Raisonner en chinois, un effort intempestif : un philosophe et la langue chinoise, le cas de Chen Jiaying

par Xiyin Zhou

Projet de thèse en Sciences du langage - langues de l'Asie orientale


Sous la direction de Yves Chevrier.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de Ecole doctorale de l'Ecole des hautes études en sciences sociales ED 286 depuis le 12-01-2016 .


  • Résumé

    La problématique de « philosopher en chinois » ou de « la philosophie en chinois », différente de celle de « la philosophie chinoise », ne devient enfin pleinement explicite et légitime qu’après le tournant linguistique. Traitant la philosophie par essence comme une pratique langagière, elle est étroitement liée à l’actuelle et épineuse construction de la subjectivité intellectuelle du chinois moderne. Adoptant une approche hybride de la linguistique et de la philosophie du langage, cette thèse étudie un philosophe chinois contemporain, Chen Jiaying (1952 - ), dont la philosophie est entendu comme un paradigme (au sens de “one of a kind”), en vue de clarifier ce que c’est « philosopher en chinois » ou bien « raisonner en chinois ». L’étude de cas, concentrée sur trois monographies, consiste à déchiffrer la pensée de cet auteur jointe à son style philosophique, en montrant les implications méthodologiques pour une pratique philosophique en chinois. J’examine sa démarche langagière, surtout son raisonnement invariablement basé sur la clarification de l’usage des mots chinois (ex. le problème délicat des termes transplantés) et son style argumentatif et dialogique basé sur des caractéristiques linguistiques propres à la langue chinoise. Tout ceci en vue de fournir, au-delà de la description analytique de ce qu’est « raisonner en chinois » (et de la conception éthique qui en procède), des références de méthode éclairantes et éventuellement normatives pour la pratique philosophique — comme « commencer toujours par des mos chinois sensibles », « revenir sans cesse aux choses elles-mêmes ». Cette thèse illustre également comment les deux modes de raisonnement, linguistique et philosophique, peuvent être conjugués pour approfondir et élargir non seulement notre compréhension du « philosopher en chinois », c’est-à-dire de la philosophie en chinois et de la langue chinoise en général, mais aussi celle d’un dialogue philosophique universel basé sur la pratique et la traduction des « langues naturelles » en philosophie.

  • Titre traduit

    Reasoning in Chinese, An Untimely Effort : a philosopher and the Chinese language, the case of Chen Jiaying


  • Résumé

    The problem of “philosophizing in Chinese” or “philosophy in Chinese”, different from that of “Chinese philosophy”, becomes fully explicit and legitimate only after the linguistic turn. Taking philosophy as a language practice, this approach is closely related to the current thorny construction of the intellectual subjectivity of the modern Chinese language. Adopting a hybrid approach of linguistics and philosophy of language, this thesis examines the philosophy of a contemporary Chinese philosopher, Chen Jiaying (1952 - ), as a paradigm (in the sense of “one of a kind”), aiming at clarifying what it is to “reason in Chinese” or to “philosophize in Chinese”. The case study, focusing on Chen’s three monographs, amounts to deciphering the author’s thought together with his philosophical style, with a view to explicating the methodological implications for a philosophical practice in Chinese. I examine his language approach, especially his reasoning, which is invariably based on the clarification of the use of Chinese words (e.g. the tricky problem of transplanted terms) and his argumentative and dialogical style based on distinctive linguistic features of the Chinese language. All this is done in order to provide, beyond the mere analytical description of what it is to “reason in Chinese” (coupled with the ethical conception that stems from it), some enlightening and possibly normative methodological references for the practice of philosophy: such as “always begin with the Chinese words that speak to the senses”, “keep coming back to the things themselves”. This thesis illustrates how the two modes of reasoning, linguistics and philosophy, can be combined in order to deepen not only our understanding of “philosophizing in Chinese”, that is of philosophy in Chinese and more generally of the Chinese language, but also that of a universal philosophical dialogue based on the practice and translation of the “natural languages” in philosophy.