La sémiotique des contestations étudiantes en Afrique du Sud

par Camille Proust

Projet de thèse en Linguistique

Sous la direction de Gudrun Ledegen.

Thèses en préparation à Rennes 2 , dans le cadre de École doctorale Sciences humaines et sociales (Rennes) depuis le 01-09-2015 .


  • Résumé

    Cette étude s’intéresse aux stratégies linguistiques observées dans le mouvement étudiant sud-africain réclamant une « éducation gratuite et décolonisée » qui a démarré en 2015 et s’est poursuivi sur l'année 2016. Nous combinons entretiens, analyses de données issues des réseaux sociaux et observations ethnographiques pour rendre compte de la façon dont les étudiants cherchent à inscrire leurs voix et leurs revendications dans le paysage politique de la « nouvelle Afrique du Sud ». Notre analyse, qui s’inspire de la notion de « citoyenneté linguistique » développée par C. Stroud et le CMDR (2015) vise à décrire la façon dont les étudiants se constituent eux-mêmes en tant qu’acteurs politiques à travers des moyens sémiotiques divers, tels que la réactivation de chants datant de la période de lutte anti-apartheid, ou encore la création de nouveaux hashtags, utilisés tant sur les réseaux sociaux que sur les pancartes dédiées aux manifestations. Nous nous intéressons particulièrement à la notion d’utopie qui évoque l’idée « d’une vie meilleure, présagée dans le présent (et le passé) mais non encore réalisée » (2015 :27), notion que les étudiants semblent vouloir explorer, à travers une « [reconfiguration] du langage par la création de nouvelles significations, la réassignation des genres et la transformation des répertoires » (2015 :27). Cette reconfiguration du langage vise la remise en question des conceptions traditionnelles de l’identité, des rôles sociaux ou de la « bonne » façon de s’exprimer, qui sont reflétées dans la façon dont les médias ou les universités communiquent. La notion d’ affect (Milani, 2016) nous intéresse aussi car elle semble jouer un rôle important dans la remise en cause des normes occidentales qui considèrent qu’un projet de transformation politique ne peut prendre place que dans le cadre d’un débat « rationnel ».

  • Titre traduit

    The semiotics of student protests in South Africa


  • Résumé

    This study focuses on the linguistic strategies of the South African student movement demanding “free, decolonised education” that started in 2015 and has gained a new momentum in September 2016. We use a combination of interviews, social media data and ethnographic observation to analyse the way students seek agency as they try to find their own voice in the “new South Africa”. In accordance with the Linguistic citizenship framework (Stroud, CMDR, 2015), our goal is to describe the way in which the students constitute themselves as political actors through specific semiotic means including the performance of songs from the struggle era or the coining of new hashtags on social media platforms. Of particular interest is the idea of utopia that can be understood as an evocation of “a better way of living that is foreshadowed in the present (and past) but as yet unrealized”(2015:27), and which is explored by students as they “ reconfigure language through the creation of new meanings, the repurposing of genres and the transformation of repertoires" (2015:27). This reconfiguration of language seeks to challenge old conceptualisations of identity, social roles and “proper” ways of communicating, that can be reflected in the way the media or the universities communicate. The notion of affect (Milani, 2016) will also be explored as it seems to play an important role in students’ questioning of Western norms that situate rational debate as the exclusive means of political transformation.