Regard croisé sur les représentations de « famille » et « mariage » chez trois groupes d’hispanophones originaires de diverses communautés culturelles.

par Oscar TORRES RUBIANO

Projet de thèse en Sciences du langage et sociologie

Sous la direction de Nathalie Garric.

Thèses en préparation à Nantes , dans le cadre de ALL - Arts, Lettres et Langues (Nantes) depuis le 01-09-2014 .


  • Résumé

    Cette recherche s'inscrira dans la compréhension des représentations socioculturelles (véhiculées et construites par les discours) et des valeurs axiologiques mobilisées autour des entités lexicales « mariage », « famille » et « état » chez des individus parlant la même langue, (l’espagnol), mais appartenant à des horizons culturels variés, notamment ethnoculturels. (Dans notre recherche, les origines culturelles seront déterminées par la nationalité des participants (Voir Hofstede, 2010). L’intérêt de cette étude provient de l’idée, largement répandue, qu’en Amérique Hispanique la compréhension entre peuples serait plus aisée grâce au partage d’une même langue et de certains traits socioculturels, (Canclini, 2002). L’idée d’unité culturelle, fondée sur des faits historiques tels que la colonisation espagnole ou le métissage, est toujours évoquée dans les discours d’intégration régionale sud-américains. Notre but analytique nous permettra d’établir si cette prétendue unité se manifeste aussi dans les discours de locuteurs hispanophones qui s’expriment sur des notions essentielles pour l’organisation de toute société. Nous viserons à déterminer si parler une langue commune se traduit forcement par le partage et la mobilisation, dans le discours, de représentations et de valeurs axiologiques semblables chez les locuteurs d’une même langue, mais qui possèdent des origines culturelles bien distinctes. Ainsi, il sera possible d’établir si la différence ou la ressemblance dans la représentation et l’activation des valeurs axiologiques, concernant les entités lexicales d’étude, se fonde sur l’appartenance à un groupe culturel spécifique ou si, au contraire, partager une langue se manifeste par un socle de représentations et de valeurs communes dans les discours ou si, enfin, ce partage dans la diversité ethnoculturelle solidifie des valeurs particulières relevant d'une communauté transculturelle singulière hispanophone. Cette étude portera donc sur la spécificité des discours tenus sur la « famille », le « mariage » et l’ «état ». Notre approche sera linguistique puisqu’elle reposera sur l’analyse du discours tout en privilégiant un cadre théorique qui s’appuie sur les théories de la sémantique argumentative et notamment sur la Sémantique des Possibles Argumentatifs (développée par Galatanu depuis 1999). Cette démarche permettra de mettre en relation les théories linguistiques et l’analyse du discours et par conséquent de les interroger sur le même objet d’étude. La théorie de la Sémantique de Possibles Argumentatifs (SPA) propose un modèle de construction de la signification lexicale à partir de la description de la signification des mots en termes de Noyau, Stéréotypes et Possibles Argumentatifs ; ces éléments se situent au niveau de l’argumentation interne. Les Déploiements Argumentatifs, qui sont des séquences argumentatives réalisées par les occurrences discursives, se situant au niveau de l’argumentation externe (GALATANU, 2007). Notre objectif sera ainsi de déterminer les différences et les convergences sur la construction discursive des notions de «mariage», « famille » et « état » par le biais de différents mécanismes langagiers mobilisés dans les textes, les valeurs axiologiques et les stéréotypes mobilisés par trois groupes de locuteurs hispanophones (Argentins, Colombiens et Mexicains). Notre problématique soulève une question principale: Comment la construction de la réalité se manifeste dans le discours lorsque des locuteurs hispanophones, de diverses origines ethnoculturelles, s’expriment sur les notions de « famille », « mariage » et « état » ? Nous pouvons formuler deux hypothèses. La première se fonde sur les résultats des études comparatives, menées au sein du laboratoire CoDiRe, portant sur les langues en contact. Nous nous attendons à ce que les groupes de participants hispanophones partagent une description de la signification lexicale des mots d’étude (argumentation interne), grâce à la contagion du système de croyances par le public visé et ensuite une forte empreinte de l’arrière culturel, particulier à chaque groupe, qui se manifeste dans les déploiements argumentatifs des participants (argumentation externe). La seconde hypothèse se fonde sur le fait qu’en Amérique Hispanique on partage une même langue et certains traits socioculturels et historiques, ainsi nous présumons que les locuteurs hispanophones vont manifester une très forte unité concernant la représentation discursive et l’activation de valeurs axiologiques autour des entités lexicales d’étude (argumentation externe), mais avec la présence des quelques discours divergents face à l’apparente unité culturelle. Cette recherche se fonde sur l'analyse des faits socioculturels par l'intermédiaire de leurs discours, spécifiquement les représentations autour de trois institutions (le mariage, la famille et l’état) qui ont souffert d’un bouleversement pendant les 50 dernières années, et qui témoignent d’une rupture avec l’épistème de la modernité. De notre choix théorique découle notre proposition méthodologique et la composition du corpus d’étude. Cette recherche se composera ainsi d’un corpus lexicographique qui servira à décrire le Noyau, les Stéréotypes et les Possibles Argumentatifs des mots « famille », « mariage » et « état » en espagnol. Celui-ci sera enrichi par l’analyse des articles de presse, de chaque pays, portant sur les trois notions d’études pendant 2013. L’objectif sera de proposer une potentielle redéfinition actualisée des termes et d’observer leur cinétisme dans le discours. Une autre partie du corpus sera composée de données recueillies à l’aide d’une enquête relevant du protocole de recherche de la Sémantique des Possibles Argumentatifs. Elle a pour but de faire apparaître les représentations que les groupes définis ont de chacun des mots d’étude, nous la ferons passer auprès de 150 étudiants universitaires : Argentins (50 étudiants), Colombiens (50) et Mexicains (50). Nous comparerons la représentation de la signification lexicale (corpus dictionnairique et corpus presse) avec la reconstruction de la signification fournie par chaque groupe d’hispanophones. Finalement, nous procéderons à une analyse comparative des données fournies par les participants, concernant la différence dans l’activation de valeurs axiologiques, par le biais du croisement des valeurs et des formes modales ainsi que par l’analyse linguistique de la représentation discursive de ces entités au sein des différents corpus de discours. Cette recherche proposera des avancées dans le terrain méthodologique de la SPA dans la mesure où l’étude de la description de la signification des entités lexicales passera par le croisement des discours lexicographiques avec des discours authentiques qui thématisent les notions d’étude (dans notre cas articles de presse). Ceci nous conduira à la proposition de nouveaux protocoles pour la collecte et l’analyse des données. Nous partirons de la proposition méthodologique de Garric (2012), concernant le traitement des données hétérogènes, afin de permettre la configuration d’un corpus représentatif et herméneutique tant par sa structuration que par les modalités analytiques qu’il offre. Cette étude se prétend novatrice car nous cherchons à mesurer quantitativement et à décrire qualitativement la distance-proximité culturelle entre diverses communautés qui parlent une même langue et par le biais de trois termes qui portent sur des valeurs sociales très mobiles. Cette recherche vise à établir quelles sont les zones modales qui rapprochent ou éloignent des groupes culturels parlant une même langue, tout comme le cinétisme de nos entités lexicales d’étude qui porte sur des termes qui ont subi des grands bouleversements. Elle se veut une contribution à la compréhension de questionnements, omniprésente en Sciences Humaines et Sociales, soulevés par la cohabitation ethnoculturelle au sein d'un espace communautaire linguistique homogène au moins en apparence.


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