Genre, conditions de vie et conjugalité autour de deux ruptures biographiques : migration et diagnostic d'infection au VIH chez les immigré·e·s d'Afrique subsaharienne vivant en Île-de-France

par Mireille Le Guen

Projet de thèse en Santé publique - sociologie

Sous la direction de Annabel Desgrées du loû.

Thèses en préparation à Paris Saclay , dans le cadre de Santé Publique , en partenariat avec CEPED - Centre Français sur la Population et le Développement (laboratoire) , Genre et santé (equipe de recherche) et de Université Paris-Sud (établissement de préparation de la thèse) depuis le 01-12-2014 .


  • Résumé

    Les migrants d'Afrique subsaharienne vivant en France sont particulièrement touchés par le VIH/sida puisqu'ils représentaient 33 % des découvertes de séropositivité au VIH/sida en 2009. Il s'avère que 25 % des personnes originaires d'Afrique subsaharienne et ayant découvert leur séropositivité pour le VIH en France ont vraisemblablement été infectées dans l'hexagone car elles portaient le sous-type B du virus, majoritaire en Europe et peu présent en Afrique. Or, les migrants d'Afrique subsaharienne évoluent dans des réseaux sexuels ségrégués où la prévalence du VIH/sida est plus élevée et leurs pratiques préventives ne sont pas systématiques. Il importe de mieux comprendre la façon dont se structurent les réseaux sexuels des migrants d'Afrique subsaharienne, ainsi que leurs trajectoires sexuelles et les éventuelles ruptures que peuvent provoquer la migration et le diagnostic d'infection au VIH/sida. Il est également nécessaire de mieux appréhender les rapports de pouvoir qui se jouent entre les partenaires et comment les migrants mobilisent leurs capacités à négocier l'utilisation du préservatif. Ce projet de recherche à pour objectif de comprendre de quelle manière les conditions de vie dans lesquelles évoluent les migrants d'Afrique subsaharienne structurent leurs réseaux sexuels tout au long de leurs trajectoires de vie, et comment la migration et/ou le diagnostic d'infection au VIH/sida peuvent participer à la structuration des réseaux sexuels de ces personnes. Cette recherche a également pour objectif d'étudier dans quelle mesure les conditions de vie des migrants d'Afrique subsaharienne peuvent modifier leurs capacités de négociation leur permettant d'avoir une sexualité non contrainte d'adopter des pratiques préventives. Il se pourrait que ce soit moins le fait d'être migrant qui expose davantage ce groupe de la population au risque d'infection par le VIH/sida que les conditions de vie, souvent défavorables, dans lesquelles il évolue. Cette recherche s'inscrit dans le projet ANRS PARCOURS « Parcours de vie et hépatite B chez les migrants subsahariens vivant en Ile-de-France » dont le but de d'analyser l'impact des conditions de vie de cette population sur leur trajectoires relationnelles et sexuelles d'une part, et sur la prévention du VIH/sida d'autre part. L'enquête Parcours est une enquête quantitative dont l'objectif est d'étudier la place de la maladie et de sa prise en charge dans les parcours des personnes originaires d'Afrique Subsaharienne. Les données ont été recueillies entre février 2012 et mai 2013. Cette enquête a interrogé 920 personnes vivant avec le VIH et 750 personnes recrutées dans des services de médecine générale non infectées VIH/sida. Les données ont été recueillies grâce à un questionnaire biographique permettant de retracer les trajectoires administratives, résidentielles, professionnelles, relationnelles et conjugales des migrants. L'analyse quantitative de ces données permettra de mieux cerner le rôle des conditions de vie sur la formation des réseaux sexuels et les capacités de négociation des individus. Nous étudierons plus particulièrement les situations d'inadéquation entre ressources sociales et conditions de vie des migrants que peut créer la migration. La recherche ici proposée devrait permettre comprendre comment les conditions de vie modèlent les trajectoires de vie et modifient les rapports de pouvoir entre les individus.

  • Titre traduit

    Gender, living conditions and conjugal life around two biographical turning points: migration and HIV diagnosis among sub-Saharan immigrants living in Île-de-France


  • Résumé

    Sub-saharan African migrants are particularly affected by HIV/AIDS, representing 33 % of new diagnosed patient in 2009. 25 % of those discovered positive in France might actually have been infected and not in Africa. Existing literature suggests that sub-saharan migrants evolve in specific sexual networks, where prevalence of HIV/AIDS is higher than in the rest of the population and they do not adopt systematic preventive practices. Therefore, we want to understand how sub-saharan migrants' sexual networks are structured, what determines their sexual trajectories, and to what extent migration and HIV/ AIDS diagnosis both can led to a breakup in their trajectories. We also need to take into account power relations between partners, and how sub-saharan African migrants are able to negotiate condom use. The present research project aims to understand how African sub-Saharan migrants' living conditions affect their sexual networks, and how infection diagnosis or migration might participate in sexual networks' configurations. In this research, we also focus on what extent those living conditions might impact on their negotiation abilities – allowing them to have unconstrained sexualities and to adopt preventive norms. One hypothesis is that migration is less determining in understanding HIV/aids infection risks, than the underprivileged living conditions in which those migrants evolve. This research fits into the ANRS PARCOURS project (« Parcours de vie et hépatite B chez les migrants subsahariens vivant en Ile-de-France »). This project focuses on the sub-Saharan migrants in Ile-de-France, analyzing the impact of their living conditions on their relational and sexual trajectories, and on their preventive behaviors regarding HIV/Aids. The Parcours project is a quantitative research designed to study how disease and specific health care affect the course of African sub-Saharans' lives. The research was carried out between February 2012 and May 2013, and led to interviewing 920 HIV-positive individuals, and 750 HIV-negative individuals recruited in general medicine sectors. Data were collected with the help of a biographical questionnaire focusing on migrants' administrative, residential, professional, relational and marital trajectories. A quantitative analysis will be useful to underline the impact of living conditions on the making of sexual networks and on the individuals' ability to negotiate preventive practices. We will focus more specifically in inadequacy situations between social resources and the migrants' living conditions the migration may be generate. This research proposal could help grasp a better understanding on how living conditions affect life trajectories and power relations between individuals.