Quand les formes des systèmes productifs industriels façonnent les qualités du développement local dans un pays émergent. : le cas de l’industrie du meuble au nord de Java-Centre (Indonésie) de 1985 à nos jours.

par Julien Birgi

Projet de thèse en Géographie humaine et économique

Sous la direction de Manuelle Franck.

Thèses en préparation à Paris, INALCO , dans le cadre de École doctorale Langues, littératures et sociétés du monde (Paris) depuis le 01-10-2015 .


  • Résumé

    Dans le contexte d’une tendance de fond à l’intégration économique régionale que n’ont pas dans les faits contrariés les récentes crises politiques, sanitaire et écologiques mondiales, l’Indonésie prévoit d’accueillir dans les années à venir un flux toujours croissant d’investissements directs étrangers, notamment dans le secteur manufacturier. Cet apport exogène est sensé accélérer le développement des régions dotées des infrastructures adéquates, parmi lesquelles le littoral nord de Java, posant la question de la manière dont ces territoires réagiront à cette donne. Ces perspectives s’inscrivent dans la continuité du processus d’insertion dans la nouvelle division internationale du travail (NDIT) à l’œuvre depuis le milieu des années 1980. De ce point de vue, les transformations de la région au cours des trois dernières décennies constituent un terrain privilégié pour observer comment ces territoires ont réagi et interagi avec une industrialisation rapide. Pour observer les dynamiques à l’œuvre, nous avons retenu un secteur d’activités obéissant à des processus de production relativement simples. La fabrication de meubles en bois est une activité mondialisée et intensive en main d’œuvre qui joue un rôle économique important dans le centre de Java, où elle revêt une diversité de formes productives. En effet, aux côtés des usines implantées dans les zones industrielles de la capitale provinciale Semarang, coexistent des « usines de poche » disséminées dans sa grande périphérie, mais aussi une impressionnante concentration d’artisans dans la petite ville de Jepara, à 100 Km de là. Chacune de ces formes s’est développée de manière particulière en interagissant avec le territoire et les structures sociales locales, générant ainsi des systèmes productifs contrastés qui se concurrencent, collaborent et coexistent de manière spectaculaire. Seule une approche systémique est à même de rendre compte de la genèse et des dynamiques de développement et d’entropie à l’œuvre dans chacun de ces appareils productifs. Nous l’avons organisée autour des structures économiques (les entreprises de meubles), sociales (les acteurs de ce secteur, entrepreneurs, travailleurs et communautés riveraines) et spatiales (les territoires d’implantation) et de leurs interactions. Cette méthodologie nous a permis de révéler des vertus dont les modèles économiques fordistes ou des clusters fondés sur le critère de la productivité peinent à rendre compte, autour des notions de territorialité des retombées, de capacité à persister des dynamiques de développement et d’adaptabilité aux chocs et aux opportunités externes. Le concept de respect des échelles territoriales qui les sous-tend ouvre des perspectives alternatives à des formes d’industrialisation souvent coûteuses sur le plan social et environnemental.

  • Titre traduit

    How the morphology of industrial productive systems determine the quality of local development in an emerging country. : the case of the furniture industry in the North of Central-Java (Indonesia) since 1985.


  • Résumé

    In a context of ever-growing regional economic integration, Indonesia – one of the countries with the lowest labour costs in Asia – is expected to receive rising amounts of Foreign Direct Investment (FDI), especially in the manufacturing sector. This outward economic growth is supposed to foster the development of the regions provided with the appropriate logistics facilities, including the Northern coastal cities of Java, which questions how these territories will anticipate and manage this new deal. These prospects may appear as the continuation of the enrollment of Indonesia and Java in the New International Division of Labor (NIDL) since the mid-1980s. In this respect, the past three decades can be considered as a privileged laboratory to observe how the region of Java, and especially its coastal cities, have reacted to fast outward industrialization. A focus on a particular sector with a simple value chain offers a readable picture of economic, spatial, and social changes that have taken place. The wood furniture industry is a basic labour-intensive activity that plays a significant economic role in Central Java, with a diversity of productive forms. Indeed, besides the large factories settled in the industrial estates of the provincial capital city of Semarang, a number of “pocket factories” scattered in the periphery as well as an impressive concentration of household furniture makers in the neighbouring town of Jepara all supply the global market. Each of these particular form has developed together with spatial and social structures in a particular manner, thus generating contrasting productive socio-urban systems, which compete, collaborate, and coexist in a spectacular manner. Only a systemic approach could give a broad but comprehensive view of the genesis and outcome of each of these systems. Thus, we have identified economic (the furniture-making firms), social (the people enrolled in the furniture industry), and spatial (the places accommodating furniture firms and people) structures attached to each of these cases, before analyzing their interactions. This methodology has allowed us to find out hidden virtues of resilience and sustainability for certain forms of activity that are often discarded for being less performant according to pure and often short-term economic indicators. The comparison with well-known models of Fordist factories and Industrial districts helps identify drivers specific to the Javanese context, but also replicable factors of success for possible “softer ways of development” offering alternatives to high-environmental and social cost industrialization.