« La performativité de la grande entreprise pharmaceutique dans la chaîne de développement des produits de santé en France : Une analyse de la fraude fondée sur le concept de Poche Organisationnelle Informelle (P.O.I) »

par Rufin Nzalakanda

Projet de thèse en Sciences humaines et humanités nouvelles spécialité Sciences de gestion - Prospective, innovation, stratégie, organisation

Sous la direction de Sonny Perseil.

Thèses en préparation à Paris, HESAM , dans le cadre de École doctorale Abbé Grégoire (Paris) , en partenariat avec Laboratoire interdisciplinaire de recherche en sciences de l'action (Paris) (laboratoire) et de Conservatoire national des arts et métiers (France) (établissement de préparation de la thèse) depuis le 13-11-2015 .


  • Résumé

    Depuis les années 1950, l'industrie pharmaceutique n'est pas épargnée par les affaires de scandales sanitaires (thalidomide 1961, 1962 et 1963), Distilbène (1977), Vioxx (2004), Médiator (2009), Prothèses mammaires PIP (2010), etc. Il s'agit en général des produits de santé dont les effets indésirables graves n'ont pas été identifiés plus tôt ou simplement dissimulés par les fabricants tout au long de la chaîne de développement des produits de santé (CDPS). Ces effets ont généré des conséquences désastreuses en France et à l'étranger. Certains organismes parlent des dossiers douloureux ayant entrainé la maladie, le cancer (ou la mort), augmenté les dépenses de santé publique et dégradé l'image de l'industrie pharmaceutique et la confiance des populations à l'égard de ladite industrie. Ce diagnostic sévère laisse présager l'existence d'un dilemme auquel cette industrie fait face et doit sans doute résoudre. Des observateurs de la santé se posent des questions depuis fort longtemps en faisant référence à ce dilemme. Dans cette recherche, nous abordons ce dilemme sous l'angle de la fraude normalisée par les grandes entreprises pharmaceutiques (G.E.P) dans la CDPS qui illustre le parcours d'un produit de santé. Notre sujet de recherche, positionné dans le champ de recherche de la criminalité d'affaires (criminalité en col blanc, un terme inventé par le sociologue du crime américain, Edwin. Sutherland dans les années 1930), pose une question pratique : De quelle manière la grande entreprise pharmaceutique fait « faire » pour normaliser la fraude dans la chaîne de développement des produits de santé (CDPS) qui illustre le processus de lancement et de suivi d'un produit de santé en France ? Le déploiement de la M.C.R.A.A (Méthode de Contextualisation et d'analyse par la Recherche des Alliés et des affinités), une approche méthodologique mobilisée dans le cadre de cette recherche nous a permis de produire des résultats en deux temps et présentés à partir de notre corpus théorique. Force est de mentionner que, ce nouveau type d'approche globale baptisée, la M.C.R.A.A a été imaginée pour contourner, voire surmonter, les écueils liés à nos capacités d'investigation sur un objet de recherche portant sur un terrain si difficile d'accès. Le premier type de résultat est assimilé à l'émergence du concept de Poche Organisationnelle Informelle (« P.O.I. »), en tant que dispositif formé par ses ressources matérielles, symboliques et ses membres affiliés, c'est-à-dire des acteurs équipés partageant un secret organisationnel autour d'un produit de santé faisant l'objet de fraude d'une part, et des acteurs externes d'autre part. Ce résultat a été progressivement transformé en résultats définitifs après renouvellement de notre processus de recherche. Cette transformation met en évidence les deux phases du cycle de vie de la P.O.I : sa réussite (résultats principaux de la thèse) et son échec (résultats secondaires de la thèse) dans la normalisation de la fraude dans la chaîne de développement des produits de santé (CDPS). Dans la première phase cyclique, les résultats principaux montrent que la grande entreprise pharmaceutique (G.E.P) instrumentalise la P.O.I, une organisation structurée et structurante, pour faire « faire » les acteurs qui interviennent dans le parcours du médicament ou d'autres spécialités pharmaceutiques de telle sorte que leurs pratiques et discours soient conformes à ce qu'elle pense, dit et fait. La P.O.I en tant qu'organisation créée et dissimulée au sein de la G.E.P, matérialise la capacité de ladite entreprise à produire un effet généralisé dans ce parcours. Cet effet se réalise en deux séquences successives. Dans un premier temps, il se manifeste par des enrôlements et tromperies en cascade des acteurs intra et inter organisationnels de la grande entreprise pharmaceutique (G.E.P). Dans les affaires du Médiator et des prothèses mammaires PIP que nous avons observées de façon approfondie, trois types de catégories d'acteurs ont été enrôlées et trompées : la catégorie d'experts pour l'évaluation clinique des produits de santé (Afssaps, devenue ANSM, EMEA, HAS, OMS) – la catégorie d'experts pour la fixation du prix de ces produits (le CEPS et le Leem) – la catégorie de l'organisation et de financement de soins (les professionnels de santé, les patients et la sécurité sociale). Dans un deuxième temps, l'effet de la P.O.I favorise la légitimation de la fraude pharmaceutique (c'est-à-dire un produit de santé n'ayant pas le profil de qualité, d'efficacité et de sécurité avec des effets indésirables graves non déclarés par la G.E.P qui le met au point) aux échelles nationales, transnationales et mondiales dans le but de servir les intérêts de la grande entreprise pharmaceutique (G.E.P) qui l'héberge. La deuxième phase cyclique de la P.O.I concerne les résultats secondaires de la recherche. Ces derniers renvoient à la perspective de l'échec de faire « faire » de la grande entreprise (G.E.P) dans la normalisation de la fraude pharmaceutique via la P.O.I au sein de la CDPS. Dans cette configuration des résultats, la P.O.I est considérée comme une organisation qui a une durée de vie finie parce qu'il existe trois figures marquantes qui neutralisent successivement ses discours et pratiques : le lanceur d'alerte qui révèle le secret dissimulé par les membres affiliés au sein de la P.O.I, la distribution d'experts ayant reçu le mandat de la part du ministère de la santé pour décrypter ce secret et les pouvoirs publics qui dénoncent ce secret et neutralisent la P.O.I à partir des conclusions de cette distribution d'experts.

