Militer en minorité ? Le "secteur juif" du Parti communiste français de la Libération à la fin des années cinquante

par Zoé Grumberg

Thèse de doctorat en Histoire

Sous la direction de Claire Andrieu.

Thèses en préparation à Paris, Institut d'études politiques , dans le cadre de École doctorale de Sciences Po (Paris) depuis le 01-10-2015 .


  • Résumé

    À travers l’étude du secteur juif du Parti communiste français (PCF) et de ses militant(e)s - des Juifs yiddishophones originaires d’Europe centrale et orientale - entre 1944 et la fin des années cinquante, cette thèse propose trois questionnements. Elle interroge d’une part le rôle de l’engagement politique et du PCF dans l’intégration des immigrés et des minorités en France et dans la réintégration des Juifs en France après la Shoah. Elle étudie d’autre part le rôle central des Juifs communistes yiddishophones dans la reconstruction de la vie juive française après le génocide. À cet égard, elle cherche à s’émanciper du débat qui tend à voir les Juifs communistes comme des calculateurs politiques dont le but serait avant tout de diffuser et d’appliquer la politique du PCF dans le monde juif ou, au contraire, comme des passionnés de culture yiddish dont l’engagement au PCF serait secondaire. Au moins jusqu’aux années cinquante, les Juifs communistes du secteur juif du PCF parviennent à concilier la propagande communiste avec la défense des intérêts des Juifs. Les premières années de guerre froide et la politique soviétique vis-à-vis des Juifs les mettent toutefois face à leurs contradictions. Ces années sont celles de leur marginalisation dans le monde juif français, qui ne peut accepter le silence des Juifs communistes sur « l’antisémitisme rouge ». Enfin, à travers le suivi des trajectoires d’un corpus de 26 militant(e)s, cette thèse questionne l’engagement, les carrières militantes et les identités sociales des Juifs communistes. L’approche par les trajectoires permet de questionner l’impact des variations des identités sur l’engagement politique et sa perpétuation.

  • Titre traduit

    Being activists as a minority? The « Jewish sector » of the French Communist Party from the Liberation to the end of the fifties


  • Résumé

    Though the study of the Jewish sector of the French Communist Party (PCF) and its activists - Yiddish-speaking Jews from Central and Eastern Europe - between 1944 and the end of the 1950s, this thesis addresses three main questions. Firstly, it questions the role the PCF played in integrating immigrants and minorities in France and in reintegrating Jews in France after the Holocaust. Secondly, it studies Jewish communists’ actions for the reconstruction of Jewish life in France after the genocide. Jewish communists played a key role in post-war French Jewish life. They are, however, often presented as opportunists whose defense of Jewish interests would only have a propagandistic aim. At the opposite, some studies describe them as mainly Jews whose political engagement would not be as important as their commitment for Yiddish culture and Jewish life. This thesis argues that at least until the 1950s, Jewish communists of the Jewish sector of the PCF managed to conciliate a concern for Jew and communist propaganda. However, in the early years of the Cold War, Soviet policy towards Jews led Jewish communists to make choices. Officially, the Jewish sector of the PCF chose to remain faithful to communism. It led to their marginalization in the French Jewish life. Finally, through the study of 26 activists’ trajectories, this thesis questions political commitment, political careers and social identities of Jewish communists. Identities can change and evolve which has an impact on political engagement.