Livrer le monde - Ekphrasis, livre, bibliothèque : expérience langagière et "esthétique aveugle" de l'art actuel

par Barbara Bourchenin

Projet de thèse en Arts (Histoire Théorie Pratique)

Sous la direction de Bertrand Prevost.

Thèses en préparation à Bordeaux 3 , dans le cadre de Montaigne-Humanités , en partenariat avec Médiation, Information, Communication, Art (equipe de recherche) depuis le 23-10-2015 .


  • Résumé

    Questionner la façon dont l'art « livre le monde » est une invitation à s'intéresser à trois figures emblématiques de la production artistique actuelle : l'ekphrasis, le livre et la bibliothèque. Parmi ces trois figures (prises dans leurs occurrences plastiques, littéraires et esthétiques – mais également en tant que concepts à part entière), c’est celle du livre qui émerge. Elle s’entend en effet à la fois comme métaphore et modèle théorique de ce que peut-être l’expérience langagière de cette esthétique aveugle au travail dans l’art actuel. L’ekphrasis et la bibliothèque sont deux occurrences satellites qui ouvrent à des problématiques plus spécifiques peut-être, mais toujours transversales à celles posées par le livre. Le livre qui décrit, en une ekphrasis aporétique et réticulée, qui dit l’art au paroxysme du travail langagier, ne finit-t-il pas par s’épuiser ? Contenant sans contenu, le livre de l’art actuel joue de paradoxes. La bibliothèque devient le méta-lieu, l’image archétypale du livre qui rejoue notre position au monde. Nous « performons » une bibliothèque tout comme nous performons un commentaire d’œuvre ou un livre, dans une praxéologie. L’expérience esthétique se pense donc ici à travers le filtre de l’expérience langagière. Envisager l’ekphrasis, le livre et la bibliothèque comme des modélisations de notre expérience de l’art implique un intérêt tout particulier porté aux œuvres, à la peau des choses, à leurs aspects formels et plastiques. Faire de notre œil l’outil magistral de notre relation à elles, voilà aussi l’enjeu nodal de l’esthétique aveugle défendue ici. A la manière dont l’ut pictura poesis permit de penser la littérature selon un modèle visuel, les œuvres nous fournissent une modélisation pour penser des processus cognitifs en marche dans notre expérience de l’art. Si l’ekphrasis, le livre et la bibliothèque ne sont plus à entendre comme simples représentations, c’est qu’ils participent activement d’une esthétique que nous nommons « aveugle »: " esthétique aveugle" paradoxale de figurabilité. Dans un régime intensif, les œuvres ne peuvent-elles pas être envisagées comme les modèles épistémologiques privilégiés de notre rapport à l’art, de notre attitude, de nos jugements ou plus simplement, de notre perception ? Le livre est également un « matériau ekphrastique ». Il s’agit dès lors d’évaluer l’implication cognitive du langage dans les habitudes de vision, ou plus primitivement dans la construction du voir. Réciproquement, il nous faudra évaluer la récupération de ces procédés cognitifs dans les pratiques artistiques actuelles.

  • Titre traduit

    Delivering the world – Ekphrasis, Book, Library: linguistic experience and “blind aesthetics” of contemporary art.


  • Résumé

    To question the way art is "delivering the world" is an invitation to take an interest in three emblematic figures of the current artistic production: the ekphrasis, the book and the library. Amongst these three figures (taken in their visual, literary and aesthetic occurrences – but also as fully-fledged concepts), it is the figure of the book that stands out. It is both a metaphor and a theoretical model of that which is perhaps the linguistic experience of this blind aesthetics at work in contemporary art. The ekphrasis and library are two satellites occurrences that themselves open to perhaps more specific problematics, but always transversal to those posed by the book. The book that describes, in a aporetic and reticulated ekphrasis, is the art work at the paroxysm of language. But does it not finally run out? Container without content, the book of current art plays with paradoxes. The library becomes the meta-place, the archetypal image of the book that plays back our position to the world. We "perform" a library as we perform an art commentary or a book: in a praxeology. Aesthetic experience is here thought through the filter of an experience of language. Envisage ekphrasis, book and library as modellings of our art experience implies to take a special interest in works, in the skin of things, in their formal and visual aspects. Making our eye the masterful tool of our relationship with them, that is the nodal issue of the blind aesthetics defended here. In the style ut pictura poesis allowed to think literature in accordance with a visual model, art works provide a modelling to think of the cognitive processes that are running into our art experience. If the ekphrasis, the book and the library are no longer understood as mere representations it is because they are actively partaking of an aesthetics that we name "blind": a paradoxical “blind aesthetics” of figurability. In an intensive system, can works not be envisaged as privileged epistemological models of our relationship with art, with our attitude, with our judgments or more simply with our perception? The book is also an "ekphrastic material”. From that moment, it is all about assessing the cognitive involvement of language in the habits of vision, or more originally, in the view construction. Reciprocally, the recovery of these cognitive processes in current artistic practices will have to be evaluated.