : ethnographic case studies


  • Résumé

    The world will be home to 2,5 billion more urbanites in 2050. We are told that if the future of cities lies in more growth (economic and demographic), it should be a better and responsible growth: but the technological and political means to achieve that are yet to be invented. Where is that happening? The subject of this Ph.D is urban innovation in smart- or eco-city projects, with a focus on mobility and transportation. From Masdar to Songdo to Rio and Barcelona, various actors experiment with new ways of managing flows of people, things, energy and data. Urban mobility was at the core of the firsts eco-cities projects designed in the 1980s. More recently, digital technologies, along with knowledge in architecture, urban planning, engineering and finance, gave way to the concept of smart cities. But the lack of a clear definition makes the categories of smart city and eco-city difficult to substantiate. In order to make sense of these rapid transformations, the research will focus on the experimental devices they produce in order to test new objects (like electric or autonomous vehicles) and practices (like shared mobility or nudge mechanisms), analysing how various sites are presented as laboratories.   Inside those experimental settings, experimenters put various economic, ethical and legal options to trial, along with potential business models. It is also a place where new modes of intervention in public life emerge for private companies and where citizens' and stakeholders' participation is negotiated. City experiments are also important for the social and political ordering of city life: they are public demonstrations, sometimes contested, always political, and it is not always easy to distinguish between experimenters, witnesses and experimental subjects. Despite the enthusiasm they instigate, some of those projects are the object of controversies: about the privatisation of public space; about data collection and privacy; about economic and environmental inequalities or their actual ecological impact. By focusing on the design and management of experiments, we wish to avoid two equally false narratives: one describing smart cities as a democratic panacea producing universal technical solutions ; the other condemning smart and eco-cities as basic greenwashing.