"A barren rock", Une histoire environnementale des paysages de la colonisation britannique de Hong Kong, 1794-1898

par Maxime Decaudin

Projet de thèse en Histoire

Sous la direction de Hervé Brunon.

Thèses en préparation à Sorbonne université , dans le cadre de École doctorale Histoire de l’art et archéologie (1992-.... ; Paris) , en partenariat avec C. A. Chastel (equipe de recherche) depuis le 19-11-2015 .


  • Résumé

    S’inscrivant à la fois dans la polémique contemporaine concernant la préservation du paysage et de l’identité locale de Hong Kong, et plus globalement dans le développement des théories du paysage et dans le domaine en pleine émergence des humanités environnementales , ce projet de recherche se propose d’examiner les rapports entre les discours concernant l’environnement et ce dernier à travers l’étude historique des transformations du territoire de Hong Kong. Comprenant le paysage comme la résultante de pratiques humaines gouvernées par l’idée qu’une communauté se fait de son environnement, la thèse vise à étudier les changements à la fois physiques et discursifs, et à tester certains modèles théoriques contemporains du paysage sur le cas spécifique de Hong Kong. Un cas pertinent à la fois par son état de développement avancé (conditions du paysage moderne ou postmoderne) et la diversité culturelle des communautés qui l’habitent, situation encore inexplorée. Cette recherche se base alors sur l’idée que le paysage est le résultat d’une pratique humaine gouvernée par des discours sur les paysages ou plus généralement sur l’environnement dans des contextes particuliers. Ce projet de recherche se propose d’examiner les rapports entre discours et environnements à travers l‘étude historique du cas particulier de Hong Kong. Ce territoire restreint, à l’histoire relativement courte, présente deux intérêts majeurs : d’une part la condition de modernité (ou postmodernité) avancée du développement de la ville permet l’observation et l’étude du paysage de type III de Jackson dans une contexte asiatique ; d’autre part, l’aspect multiculturel de la société coloniale provoque une négociation constante entre les différentes communautés et leurs discours sur l’environnement, faisant de Hong Kong un cas d’étude unique pour la théorie du paysage. Ce projet, dont l’objectif est de comprendre l’histoire des paysages à Hong Kong à travers l’étude des changements de discours concernant l’environnement, propose une méthode de recherche en deux volets. Il s’agira tout d’abord de mieux situer diachroniquement Hong Kong dans le contexte des différentes périodes historiques qui se sont succédées depuis l’époque précoloniale (état des lieux avant 1841) jusqu’à nos jours. Une approche comparative sera utilisée grâce une série de cas d’étude internationaux sélectionnés en fonction de chaque époque et caractéristiques du paysage de Hong Kong. A titre d’exemple, des zones rurales côtières de la province de Canton seront utilisées pour la période précoloniale ; d’autres colonies britanniques en Asie ou ailleurs sous les tropiques serviront à mieux comprendre les similitudes et les différences avec Hong Kong jusqu’en 1945 ; puis des villes-États (ou autres territoires à forte autonomie) en Asie et en Europe, tels que Singapour ou Monaco permettront de comparer les processus de décolonisation et de désindustrialisation de territoires similaires pour la période allant de la Deuxième Guerre mondiale à nos jours. Ensuite, dans le but de révéler les liens entre l’environnement lui-même et la société hongkongaise à travers l’histoire de la colonie, une sélection de cas d’études locaux, tels que des villages, des terres agricoles, des jardins et des parcs, qu’ils soient privés ou publics, des infrastructures ou encore des portions urbaines, serviront de fil conducteur pour rendre compte du réseau de discours au sujet de leur apparition ou de leurs modifications, et pour comprendre ainsi les relations entre les débats concernant l’environnement (la nature, la technique, le rôle du territoire ou encore son esthétique) et les transformations de ce dernier. Répondant à la métaphore de Corboz, le paysage en tant que palimpseste, mais surtout appliquant celle de Marot, cette enquête historique se propose de naviguer dans l’hypertexte de chaque cas d’études : véritable réseau de discours, personnages historiques, lieux et éléments paysagers (végétation, eau, infrastructures, etc.). De plus, pour ne pas trahir la penser de Berque, une attention particulière sera appor


  • Résumé

    Tée au processus de modification des cas d’études et à l’influence des discours qui en sont responsables plutôt qu’au résultat physique de ces portions de territoires. Enfin, cette thèse s’orientera vers un double horizon théorique. Elle visera, d’une part, à tester certains des principaux modèles conceptuels du paysage, relevant des cinq types d’approches précédemment distingués, à partir de l’étude d’un cas complexe, où se combinent les deux principales cultures paysagères, européenne et chinoise. On pourrait simplement penser que la première s’est initialement projetée sur un territoire conquis au moyen de dynamiques de pouvoir typiques des contextes coloniaux, dont les répercussions paysagères ont été bien mises en évidence dans l’exemple des Antilles , et soumis à des processus tant massifs qu’accélérés de transformation dus aux pressions qu’ont fait subir sur les milieux et les ressources naturels deux formes d’impérialisme, celui de la Chine ancienne et de l’Europe colonialiste . Cependant, il apparaît d’emblée réducteur de ne prendre en compte qu’une telle importation du modèle occidental imposé aux populations et aux environnements colonisés. On souhaite, au contraire et selon l’idée avancée par Robert Peckham , montrer que le paysage de Hong Kong est plutôt le résultat d’une négociation entre deux cultures au rapport inégal, chacune porteuse de certaines idées de nature et de visions de l’environnement. Cette recherche ambitionne, d’autre part, d’interroger la notion de nature dans un contexte hybride, dans lequel le « naturalisme » de l’Occident moderne s’est surimposé à un cadre relevant au contraire d’une culture n’ayant pas pensé la « nature » comme domaine doté d’une autonomie, et caractérisée par une ontologie analogiste, selon la terminologie de l’anthropologue Philippe Descola . Elle entend par là-même contribuer à l’essor actuel des humanités environnementales, en reprenant certains de leurs acquis méthodologiques : dépasser l’anthropocentrisme au profit d’une anthropologie « symétrique » des relations entre humains et non-humains ; repenser la crise écologique planétaire grâce à un examen critique des récits de la modernité, dans la lignée notamment des travaux de Bruno Latour .