L'Iris indigène. Enquête sur le processus de création en art contemporain

par Raphaël Julliard

Projet de thèse en Anthropologie sociale et ethnologie

Sous la direction de Michael Houseman.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 16-11-2015 .


  • Résumé

    Bâtie sur l’expérience de l’auteur comme artiste plasticien et sur un cursus en histoire de l’art, cette thèse s’inscrit en anthropologie, discipline qui offre des outils pour décrire le processus de création d'une œuvre d'art depuis les premiers croisements d’idées jusqu'à ce que l'artiste la considère comme terminée. La thèse s’appuie sur la proposition d’Alfred Gell (2009) selon laquelle les œuvres d’art fonctionnent comme des agents parmi les humains. Toutefois, cette proposition est précisée au moyen d’une lecture spécifique du processus de désorcèlement décrit par Jeanne Favret-Saada (1977, 2009) : un artiste est « pris » par l’œuvre d’un autre ; c’est en cherchant à atteindre la même force que cette œuvre, pour s’en « déprendre », qu’il développe sa propre pratique ; en contrant cette œuvre tierce par son œuvre propre, il est pris à nouveau, mais par lui-même. Ceci établit une relation cyclique d’auto-ensorcèlement / auto-désorcèlement entre l’artiste et ses œuvres.  Les rouages de cette relation sont explorés selon différentes lignes. Historique d’abord sur les artistes nord-américains Jackson Pollock (1912-1956) et Joseph Kosuth (*1945). Ethnographique ensuite avec une dizaine d’artistes français et nord-américains selon plusieurs modalités : 1) entretiens longs portant sur le vocabulaire qu’ils utilisent pour décrire leurs processus de création ; 2) expériences où l’ethnographe apprends à faire une œuvre avec eux ; 3) expériences sous forme de défi où l’ethnographe force les artistes à faire usage d’un matériel de départ pour faire œuvre ; 4) entretiens micro-phénoménologiques (Petitmengin et al. 2019) permettant à l’artiste de revivre et décrire réflexivement l’action passée du défi. L’ensemble laisse apparaître que les artistes s’appuient, sans le maîtriser complètement, sur ce qui les prend pour produire leurs œuvres. Cette production pourtant s’avère moins un but en soi qu’un moyen pour entrer en contact avec ce qui les prend.

  • Titre traduit

    Indigenous Iris. Investigation on the creative process in contemporary art


  • Résumé

    Based on the author’s experience as a visual artist and on a curriculum in art history, this thesis is written from an anthropological standpoint, a discipline that offers tools to describe the creation process of an artwork, from the first crossing of ideas to the moment the artist consider the work finished. This thesis builds on Alfred Gell’s proposal (2009) according to which artworks function as agents among the humans. However his proposal is refined through a specific reading of the ‘unwitching’ process described by Jeanne Favret-Saada (1977, 2009): an artist is ‘caught’ by the artwork of another artist; seeking the same ‘force’ than this artwork, in order to ‘uncatch’ himself, the artist develops their own artistic practice; by fighting the initial artwork with their own, the artist is ‘caught’ again, but by themself. This establishes a cyclic relationship of self-bewitching/self-unwitching between the artist and their artworks. The workings of this relationship are explored along different lines. Through History first with the North American artists Jackson Pollock (1912-1956) and Joseph Kosuth (*1945). Through Ethnography then with a dozen of French and North American artists following several mode of investigation: 1) long interviews on the vocabulary they use to describe their creative process; 2) experiments where the ethnographer learns to make an artwork with them; 3) experiments in the form of a challenge where the ethnographer forces the artists to use a starting material to create their work; 4) micro-phenomenological interviews (Petitmengin et al. 2019) allowing the artist to relive and reflectively describe the action during the challenge. The whole set of investigations shows that artists, without fully mastering it, rely on what ‘catches’ them in the first place to produce their works. This production, however, turns out to be less of an end in itself than a means of coming into contact precisely with what catches them.