Etude des paramètres de reproduction et de la dynamique d'une population renforcée d'outardes Houbara nord-africaines (Chlamydotis undulata undulata) au Maroc

par Léo Bacon

Thèse de doctorat en Ecologie

Sous la direction de François Sarrazin, Alexandre Robert et de Yves Hingrat.


  • Résumé

    En biologie de la conservation, les translocations (réintroductions ou renforcements) utilisent les lâchers d’individus pour restaurer des populations d’espèces ciblées. Cela implique que ces actions de translocation soient temporaires et conduites dans le but d’obtenir des populations stables et viables. Cependant, cet objectif est difficilement mesurable car il requiert le suivi de ces populations, réintroduites ou renforcées, qui sont des systèmes complexes caractérisés par des individus lâchés et des individus nés à l’état sauvage qui peuvent présenter des paramètres démographiques différents. A travers cette thèse, nous avons étudié une population renforcée d’outarde Houbara nord-africaine (Chlamydotis undulata undulata) au Maroc. Cette population est renforcée via des lâchers réguliers d’individus produits en captivité. L’objectif est d’augmenter la taille de la population, pour établir une population viable et soutenable en adéquation avec la persistance de la fauconnerie traditionnelle. Cet objectif nécessite d’évaluer la capacité des individus lâchés à survivre et à se reproduire en milieu naturel et donc d’intégrer la population reproductrice sauvage. Nous avons ainsi évalué les paramètres de reproduction des outardes Houbara femelles lâchées et nées à l’état sauvage, afin d’étudier comment les renforcements affectent la dynamique de la population. Dans un premier temps, nous avons analysé les performances reproductrices des femelles lâchées produites en captivité, en fonction de leur âge. La plupart des paramètres de reproduction étudiés montraient des variations en fonction de l’âge des femelles, variations comparables aux modèles qui caractérisent les populations de vertébrés sauvages. Ceci suggère que l’histoire de vie des femelles issues des translocations n’est pas affectée par les protocoles de lâcher. Puis, nous avons évalué les performances reproductrices des femelles lâchées par rapport à celles de femelles nées à l’état sauvage. Nous avons observé de plus faibles performances reproductrices des femelles lâchées pour certains des paramètres de reproduction étudiés, constituant une forme au long terme de coût au lâcher. Ce coût au lâcher semble être en partie dépendant de la stratégie de lâcher (période de lâcher). Nous nous sommes ensuite intéressés au lien entre environnement et performances reproductrices. En se basant sur un indice spatial de qualité d’habitat, nous avons exploré comment celui-ci était relié à la survie des nids. Nous avons observé un lien dynamique entre indice de qualité de l’habitat et survie des nids au sein de la saison de reproduction. Il semble donc qu’une utilisation statique de l’indice de qualité d’habitat ne permette pas de représenter la complexité des patrons démographiques et de leurs dynamiques au sein de la saison de reproduction. Enfin, nous avons développé des modèles quantitatifs de viabilité des populations pour évaluer l’implication de la pression de chasse et de l'effort de renforcement sur la persistance de la population. Nos résultats indiquent que la population d'outarde Houbara nord-africaine n'est pas viable au long terme sans interventions de renforcement et que le déclin de la population n'est pas seulement causé par la chasse mais également par d’autres menaces. Par conséquent, le programme de renforcement apparaît ici comme un outil de conservation efficace pour préserver relativement rapidement l'espèce de l'extirpation locale, afin de pouvoir appréhender les principaux facteurs environnementaux menaçant la population.


  • Résumé

    In the field of conservation biology, conservation translocations (such as reintroductions and reinforcements) rely on the movement and release of individuals to restore populations of the concerned species. This implies that translocations are temporary actions conducted to reach a selfsustainable population. Yet, this objective is hardly assessed because it requires longitudinal monitoring of translocated populations, which are complex and unbalanced systems characterised by a mix of released and wild-born animals with potentially distinct and heterogeneous demographic rates. In the present work, we studied a reinforced population of the threatened North-African Houbara bustard (Chlamydotis undulata undulata) in Morrocco. Based on a captive breeding programme, the Houbara population is reinforced through the regular releases of captive-bred individuals. The objective is to increase the population size of the species throughout its range, to establish a viable and sustainable population in adequacy with the persistence of traditional Arab falconry hunting. This objective requires the assessment of the capacity of captive-bred individuals to survive and breed in the wild, and thus integrating the breeding population. As such, we intended to assess breeding parameters of females Houbara and to investigate how reinforcement actions influence the dynamics of the population. At first, we studied how breeding performances of captive-bred females released in the wild vary as a function of their age. We observed that most breeding parameters exhibit age variations similar to patterns of variation generally observed in wild populations of vertebrates, suggesting that the life histories of translocated individuals are not strongly affected by translocation protocols. Secondly, we assessed the breeding performances of captive-bred released females relative to wildborn females and release strategy. We observed lower breeding performances of released females for some breeding parameters, defined as a long term cost of release. Interestingly this cost of release appeared to be partly dependent on the release strategy (season of release). Then, we assessed the relationship between environment and breeding performances. Based on a habitat suitability index, we investigated how this index was related to nest survival. We observed an intraseasonal dynamic relationship between habitat suitability and nest survival. This result underlines the idea that a static use of habitat suitability index, despite their sophistication, does not appear to reflect the complexity of demographic patterns and intraseasonal dynamics. Finally, we developed quantitative population models to assess the involvment of hunting pressure and reinforcement effort to the persistence of the population. Our results indicate that the North-African Houbara bustard population is not viable without reinforcement interventions on the long run, and that the decline of the population is not only caused by hunting. Therefore the reinforcement programme appears as an efficient conservation tool to preserve the species from local extirpation before key environmental factors threatening the population can be adequately addressed.