"S'il faut rapatrier tout ce qui est sacré, c'est la terre qui va venir à nous". Le processus de rapatriement des objets culturels et sacrés des Ilnuatsh de Mashteuiatsh, au Québec

par Carole Delamour

Thèse de doctorat en Archéologie, Ethnologie, Préhistoire

Sous la direction de Marie Roué, Elise Dubuc et de Robert R. Crépeau.

Thèses en préparation à Paris, Muséum national d'histoire naturelle en cotutelle avec l'Université de Montréal , dans le cadre de École doctorale Sciences de la nature et de l'Homme - Évolution et écologie (Paris) depuis le 30-09-2013 .


  • Résumé

    Le rapatriement des objets culturels et sacrés autochtones animent les scènes internationales depuis plus de trente ans. Pourtant, peu d'études se concentrent sur les enjeu socioculturels et identitaires sous-jacents à la diversité des requêtes autochtones. Pour apporter une meilleure compréhension de ces enjeux, cette thèse étudie les particularités d'un processus de rapatriement d'objets culturels et sacrés : celui mené par la communauté ilnue de Mashteuiatsh, au Québec, auprès du National Museum of the Ameican Indian (NMAI), de Washington DC. Par quels mécanismes et selon quels enjeux le processus de rapatriement redonne aux mains des Ilnuatsh le pouvoir de définir, d'actualiser et de reprendre un contrôle sur les contenus culturels constitutifs de leur identité culturelle? Comment ce processus peut-il engager un processus réflexif de définition et d'affirmation de leur héritage culturel et de leur être-au-monde? En croisant l'étude ethno-historique à l'approche ethnographique, notre méthodologie trouve son origine dans une démarche ethniquement impliquée au sein d'un projet de recherche collaboratif. Poursuivant les avenues théoriques et méthodologiques développées par les approches biographiques et agentives des objets, l'étude retrace la trajectoire de vie de trois types d'objets ilnus conservés au NMAI : deux nimapan (courroies de portage), un mushianiakup (manteau en peau d'orignal) et deux teuehikan (tambours). Nous analyserons d'abord comment les savoirs sur ces objets se sont constitués au sein d'un processus collaboratif partagé avec des Ilnuatsh de plusieurs générations. Nous analyserons ensuite comment les Ilnuatsh s'approprient le cadre de rapatriement imposé par le NMAI : comment se servent-ils des objets et connaissances associées pour nourrir des formes de justification qui renforcent la reconnaissance de leurs distinctions culturelles? Pour répondre à cette question, nous nous focalisons sur les enjeux relatifs à l'affiliation identitaire et à la conceptualisation des objets "sacrés". La notion ilnue "d'objet sacré" développée dans cette thèse contraste avec les catégories conceptuelles imposées par le NMAI. Elle net notamment en lumière toute la complexité du réseau relationnel dans lequel les objets se trouvent investis, réseau qui évolue aujourd'hui dans des contextes d'affirmation et de légitimation identitaires et culturels.

  • Titre traduit

    "If it's necessary to rapatriate what is sacred, it's the earth that will come to us". The repatriation process of the cultural and sacred objects of the Ilnuatsh from Mashtuiatsh, au Québec


  • Résumé

    The repatriation of cultural and sacred indigenous objects has animated the international scene for more than thirty years. However, few studies focus on the sociocultural and identity issues underlying the diversity of indigenous requests. This thesis explores the particularities of a repatriation process of cultural and sacred objects : the one led by the Mashteuiatsh ilnu community in Quebec with the National Museum of the American Indian (NMAI), Washington DC. Through what mechanisms and according to what stakes does the repatriation process give the Ilnuatsh the power to define, update and regain control over the cultural contents that constitute their cultural identity? How can this process engage a reflexive process of defining and asserting their cultural heritage and their way of being in the world? By crossing the ethno-historical study with the ethnographic approach, our methodology is rooted in an ethically involved appoach within a collaborative research project. Following the theoretical and methodological avenues developed by the biographical and agentive approches of objects, the study traces the life course of three types of ilnu objects preserved in NMAI : two nimapan (portage straps), a mushianiakup (moose-skin coat) and two teuehikan (drums). We first analyse how the knowledge related to these objects was built up in a collaborative process shared across several generations of Ilnuatsh. Then, we analyse how the Ilnuatsh appropriate the repatriation framework imposed by the NMAI : how do they use the objects and related knowledge to fuel forms of justification that reinforce the recognition of their cultural distinctions? To answer this question, we focus on issues related to identify affiliation and the conceptualization of "sacred" objects. The ilnu notion of "sacred object" developed in this thesis contrasts with the conceptual categories imposed by the NMAI. It highlights in particular the complexity of the relational network in which objects are invested, a network which is evolving today in contexts of identify and cultural affirmation and legitimation.