Gouverner aux Indes à l'époque de la conquista. La carrière américaine d'un grand juriste : Juan de Salmeron

par Eric Echivard

Projet de thèse en Lettres et Sciences Humaines - SHS

Sous la direction de Bernard Grunberg.

Thèses en préparation à Reims , dans le cadre de Ecole Doctorale Sciences de l'Homme et de la Société , en partenariat avec (HABITER) Espace Politique et aménagement (laboratoire) depuis le 02-11-2015 .


  • Résumé

    Gouverner aux Indes à l'époque de la conquista. La carrière américaine d'un grand juriste : Juan de Salmerón. Après avoir laissé l'administration des Indes, dans les premiers temps, à Juan Rodríguez de Fonseca, évêque de Burgos, la monarchie espagnole, tente de reprendre en main le gouvernement des territoires conquis ou en voie de l'être. Mais, confrontée à leur éloignement, à des conditions géographiques et climatiques quasiment dissemblables de celles existantes en métropole et à une population indigène aux antipodes du standard européen, la puissance colonisatrice est obligée de s'adapter en se fondant sur ses précédentes colonisations (les Canaries) et sur l'expérience acquise au fur et à mesure, sur place. Pour parvenir à gérer ces nouveaux territoires, le souverain espagnol doit s'appuyer sur des relais fiables : des hommes tout dévoués et compétents alors qu'en Amérique, les intérêts particuliers, tout spécialement ceux des grands conquérants, prennent le pas sur ceux de la Couronne. Face à cette situation, il devient alors nécessaire de mettre en place une administration digne de confiance et entièrement dévouée au souverain. La figure de Juan de Salmerón s'inscrit totalement dans cette volonté de contrôle du gouvernement des territoires outremer, voulue par la monarchie. J. de Salmerón, a d'abord été juge et a montré un soutien indéfectible au Roi d'Espagne, lors de l'épisode des Comuneros de Castille. Puis, son envie de servir aux Indes et ses compétences lui ont valu d'être nommé alcalde mayor en Terre-Ferme, en 1525. Cette première expérience, qui l'a mis en contact avec des personnages comme Pedrarias Dávila, Diego de Almagro ou le gouverneur Pedro de los Ríos, l'a aussi placé face à une réalité locale corrompue. En 1529, J. de Salmerón rentre en Espagne pour expliquer la situation rencontrée. Son action dans le Nouveau Monde lui vaut alors d'être nommé (1530), membre de la Seconde Audience de Nouvelle-Espagne, nouvellement créée pour stabiliser et assainir le territoire. Il entreprend alors de fonder Puebla de los Angeles, une ville qui lui permet de mettre en œuvre ses idées sur la manière de peupler les colonies. Il revient dans la péninsule en 1534, non sans avoir connu, sur place, quelques heurts avec les conquistadores, les encomenderos et surtout, le Cabildo de Mexico et Hernán Cortés. Son expérience américaine et sa qualité de juriste font désormais de lui un consultant tout désigné au moment où la Couronne s'apprête à réformer sa manière de diriger les Indes, en 1542. Il prend une part active dans l'élaboration des Nouvelles Lois, puis en 1543, il est nommé auditeur du Conseil des Indes, organe suprême, après le roi, en matière d'affaires indiennes. Il occupe ce poste jusqu'en 1548. Ce projet de thèse nous immerge dans un monde en construction, où les lignes directives en matière de gouvernement et d'administration des colonies fluctuent et sont interprétées différemment selon les personnes. Il s'agit de la fameuse "navigation à vue", maintes fois évoquée par les historiens. Notre dessein est de nous focaliser sur un des acteurs les plus importants de cette "navigation à vue", peu mis en valeur par l'historiographie américaine et qui pourtant, à notre sens, mérite qu'on s'y attarde. Juan de Salmerón est, au sein du Conseil des Indes, un des premiers avec Sebastián Ramírez de Fuenleal, à avoir suivi un cursus presque intégralement outre-Atlantique. Cela semble montrer que la Couronne a souhaité s'entourer de spécialistes et ainsi, s'adapter à ce nouvel environnement. Le succès de la fondation de Puebla de los Angeles au Mexique montre que l'œuvre Juan de Salmerón a été durable. Mais pour autant, le modèle voulu par cet homme a-t-il été une norme ou n'a-t-il été qu'une expérience unique, voire théorique ? La rencontre et, assez souvent, la confrontation de ce juriste face aux grands conquérants de ce premier XVIe siècle, ne sont-elles pas la résultante d'une politique ambiguë de la part du pouvoir royal ? Quel a été le rôle exact de Juan de Salmerón dans la gestation des Nouvelles Lois, face à des figures comme Bartolomé de las Casas ou Jacobo de Testera ? Autant de questions au cœur de cette administration américaine. Mais à côté des réalisations, il ne faut pas négliger l'homme. Qui est-il, d'où vient-il, avait-il des prédispositions pour suivre une telle carrière ? Juan de Salmerón, très souvent classé comme un humaniste, en est-il vraiment un ou est-il le pur produit d'une réalité tout autre ? A-t-il, comme beaucoup d'autres à cette époque-là, profité de sa situation et fondé une dynastie ? Ce personnage, très souvent dans l'ombre, reste encore aujourd'hui un grand méconnu. Notre travail tentera de mettre en lumière cet homme qui fut un grand précurseur et qui eut un rôle des plus importants sur les affaires indiennes à l'époque de la conquête de l'Amérique.

