Identifier les individus au Tchad : politiques et pratiques des papiers d’identité

par Kelma Manatouma

Projet de thèse en Science politique

Sous la direction de Pascale Laborier et de Marielle Debos.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de École Doctorale Droit et Science Politique (Nanterre) depuis le 26-10-2015 .


  • Résumé

    Cette thèse étudie les politiques et les pratiques d’identification des individus au Tchad. Fondée sur une enquête de terrain menée dans la capitale N’Djamena et dans une petite ville du Sud du pays, Goré, cette recherche interroge les procédures, les circulations et les modalités d’appropriation à la fois administratives, politiques et culturelles de l’identification des individus. Cette thèse retrace tout d’abord l’histoire de l’identification au Tchad depuis la période coloniale en accordant une attention particulière aux registres d’état civil et à la carte d’identité. Elle montre que l’identification et la « papierisation » des individus doivent être analysées à l’intersection entre les politiques de l’État, des organisations internationales et des entreprises privées. Diffusée à l’échelle mondiale depuis le début des années 2000, l’introduction de la biométrie au Tchad est un tournant dans l’histoire de l’identification du pays. A partir d’une enquête dans les services de l’identité civile de N’Djamena et dans les camps où sont accueillis les « retournés » tchadiens qui ont fui la guerre en Centrafrique, l’identification est ensuite abordée à travers les mécanismes concrets de « mise en papier ». La thèse s’intéresse également aux pratiques des administrations de l’identification entre la rationalité bureaucratique et la gestion patrimoniale d’un service public de l’État. La recherche va enfin au plus près des rapports des individus à ces documents. Au final, la thèse offre une meilleure compréhension de l’État au quotidien, des entreprises de mainmise sur les individus et de ses limites.

  • Titre traduit

    Identifying individuals in Chad : identity document policies and practices.


  • Résumé

    This dissertation studies the policies and practices of the identification of individuals in Chad. Based on a fieldwork conducted in the capital N’Djamena and in a small town in the south of the country, Goré, this research examines the procedures, circulation and appropriation modalities of the administrative, political and cultural identification of individuals. This dissertation is divided into three main sections. First, it retraces the history of identification in Chad since the colonial period, while paying a particular attention to civil status registers and identity cards. It shows that the identification and “paperization” of individuals must be analysed at the intersection between the policies of the state, of international organisations and of private companies. Diffused worldwide since the early 2000s, the introduction of biometrics in Chad is a turning point in the history of identification in the country. Based on fieldwork conducted in the civil identity services in N’Djamena and in the camps where Chadian "returnees" who fled the war in the Central African Republic live, identification is approached through concrete "paper" mechanisms. Second, the thesis analysses the practices of administrations and shows how bureaucratic rationality and patrimonial management are intertwined in this public service. Finally, the dissertation focuses on the lived experiences of the people who own the ID papers. Finally, the thesis offers a better understanding of the everyday functioning of the state and shows how individuals are controlled as well as the limits of the control.