  • Titre traduit

    « The performativity of big pharma in the health product development chain in France: An analysis of the fraud situation based on the concept of Informal Organizational Pocket (P.O.I)»


  • Résumé

    Since the 1950s, the pharmaceutical industry is still affected by the scandals of health scandals (thalidomide 1961, 1962 and 1963), Distilbène (1977), Vioxx (2004), Mediator (2009), breast prostheses PIP (2010), ...These are generally health products that have a harmful effect that is not detected earlier in the collective management of these products throughout the health product development chain. These harmful effects have generated disastrous consequences in France and abroad ( some organizations say that these are cases of pain that have caused illness, cancer or death), but also in economic and financial terms (national health costs), image and trust. This is the diagnosis made about the functioning of the pharmaceutical industry. This diagnosis reveals the existence of a dilemma that this sector must undoubtedly resolve. Various situations are often mentioned to refer to this dilemma. Some situations refer to the negligence and imprudence of institutions and organizations for the control and supervision of health products, others are oriented towards the fault and error of the actors involved in the collective management of these products, and others are about fraud perpetrated by actors mandated to develop health products that help the population to eliminate the different diseases. This thesis focuses on situations of fraud committed by big pharma as a research subject. She positions him in the field of white-collar crime, a term invented by American sociologist Edwin. Sutheland in the 1930s). The analysis of this research subject poses a practical question: How big pharma performs to normalize fraud in the health product development chain that includes national, transnational and global levels. It is important to note that this thesis does not aim to stigmatize big pharma, which are essential actors because they contribute to the disappearance of diseases by providing health products to society. Rather, it focuses on a phenomenon that has been clearly identified and that represents a threat to the planet, which has already affected health systems several times, thousands of people in the world and caused considerable human and financial losses. Thus, it relies on the experience of institutional, organizational and individual actors in the health sector, in terms of health scandals marked by pharmaceutical fraud, to answer research questions. The research results show that, big pharma is instrumentalising P.O.I, a structured and structuring organisation, to perform the actors who are involved in the collective management of health products in such a way that their practices and discourse are consistent with what she thinks, says and does. It is through this mechanism that pharmaceutical fraud is normalized at the national, transnational and global levels. More specifically, the P.O.I is a network organisation composed of human and non-human actors.Hidden within the big pharma, it materializes the ability of this enterprise to produce a generalized effect in the process that describes the different phases of realization of a health product, which will encourage the actors involved to legitimize the fraud in order to serve the interests of the entreprise in which it is housed.