  • Titre traduit

    Ruling in the Indies at the time of the Conquista. The american career of a great jurist : Juan de Salmeron


  • Résumé

    Ruling in the Indies at the time of the Conquista. The american career of a great jurist : Juan de Salmeron Having left, at the beginning, the administration of India to Juan Rodríguez de Fonseca, bishop of Burgos, the Spanish monarchy tried to regain control of the government of the conquered territories or in the process of being. But, facing up with their remoteness, with almost dissimilar geographical and climatic conditions of those existing in mainland Spain and with a native population in complete opposite of the European standard, the colonizing power was forced to adapt, based both on its previous colonizations (the Canary Islands) and on the gradually acquired experience, on site. To manage these new territories, the Spanish sovereign had to lean on reliable representatives: dedicated and competent men while in America, the individual interests, particularly those of the great conquerors, were squeezing out those of the Crown. In response to this situation, it was then necessary to establish an administration, trustworthy and quite devoted to the sovereign. The figure of Juan de Salmerón was in complete accord with this will of control of the overseas territories government, wanted by the monarchy. J. de Salmerón, was at first a judge, and showed an unwevaring support to the King of Spain, during the episode of the Comuneros of Castile. Then, his desire to serve in the Indies and his skills, led to his appointment as alcalde mayor in Terra Firma, in 1525. This early experience, which connected him with figures such as Pedrarias Dávila, Diego de Almagro or the governor Pedro de los Ríos, also placed him in the face of a corrupt local reality. In 1529, J. de Salmerón came back to Spain to explain the encountered situation. His action in the New World earned him his appointment (1530) as a member of the Second Audiencia of New Spain, recently created to stabilize and reorganize the territory. Then, he undertook to found Puebla de los Angeles, a city which allowed him to implement his ideas on the way of populating colonies. He returned in the peninsula in 1534, not without having known, on-the-spot, some clashes with conquistadores, encomenderos and especially, the Cabildo of Mexico City and Hernán Cortés. His American experience and his jurist's quality, made him from now on a quite designated consultant as the Crown was about to reform its leadership in the Indies, in 1542. He was deeply involved in the elaboration of the New Laws, and finally, in 1543, he was appointed auditor of the Council of the Indies, supreme body, after the king, for Indian affairs. He held that position until 1548. This thesis project immerses us in a world under construction, where guidelines as regards the government and the administration of the colonies, fluctuate and are interpreted differently according to people. This is the famous expression "charting a rudderless course", repeatedly evoked by the historians. We wish to focus on one of the most important actors of this " rudderless course ", under-emphasized by the American historiography and nonetheless, in our view, merits attention. Within the Council of the Indies, Juan de Salmerón was among the first, with Sebastián Ramírez de Fuenleal, to have followed a career path almost entirely across the Atlantic. It seems to show that the Crown wished to be assisted by specialists and so, to adapt to this new environment. The success of the founding of Puebla de los Angeles, Mexico, attests that Juan de Salmerón's work has been long-lasting. But however, did the model wanted by this man, become a standard or did it remain as a unique, even theoretical experiment ? The meeting and, rather frequently, the confrontation of this jurist against the great conquerors of this first XVIth century, were they the resultant of an ambiguous politics on the part of the royal power ? What was the exact role of Juan de Salmerón in the gestation of the New Laws towards figures like Bartolomé de las Casas or Jacobo de Testera? So many questions at the heart of this American administration. But alongside the realizations, the man should not be overlooked. Who was he, where did he come from, did he seem to be predisposed to pursue such a career ? Juan de Salmerón, very often classified as a humanist, was really one of them or was he the pure product of a completely different reality? Did he take advantage of his situation, like many others at that time, and did he found a dynasty? This person, very often in the shade, has remained even today a great unrecognized. Our work will try to highlight this man who was a great precursor and who had a major role in Indian affairs at the time of the conquest of America.