Etude du procès de travail dans les start-up de biotechnologies

par Victoria Clement (Clément)

Projet de thèse en Sociologie, démographie

Sous la direction de Daniel Bachet et de Philippe Brunet.

Thèses en préparation à Paris Saclay , dans le cadre de Sciences de l'Homme et de la Société , en partenariat avec Centre Pierre Naville (laboratoire) et de université d'Evry-Val-d'Essonne (établissement de préparation de la thèse) depuis le 01-10-2015 .


  • Résumé

    La science tient une place prépondérante dans la production de nos sociétés. Elle est devenue un moyen d'appropriation du monde. Elle se représente comme « force productive » permettant d'engager des processus de transformation (Stehr, 2000). Cette finalité trouve ses possibilités de réalisation dans les politiques de la science en France depuis la fin des années quatre-vingt-dix. Ainsi, le rapport Guillaume (1998) , a inspiré la loi sur l'innovation de 1999. Elle ambitionnait de favoriser la valorisation des innovations en encourageant la participation des chercheurs académiques dans la valorisation économique de leur production en créant des start-up (Gingras, Malissard et Gemme, 2003). Des travaux ont montré les effets de ce phénomène sur les comportements, transformant la figure du chercheur en chercheur-entrepreneur (Gingras, 1995 ; Owen-Smith et Powel, 2004, Lamy et Shinn, 2006). Approfondir la connaissance de cette transformation suppose de focaliser le regard sociologique sur le procès de travail dans les start-up. En tant qu'unités productives porteuses d'innovations relativement instables, elles se font concurrence sur de futurs marchés espérés. Dans ces dernières, les activités de production sont soumises à des régimes hétérogènes à la science. Or, jusque-là, l'analyse de la production scientifique s'est essentiellement centrée sur les activités dans les laboratoires de recherche académique (Latour, 1987). La plupart des études ont édulcoré le concept de travail, limitant leur portée explicative. Par une enquête approfondie seront analysés de manière dynamique et à deux niveaux, les processus d'innovation dans les start up. (1) Tout d'abord, celui des relations entre les différentes institutions publiques (Etat, Université), la finance et l'industrie, qui créent, ou au contraire, interdisent les possibilités de développement de l'entité start-up autour de son ou ses produits. En effet, il s'avère que la dimension socio-économique du développement de la science n'est pas étrangère à la constitution de pôles d'activité scientifique (Leydesdorff et Etzkowitz, 2000). Il apparait donc important de comprendre les liens entre les différentes organisations parties prenantes et leurs influences mutuelles dans le processus de production de la science. (2) Ensuite, celui du procès de travail proprement dit, qui a trait à la mise en œuvre de ce processus. Ainsi, il s'agira de se demander dans quelle mesure le procès de production, au sein des start-up, caractérise-t-il une transformation des activités dans la science. Par exemple, les conditions même de la réussite des start-up présupposent des projections temporelles de réalisation relativement serrées. Dès lors, en quoi cette tension du temps de production dans la science se rapproche-t-elle ou non des tensions observées dans d'autres milieux de travail ? De même, l'organisation du travail est-elle particulière, permettant à la science de s'adapter à la production dans les start-up ? La biologie moléculaire est au centre de ces transformations, montrant des procès de travail à la charnière de la recherche académique et de la recherche préindustrielle (Brunet, 2007 ; Brunet et Dubois, 2012). Afin d'explorer ces questions, une enquête sera réalisée auprès des start-up de biotechnologies du cluster évryen, Génopole. Celle-ci pourra être complétée par une enquête auprès de start-up d'autres domaines de recherche. Cette comparaison permettra d'interroger l'hypothèse selon laquelle l'organisation du travail scientifique est fonction du domaine disciplinaire (Shinn, 1980). L'enquête s'appuiera sur des entretiens, des sources documentaires, des données d'observation et, en fonction des opportunités offertes et de l'intérêt sociologique potentiel, de la sociologie visuelle.

  • Titre traduit

    Study of the labor process in biotechnology start-up


  • Résumé

    Science takes an important place in the production process of our society. It became a way to appropriate the world. Science is a ‘productive strength' to engage the processes of transformation (Stehr, 2000). This finality finds its possibilities of realization thanks to politics of science in France since the end of nineties. Thus, the Guillaume report (1998) , inspired the law of innovation in 1999. This law attempted to help the valorization of innovations by encouraging researchers' participation in economic valorization of their production by the creation of start-up (Gingras, Malissard & Gemme, 2003). Studies shew effects of this phenomenon on behaviors, that transformed the image of researcher as an ‘entrepreneur-researcher' (Gingras, 1995; Owen-Smith & Powel, 2004; Lamy & Shinn, 2006). To improve the knowledge of this transformation lead us to focus our sociological eye on the work processes in the start-up. As relatively instable production units, start-up are in competition on future markets. In those companies, activities of production are subject to heterogeneous production processes to the science. Until now, analyze of scientific production was focused on academic laboratories' activities (Latour, 1987). Most of studies have weakened the concept of work, limiting their explicative significance. With an in-depth survey, start-up's innovation processes will be dynamically analyzed from two levels. (1) The first one is the relation between the different public institutions (The State, The University), the finance and the industry, which create or forbid the development ability of start-up around their product. Indeed, it turns out that the socio-economical development of science isn't out of the constitution of scientific activity poles (Leydesdorff & Etzkowitz, 2000). This is why, it's important to understand the existing links between the different organizations and their mutual influences on the scientific production process. (2) Second level is the process of work itself that is behind the science production process. In this way, the question is : how the production process could, in start-up, characterize a transformation of activities in science. For example, Do conditions of start-up's success depend on short temporal projection ? How the temporal pressures in scientific production are similar to another ones different jobs ? Also, is the work organization specific ? Could we suppose that it is a reason explaining that science has the ability to adapt to the production that in start up ? Molecular biology is at the center of these transformations. This means work processes are both between academic research and pre-industrial research (Brunet, 2007; Brunet & Dubois, 2012). To explore these questions, a study will carry out in Genopole's start-up of biotechnologies. It could be completed with a study on another area of research start-up in others research fields. Through this comparison we could test the assumption that the scientific work organization depends on fields research (Shinn, 1980). The survey will be based on sociologic interviews, documentary sources, observation data and, if we have the opportunity, visual sociology.