Le problème de la rationalité axiologique dans la philosophie politique et juridique contemporaine : une étude autour de la notion de raison et d'objectivité dans le domaine normatif

par Daniel Ricardo Mesa Villegas

Projet de thèse en Etudes politiques

Sous la direction de Pierre Bouretz.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 03-12-2015 .


  • Résumé

    Si la philosophie politique et la philosophie du droit visent à devenir des savoirs critiques sur le devenir monde de la liberté humaine, elles doivent d'abord être en mesure de prouver que leurs discours peuvent aller au-delà du simple constat des faits et que son caractère normatif a une justification dans une rationalité non instrumentale et non dogmatique. Pour cela, il est utile et éclairant de tisser un dialogue croisé entre trois hommes et trois œuvres qui sont, malheureusement, victimes de préjugés infondés ou de l'oubli : Leo Strauss, Hans Kelsen et Chaïm Perelman. Chacun d'entre eux représente une vision de la rationalité, du problème de la justice et du règne des valeurs qui se distancient ostensiblement. Toutefois, en les étudiant ensemble, l'on créera un lien entre la jurisprudence et la philosophie en établissant à la fois les conditions d'un élargissement de notre vision de l'axiologie, de la raison pratique et théorique, en conclusion, de la vie de l'homme comme être libre et conscient.Si le nihilisme peut s'identifier avec la mort du droit naturel, d'un système axiologique à même de fournir des principes non-subjectifs pour la raison pratique, en étudiant les thèses kelseniennes sur l'essence du droit et de la justice, l’on sera en mesure d'envisager l'envergure et la nature de la critique positiviste, de sa vision de la rationalité ainsi que les soubassements de son relativisme dans le champ de l'action humaine . Dans la première partie de cette thèse doctorale, l'on abordera donc l'ouvrage de Kelsen, ses lignes herméneutiques les plus importantes (Norberto Bobbio, H.L.A Hart, Carlos Cossio, Chaïm Perelman) ainsi que la philosophie qui lui sert d'assise (néokantisme de Marbourg) afin de connaître la portée de ses analyses et de se former une idée claire, libre de préjugés, du positivisme juridique et de cette manière pondérer les fondements de sa posture axiologique. Mon objectif dans cette première partie sera d'établir comment la réduction de la rationalité à la rationalité scientifique conduit non seulement à l'élimination de toute métaphysique, mais aussi à la destruction de l'idée de raison pratique. Dans un deuxième temps l’on réalisera une étude critique de la lecture straussienne de la Modernité comme création, déploiement et sommet du nihilisme moral et politique. Pour cela, l'on exposera sa conception de l'historicisme et du positivisme ainsi que sa vision du nazisme comme le résultat le plus violent et le plus vulgaire de ces deux tendances intellectuelles. De même, on tâchera de montrer comment Strauss lui-même est victime d'une vision historiciste de la philosophie et des sciences sociales qui se trouve à la base de sa représentation pessimiste de la modernité ainsi que de son conservatisme politique. Dans ce dernier point, on suivra les analyses de Karl Popper et notamment sa caractérisation de l'historicisme comme une doctrine qui a « généralement admis qu'une conception vraiment scientifique ou philosophique de la politique et une meilleure compréhension de la vie des sociétés doivent reposer sur l'étude et l'interprétation de l'histoire [...] Sur la scène de l'histoire, les seuls protagonistes qui comptent à ses yeux sont les grandes puissances et leurs chefs, ou bien les classes sociales et les grandes idées ».(POPPER, Karl. La société ouverte et ses ennemis. Tome 1. Paris, Editions du Seuil, 2012, p. 15) Même si le diagnostic de Strauss sur l'effet corrosif du positivisme et de l'historicisme sur la possibilité de parler d'une raison pratique nous semble correct, l'on tentera de démontrer comment les réflexions dépliées au sein de la philosophie politique et juridique, notamment chez Perelman, peuvent constituer une issue à l'impasse nihiliste constatée par Strauss et façonné par Kelsen. En effet, nous considérons que le nihilisme décrit par Strauss a des conséquences stimulantes et rénovatrices pour la pensée philosophique. En abolissant les anciennes catégories, l'on tombe, certes, dans un égarement, une sensation de perte. Cependant, la réduction à néant d'un paradigme signifie non seulement l'abandon de notions révolues, mais aussi la nécessité de créer un nouvel appareillage intellectuel capable de nous fournir une interprétation satisfaisante de notre condition humaine, de notre place dans l'univers et de nos possibilités de critiquer (dans le sens Kantien ) et de transformer nos sociétés. Ainsi donc il sera question dans un dernier temps d'analyser la position de Perelman par rapport à la possibilité de construire ou d'effectuer une refondation du discours éthique à partir de sa conception de la raison pratique comme domaine du raisonnable et de sa tentative de réhabiliter la rhétorique classique comme instrument nécessaire d'une éthique capable d'aller au-delà d'une raison scientifique dissolvante et d'une raison métaphysique dogmatique et supra-historique.


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