Les "tromba antandrano" ou les ancêtres suicidés. Un culte royal de possession d'une dynastie sans royaume et sans descendants (Madagascar, Baie de Loza)

par Maurizio Esposito La Rossa

Projet de thèse en Anthropologie sociale et ethnologie

Sous la direction de Carlo Severi et de Laurent Berger.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 04-11-2015 .


  • Résumé

    Le sujet de ma thèse porte sur un culte royal de possession pratiqué par une minorité clanique dans la baie de Loza au nord-ouest de Madagascar. Le culte, appelé tromba antandrano (« [culte des] esprits de l’eau »), occupe une place centrale dans la définition ethnique et politique de ce groupe de descendance. En effet, même si ce groupe ne descend pas directement d’une dynastie royale, il détient un rôle structural dans une royauté divine en tant que représentant cultuel d’une famille royale suicidée et vaincue par la dynastie rivale qui aujourd’hui possède le pouvoir de cette royauté, et qui est à son tour intégrée à l’Etat malgache contemporain. C’est cette configuration politique et religieuse tout à fait originale dans l’histoire malgache que je me propose d’étudier pour ma thèse de doctorat, à partir de la problématique de la perpétuation d’un culte de possession d’ancêtres royaux sans descendants, inséré dans le système cultuel de la dynastie rivale. L’importance théorique d’une telle recherche est implicitement attestée par l’omniprésence du thème des tromba antandrano et de leur suicide collectif dans toute la littérature sur cette royauté, bien qu’il y ait une absence totale d’informations : c’est pourquoi une enquête de terrain de minimum une année est nécessaire. D’ailleurs l’intérêt anthropologique plus généralement repose sur trois aspects de la problématique que j’envisage de déployer : 1) l’aspect historique qui reconstruit la formation de la royauté Sakalava du point de vue inédit des vaincus ; 2) l’aspect socio-politique qui comprend les mécanismes d’engendrement de l’unité d’un groupe composite et sa capacité à se positionner politiquement à l’intérieur d’un système politique dominant grâce à un culte périphérique et à son dispositif rituel ; 3) l’aspect théorique qui envisage un cas de rituel de possession qui d’un côté engendre une unité clanique tout en dépassant les liens de descendance avec les esprits des ancêtres vénérés, et qui de l’autre se perpétue en relation structurale avec d’autres rituels de la dynastie adverse. Les résultats éventuels de cette recherche constitueraient ainsi une pièce fondamentale dans la reconstruction et dans la compréhension de l’histoire et du fonctionnement actuel des royautés malgaches, en plus de fournir un exemple significatif pour élargir une théorie relationnelle du rituel.


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