Friends, foes and fools : les « relations spéciales » entre le Royaume-Uni, les Etats-Unis et l’Iran à l’épreuve de la Révolution islamique (années 1970-1980)

par Sylvain Gaillaud

Projet de thèse en Histoire moderne et contemporaine

Sous la direction de Hélène Harter et de Sébastien-Yves Laurent.

Thèses en préparation à Rennes 2 , dans le cadre de École doctorale Sciences humaines et sociales (Rennes) depuis le 01-10-2015 .


  • Résumé

    La deuxième moitié du XXe siècle apparaît comme une période de redéfinition de la place du Royaume-Uni dans le monde, à l’époque où, selon le mot de Dean Acheson, Londres « a perdu un empire mais n’a pas encore trouvé de rôle ». La résurrection de l’idée de « famille anglo-saxonne », instrumentalisée par les impérialistes de l’ère victorienne, se traduit par la conception politique d’une « relation spéciale » qui unirait les intérêts de Londres et de Washington. Depuis le xixe siècle, la Perse impériale était une étape stratégique sur la route des Indes ménagée par la Couronne britannique. Un siècle après le « Grand jeu », dans un contexte de Guerre froide, elle devient l’un des piliers de la stratégie d’endiguement élaborée par les Etats-Unis face à l’Union soviétique du fait de sa position géographique et de ses ressources énergétiques. En 1953, le soutien apporté par les services de renseignement britanniques et américains au shah conduit à un renforcement du pouvoir impérial et nourrit la méfiance de la société iranienne pour les ingérences occidentales. Cependant, il est peu décisif et témoigne de la faible efficience de l’interventionnisme américain et britannique en Iran, qui pèse jusqu’à la Révolution islamique de la fin des années 1970. Les documents gouvernementaux montrent de plus entre Londres et Washington la force des divergences de vision sur la forme et le fond de cette ingérence. A rebours de la rhétorique nationaliste iranienne, la politique américaine et britannique en Iran apparaît comme un levier pertinent de déconstruction de l’idée de « relation spéciale ». L’étude du dialogue entre les « iraniens » et les décideurs américains et britanniques permet de cerner les formes de convergences, connivences et concurrences dans les stratégies de politique étrangère à Londres et à Washington. Elle conduit à mesurer parmi les décideurs et les experts les différences de vision, de part et d’autre de l’Atlantique, d’une Perse impériale devenue République islamique. De la chute du shah à la succession de l’ayatollah, les « relations spéciales » entre le Royaume-Uni, les Etats-Unis et l’Iran témoignent donc des incohérences plus que de l’efficience de la « tradition anglo-saxonne » en politique étrangère.


  • Résumé

    During the second half of the 20th century, the United Kingdom faced a challenge that asked for a review of its place in the world. As Dean Acheson put it, London had “lost an empire but not yet found a role.” Hence the renewal of the idea of “Anglo-Saxon family,” born in the Victorian imperialist rhetoric, that fed the political concept of “special relationship” supposedly uniting American and British interests in the world. Imperial Persia had been a strategic point of the British Empire to protect the passage to India ever since the 19th century. A century after the “Great Game”, in a Cold War context, the geographical position of Persia and its oil resources made it a pillar of the United States containment against the Soviet Union. In 1953, the British and American intelligence services helped the shah to reinforce his power, and therefore nourished the Iranian defiance of foreign interventions in the country. However, the part played by the MI6 and the CIA was not that decisive, and neither American and British interference in Iranian politics was until the Islamic Revolution of the late 1970s. Recently declassified governmental documents even shows that the British and American foreign policymakers did not subscribe with each other’s vision of their relationship with Persia in every way. Against Iranian nationalistic rhetoric, American and British policy toward Iran constitute a pertinent research field to reassess the validity the so-called “special relationship”. The regular talks between the American and British experts and foreign policy makers dealing with Iran prove that the United States and the United Kingdom foreign policy strategy was made of convergence, connivance and concurrence. They show growing differences in the American and British vision of the Persian empire, then Islamic Republic. From the fall of the shah to the succession to the ayatollah, the “special relationships” between the United Kingdom, the United States and Iran show that the so-called “Anglo-Saxon tradition” in foreign affairs is made of much more incoherence than efficiency.