Quand les changements se font attendre - Usages et impacts des discours sur le changement climatique à Ma'uke et Manihiki (îles Cook)

par David Glory

Projet de thèse en Anthropologie sociale et ethnologie


Sous la direction de Laurent Dousset.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 23-11-2015 .


  • Résumé

    Cette thèse se propose de comprendre la place qu’occupe le discours scientifique sur le changement climatique dans la vie des gens d’un territoire insulaire considéré comme particulièrement vulnérable à ce sujet : les îles Cook dans le Pacifique Sud. Trop souvent envisagé dans une perspective universelle, ce discours scientifique est tout sauf socialement neutre, puisqu’il s’appuie sur des concepts, des représentations du monde, du temps et de l’espace qui sont propres aux sociétés occidentales. Prenant pour base de réflexion une enquête ethnographique comparative de dix-huit mois menée dans les îles Cook, plus précisément à Ma’uke et à Manihiki entre 2014 et 2018, la présente étude interroge la perception et l’usage que les populations insulaires font de ce discours depuis son émergence au cours de la décennie 2010. Elle prend notamment pour base d’analyse, les collectes de savoirs locaux portant sur l’environnement menées par des scientifiques et des ONG environnementales auprès des populations afin d’illustrer la réalité du changement climatique. L’un des principaux enseignements de cette thèse est que l’usage du discours sur le changement climatique, notamment durant ces collectes, s’inscrit dans des stratégies individuelles et sociales qui dépassent le cadre de la problématique environnementale à proprement parler. L’interprétation de la théorie du changement climatique par les habitants des îles, ainsi que les pratiques et les discours qui lui sont associés, sont ainsi indépendants des caractéristiques du problème climatique. Ils se voient subordonnés aux statuts sociaux des insulaires, définis selon les rôles et les fonctions qu’ils occupent au sein de la communauté. En l’espèce, à défaut de provoquer une rupture de l’ordre social, la problématique du changement climatique reproduit et même renforce les systèmes de valeurs et de hiérarchies qui préexistaient à son émergence chez les Ma’ukean et les Manihikian. Ce travail montre combien il est nécessaire, pour comprendre les multiples sens qu’une communauté donne au discours scientifique sur le changement climatique, de mettre au cœur de l’analyse les tensions et dynamiques sociales qui la structurent.

  • Titre traduit

    When change is overdue - Uses and impacts of climate change discourse in Ma'uke and Manihiki, Cook Islands


  • Résumé

    This thesis seeks to understand the place of the scientific discourse on climate change in the lives of people in an insular territory that is deemed particularly vulnerable to this issue: the Cook Islands in the South Pacific. Too often considered from a universal perspective, this scientific discourse is anything but socially neutral, since it is based on concepts and representations of the world, time and space that are specific to Western societies. Using an eighteen-month comparative ethnographic survey conducted in Ma'uke and Manihiki between 2014 and 2018 as a basis for reflection, the present study questions perceptions and uses that the islanders have made of this discourse since its emergence during the 2010 decade. It takes as its basis of analysis, in particular, the collection of local knowledge on the environment carried out among the population by scientists and environmental NGOs in order to illustrate the reality of climate change. One of the main findings of this thesis is that the use of discourse on climate change, particularly during these collections, is part of individual and social strategies that go beyond the environmental issue itself. The interpretation of the theory of climate change by the islanders, as well as the practices and discourses associated with it, are thus independent of the characteristics of the climate problem which is subordinated to the social status of the islanders, defined according to the roles and functions they occupy within the community. In this case, the climate change issue does not cause a rupture of the social order, but reproduces and even reinforces the systems of values and hierarchies that existed before its emergence among the Ma'ukean and Manihikian. This work shows how necessary it is, in order to understand the multiple meanings that a community gives to the scientific discourse on climate change, to place at the heart of the analysis the tensions and social dynamics that structure it.