De la science des allusions spirituelles (ʿIlm al-ishāra) : formation et développement d’une tradition herméneutique soufie

par Faezeh Bekhnaveh

Projet de thèse en Littératures et civilisations/Religions, Histoire de la pensée

Sous la direction de Leïli Anvar-Chenderoff et de Leïli Anvar-Chenderoff.

Thèses en préparation à Paris, INALCO , dans le cadre de École doctorale Langues, littératures et sociétés du monde (Paris) depuis le 01-10-2015 .


  • Résumé

    Dans les études contemporaines de la littérature soufie, en particulier celles d’expression persane, le mot ishāra (pers. eshārat) est généralement compris dans le sens d’un lexique allusif — connu spécifiquement par certains de ses emprunts à la poésie bachique et érotique préislamique et la poésie amoureuse des débuts de l’islam— ayant formé un genre littéraire important au sein de la poésie soufie classique. Cette poésie remontant au 8e-9e siècle et principalement axée sur l’amour spirituel, s’est développée, en persan et en arabe, portée par l’émergence puis la diffusion de la doctrine de la « Religion d’amour » (madhhab-i ʿishq) prônée dans tout le territoire musulman par des figures dont les plus influentes sont Aḥmad al-Ghazālī (m. 1126) et Ibn al-ʿArabī (m. 1240). L’emploi de ce lexique a suscité de nombreux débats quant à son emploi et à ses finalités, en particulier lorsqu’elle se réfère au Réel divin (Ḥaqq), débats qui datent de l’époque de la formation du soufisme et qui continuent jusqu’à nos jours. En s’appuyant sur la philologie du mot ishāra comme terme et comme notion, et à travers un choix de textes en persan et en arabe, cette étude propose une lecture intertextuelle et herméneutique des mentions d’ishāra dans le contexte classique du soufisme, du 10ᵉ au 15ᵉ siècles. Elle tente de montrer tout d’abord que cantonner le mot ishāra au lexique allusif est très réducteur. Ishāra, terme polysémique, doté de multiples fonctions et interprété de manières variées, est une notion difficile à définir et à traduire par un seul équivalent. Ishāra — signifiant dans son acception primitive signe, geste — se caractérise notamment, à un premier niveau, comme un système de communication basé sur l’inspiration entre Dieu et Ses élus, également entre les amis de Dieu (awliyā’), les maîtres soufis et les disciples qui y sont initiés. Ishāra se caractérise aussi comme un système de pensée, une vision spirituelle du monde qui tisse des rapports fondamentaux avec le niveau imaginal de l’Être. À un autre plan, et s’agissant des enseignements soufis dispensés par la poésie, ishāra se caractérise comme l’ensemble d’un système langagier scellé, offrant une double lecture, superficielle, littérale ou exotérique (ẓāhirī) et profonde, herméneutique ou ésotérique (bāṭinī). C’est dans cet ensemble qu’ishāra forme une science (ʿilm) à laquelle n’ont accès que les initiés et les cheminants dans la Voie soufie auxquels cette science a été transmise au moyen des enseignements des maîtres ou directement par inspiration divine appréhendée au moyen du dhawq (faculté intérieure de ‘connaissance gustative’). Cette science, qui a pour objet la connaissance du Réel divin (Ḥaqq), propose ses propres moyens d’expression et ses propres méthodes expérimentales que cette thèse se donne pour tâche d’explorer.

  • Titre traduit

    On the Science of Spiritual Allusions (ʿIlm al-ishāra) : formation and development of a Sufi hermeneutic tradition


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