Ecrire, lire, traduire entre les langues : défis et pratiques de la poétique multilingue

par Amanda Murphy

Thèse de doctorat en Littératures et civilisations comparées

Sous la direction de Tiphaine Samoyault.

Thèses en préparation à Paris 3 , dans le cadre de École doctorale Littérature française et comparée (Paris) , en partenariat avec Centre d'études et de recherches comparatistes (Paris) (laboratoire) depuis le 08-10-2015 .


  • Résumé

    Ce travail propose de renouveler les approches de la poétique multilingue en la concevant comme trois modes distincts d’expérience du langage : écrire, lire, traduire. À partir d’un corpus d’œuvres expérimentales de Nicole Brossard, Theresa Hak Kyung Cha, Raymond Federman et Katalin Molnár, il vise à cerner l’activité poétique des œuvres entre les langues, qui s’étend de l’avant-texte à la réception et à d’autres formes de continuation de l’œuvre. De l’individuation par la création d’une langue dans l’écriture, à la lecture, la traduction et la transposition intermédiale, la thèse explore par des lectures de près le travail de la différence, sur la langue, sur la forme de l’œuvre et sur le devenir de celles-ci. En abordant les textes sans les isoler de leurs contextes, et à l’aide du travail en archives, la thèse avance l’idée que la textualisation comme création de langue, plutôt que de raconter un événement de la vie de l’écrivain, l’exprime dans son fonctionnement, dans ce qu’elle fait à la fois aux langues nationales et normatives et aux lecteurs, y compris par le biais de l’oralité (le corps dans l’écriture). Ces langues performatives, au sens où elles parlent d’elles-mêmes, bien que jamais entièrement pour elles-mêmes, ouvrent de nouveaux espaces, aux défis et aux pratiques spécifiques. Les régimes de signification sont ensuite étudiés par le biais d’une enquête empirique auprès de lecteurs qui confirme le caractère ambigu, polysémique et difficile à situer de la poétique multilingue. En dernier lieu, les œuvres sont abordées au moyen de ce qui les excède : l’actualisation de l’altérité constitutive qui prend la forme de la traduction, que ce soit vers d’autres langues ou vers d’autres formes de productions-réponses (art, danse, théâtre, performance). À travers ces trois approches, il est question de l’articulation entre la poétique et la mémoire au moment d’écrire, de lire et de traduire, trois activités dont l’imbrication oblige à repenser les définitions.

  • Titre traduit

    Writing, Reading, Translating between Languages : challenges and Practices of Multilingual Poetics


  • Résumé

    This dissertation develops new approaches to studying multilingual poetics by considering its mechanisms through three different modes of experience with language: writing, reading and translating. Through a corpus of experimental works by Nicole Brossard, Theresa Hak Kyung Cha, Raymond Federman and Katalin Molnár, it aims to comprehend the poetic activity, extending from the conception of the text to its reception and to other forms of continuance, of literature between languages. From individuation through the creation of a language within writing, to reading, translation and intermedial transposition, this dissertation explores, through close readings, the way difference exerts its force from within the language(s) of a work, affects its form, and expresses its becoming. Firstly, in analyzing the corpus alongside the context of its production and considering the writers’ archives, the dissertation puts forth the idea of textualization as creation of a language. This language, rather than telling of an event in the writer’s life, expresses it through what it does both to national and normative languages and to readers, including through its orality (the body in writing). The writers’ languages are therefore performative in that they speak of themselves, although never fully for themselves, and generate new spaces that incite challenging but specific reading and translational practices. Secondly, the regimes of signifying enacted in of these works are considered through a reader reception study, which confirms the ambiguous and polysemic nature of multilingual works that makes them difficult to situate in any given space. Finally, the corpus is broached by way of what exceeds it: the actualization of its otherness, which takes form through translation, be it toward other languages or toward other artistic forms created in response to the corpus. Through these three approaches, the dissertation analyzes the articulation between poetics and memory in writing, reading and translating, three activities that multilingual poetics, in intertwining them, compels us to reconsider.