La chair du texte : l'écrit comme adjuvant, vecteur ou constituant de l'expérience érotique, au regard des exemples de la littérature des XXe et XXIe siècles

par Camille Moreau

Projet de thèse en Esthétique et Sciences de l'art

Sous la direction de Olivier Schefer.

Thèses en préparation à Paris 1 , dans le cadre de Arts plastiques, esthétique et sciences de l'art , en partenariat avec Institut ACTE (equipe de recherche) depuis le 26-11-2015 .


  • Résumé

    La littérature érotique, délivrée du secret dans lequel elle était confortablement maintenue pendant des siècles, n'a jamais été aussi florissante que ces dernières années. Ce succès, à l'heure où la pornographie ne cesse de démontrer son accessibilité, laisse deviner une constante : que l'écrit est, plus que jamais, le médium privilégié quand il s'agit d'exprimer l'érotisme. Malgré la modernité, l'écrit n'a pas perdu sa place prépondérante dans nos relations érotiques réelles et quotidiennes. Même si les Valmont et Merteuil d'aujourd'hui passent plus de temps sur leurs téléphones que la plume à la main, la disparition progressive de la correspondance papier n'a pas tué la correspondance érotique. Car à qui écrit-on si ce n'est à nos amours ? À la fois du côté de la lecture et de l'écriture, le texte et l'érotisme semblent entretenir des rapports étroits. Pourtant, on peut aussi argumenter que l'écrit est le domaine du pur esprit, tandis que l'érotisme est dominé par le corps. En effet lire, écrire, sont les premiers gestes de la pensée et le texte le premier support de l'esprit, tandis que l'érotisme est surtout affaire de corps. Cependant, et tout lecteur en a déjà fait l'expérience, nous sommes capables de prendre plaisir au texte. « Le plaisir du texte, c'est ce moment où mon corps va suivre ses propres idées - car mon corps n'a pas les mêmes idées que moi. »1, écrit Roland Barthes dans Le Plaisir du texte. Le corps est bel et bien affecté par la lecture, par l'écrit, par ce qui est le produit de l'esprit. Tous ces constats semblent appeler une recherche approfondie. La question que je me propose d'étudier est donc la suivante : comment l'érotisme et l'écrit s'articulent-ils, s'enrichissent-ils mutuellement. Ce qui amène les questions suivantes : l'écriture, la lecture, peuvent-elles constituer une expérience érotique en soi ? L'écriture est-elle érotique ? Existe-t-il une érotique du texte ? Serait-il possible de démontrer qu'il existe une expérience de l'érotisme sous une forme écrite ? Que l'écrit peut donc faire partie du domaine de l'expérience ? Une partie de ma recherche consiste à recenser un grand nombre de cas où l'érotisme et l'écrit cohabitent, voire se confondent. Peu de théoriciens se sont penchés avec rigueur et minutie sur le sujet, car qu'en dire qui ne soit pas une expérience intimement personnelle ? En revanche la littérature érotique, par sa prodigalité, nous offre un champ d’expérimentation des plus vastes. Il s'agit donc de croiser philosophie, expérience et littérature pour inscrire le sujet ici et maintenant. Le but n'est pas de faire une histoire des rapports de l'érotisme et l'écriture à travers les siècles, mais de dégager les constantes de ces mêmes rapports afin d'éclairer nos pratiques quotidiennes. En conséquence, ma thèse couvre les sujets de l'érotisme, de l'expérience, du jugement et de la littérature, convoquant ainsi les domaines de la phénoménologie, de l'esthétique, de l'herméneutique, des lettres... L'apport de l'esthétique dans ce sujet est déterminant : permettant de considérer à la fois les formes et les modes de réception du plaisir, le domaine autorise une approche sensualiste que la littérature ou la philosophie seule ne permettrait pas. En un mot, de rester au plus proche de l'expérience et de sa réception. Comme Shéhérazade qui a su maintenir par le récit la tension érotique qui lui a sauvé la vie, cette thèse sera un travail de longue haleine, porté par le désir d'écrire, et d’écrire le désir.


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