Autres justices. Une socio-ethnograhie comparée entre la "justice itinérante" chez les ribeirinhos de l'Amapa (Brésil) et la "justice interculturelle" chez les Uros du Lac Titicaca (Pérou)

par Lauriane Dos Santos

Projet de thèse en Territoires, sociétés et développement

Sous la direction de Serge Paugam.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 30-10-2015 .


  • Résumé

    Depuis 1996, tous les deux mois, un « bateau-tribunal » remonte l’Amazone. Partant de la ville de Macapá, située à l’extrême Nord du Brésil, près de la Guyane française et du Suriname, il rejoint, après douze heures de navigation, un archipel méconnu où vit, de manière relativement isolée, une population réputée « pauvre », « communautaire » et « rurale », aux coutumes et aux modes de vie souvent décrits de l’extérieur comme « archaïques » voire « déviants ». Ce sont les ribeirinhos de l’archipel du Bailique : pour la plupart, stigmatisés caboclos (c’est-à-dire métisses blancs-indigènes). À bord, juges, conciliateurs/médiateurs et personnel administratif venus des bureaux de la ville entendent leur apporter une justice étatique adaptée à la culture locale, intervenant dans la résolution des conflits les plus quotidiens : de couple, de famille, de voisinage ou de travail. À quelques milliers de kilomètres de là, sur le Lac Titicaca, dans les Andes péruviennes, un juge de paix s’est installé sur l’ « île de la justice » depuis 2009, sur ordre du tribunal de l’Etat local (Puno), dans l’archipel flottant des « Uros » (Aymara). Il a pour mission d’intervenir au quotidien auprès des populations indigènes qui y vivent et dont il fait partie pour construire avec eux une « justice interculturelle », compromis à mi-chemin entre la justice officielle étatique et la justice coutumière locale. Spécialiste de la parole et technicien du langage, formé à la conciliation juridique par le tribunal de la ville, il est ainsi chargé de bâtir un dialogue entre des normativités étatiques et indigènes souvent incompatibles, chaque fois qu’un différend survient au sein des communautés dont il est responsable. Dans l’archipel du Bailique (Brésil) comme dans l’archipel des Uros (Pérou), ethnographier ces justices autres « en train de se faire », nous immerge dans la matérialisation concrète d’un dialogue où s’affrontent systèmes normatifs légaux et coutumiers, étatiques et populaires, urbains et ruraux, mais aussi, plus indirectement, locaux et globaux. À l’intersection de ces rencontres, langages, morales et rationalités s’opposent, s’hybrident, se négocient, nous donnant à voir et à comprendre de nouvelles formes de gestion de la diversité culturelle par le traitement du pluralisme normatif, dans ces espaces mythiques de l’Amérique latine et amérindienne – l’Amazonie et les Andes. Comparer de manière inductive ces deux expériences locales de justice alternative, permet de dépasser l’isolement de chacun des cas pris séparément : en choisissant de les mettre en relation, nous proposons une nouvelle manière de pratiquer l’ethnographie globale, à l’heure où la rhétorique transnationalisée de l’ « accès à la justice des peuples et des personnes vulnérables » abouti partout à l’institutionnalisation de nouveaux dispositifs de justice à cheval entre la culture juridique d’Etat et les différentes normativités locales.

  • Titre traduit

    Other Justices. A comparative socio-ethnography between the "itinary justice" among the ribeirinhos of the Amapa (Brazil) and the "intercultural justice" among the Uros of Lake Titicaca (Peru)


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