La figure de Cyrus le Grand dans la littérature et la philosophie grecques des 5ème et 4ème s. av. J.C.

par Naïma Karabaghli

Projet de thèse en Études grecques et latines

Sous la direction de Philippe Le moigne.

Thèses en préparation à Montpellier 3 , dans le cadre de École doctorale 58, Langues, Littératures, Cultures, Civilisations (Montpellier ; 2015-....) , en partenariat avec CRISES - Centre de Recherches Interdisciplinaires en Sciences Humaines et Sociales (laboratoire) depuis le 01-10-2015 .


  • Résumé

    Fondateur de l'Empire perse au VIe s. avant J.-C., Cyrus le Grand est essentiellement connu par les sources grecques. Pourtant, les textes dans lesquels il apparaît sont loin d'être satisfaisants pour les historiens de la période Achéménide. Chez Eschyle et surtout chez Hérodote au Ve siècle, puis au IVe siècle chez Ctésias, Isocrate, Platon, dans la Cyropédie de Xénophon, et dans de nombreuses œuvres que nous avons perdues, les portraits dressés du souverain sont très différents, voire contradictoires. C'est ainsi que le Cyrus d'Hérodote meurt au combat dans des conditions horribles, quand celui de Ctésias meurt dans son lit des suites de ses blessures et que celui de Xénophon meurt comme un sage de sa belle mort, entouré de ses proches. La critique a longtemps cherché à établir la véracité de telle ou telle version (Hérodote serait ainsi un meilleur historien que Xénophon ; contrairement à l'Enquête, la Cyropédie serait une œuvre de fiction, proche du roman, et non une œuvre historique) ou a expliqué les divergences entre les auteurs grecs par l'usage de sources diverses. Mais les recherches récentes consacrées à ces auteurs soulignent la dimension fictive de chacun de ces récits, dont les enjeux sont proprement grecs. Mais le portrait de Cyrus qui s'en dégage ainsi que l'évolution du personnage au cours des Ve et IVe siècles n'a encore donné lieu à aucune monographie. Tel sera l'objet de notre thèse. Il s'agit en effet bel et bien d'un personnage, dont le caractère et les actions sont d'abord un moyen pour les auteurs de réfléchir d'abord aux rapports entre le monde grec et le monde perse et aux caractères propres d'une identité grecque, mais aussi à la constitution d'un empire et aux éléments caractéristiques de la royauté. Cette réflexion suit aussi les méandres de l'histoire : des guerres médiques au début du Ve siècle, qui voient la victoire des Grecs, et surtout du modèle démocratique athénien, sur les Perses (490-479), à la défaite de la démocratie athénienne et de son empire devant la Ligue du Péloponnèse, aidée par les subsides perses (431-404), puis au IVe siècle, où le modèle des cités grecques est remis en question par l'émergence de la puissance macédonienne et de ses rois, Philippe II, puis son fils Alexandre. Dans un double mouvement d'admiration et de mise à distance critique que permet l'altérité, intellectuels et penseurs grecs des Ve et IVe s. av. J.C. s'efforcent alors de définir la bonne façon de gouverner, en prenant l'exemple du puissant voisin perse, comme paradigme (modèle ou anti-modèle) pour définir la bonne façon de gouverner. C'est ainsi que la figure de Cyrus le Grand, fondateur bienheureux de l'Empire Perse, Père de la Nation, mais également chef dont la toute-puissance est vue comme contraignante et terrifiante, devient la référence obligée de ceux qui cherchent à définir une bonne façon d'exercer l'archè – le pouvoir et l'empire – dans le monde grec. Ouvrant sur le temps historique sans être entièrement coupée du temps mythique (et donc porteuse d'enseignement), son image est convoquée pour définir le modèle du souverain possible et résoudre la question du chef dans la cité dans la réflexion politique en littérature et en philosophie pendant deux siècles. L'avènement d'Alexandre le Grand, dont l'empire comme le nom se superposent à celui de Cyrus, faisant succéder à l'exceptionnelle réussite perse l'exceptionnelle réussite d'un Macédonien se voulant Grec, et concrétisant pour la Grèce, en lieu et place de la démocratique Athènes, le rêve inavoué d'un destin semblable à celui des fondateurs d'Empire, peut être considéré comme un des aboutissements possibles de cette réflexion politique et constitutionnelle qui commence au Ve siècle. À travers notre recherche, nous nous efforcerons de mettre en valeur les processus de fictionnalisation à l'œuvre dans notre corpus, aussi bien que les enjeux littéraires et philosophiques de celle-ci, en replaçant le traitement du personnage de Cyrus dans le cadre de l'histoire des idées et de la constitution des genres à l'époque classique. Nous nous interrogerons notamment sur le statut de la Cyropédie, œuvre originale que l'on classe tantôt dans les monographies historiques, tantôt dans les œuvres philosophiques, tantôt dans les éloges.

  • Titre traduit

    The figure of Cyrus the Great at the 5th and 4th centuries in Greek literature and philosophy.


  • Résumé

    Founder of Persian Empire in VIth century BC, Cyrus the Great is essentially known by the Greek sources. Nevertheless, the texts in which he appears are far from being satisfactory for the historians of Achemenid period . In Aeschylus works and especially in Hérodote's in 5th century, then in the IVth century in Ctesias's, Isocrate's, Platon's, in the Cyropaedia of Xénophon, and in the numerous works which we lost, portraits drawn up of the sovereign are very different, even contradictory. Thus Cyrus Herodotus dies in battle in horrible conditions , when that of Ctesias died in bed of his injuries and that of Xenophon died as a wise natural death , surrounded by his family . Critics have long sought to establish the truth of a particular release ( Herodotus would be a better historian than Xenophon , unlike the Survey , the Cyropaedia would be a work of fiction , close to the novel , not a historical work ) or explained the differences between the Greek authors through the use of various sources. But recent research devoted to these authors emphasize the fictional dimension of each of these stories, whose issues are properly Greek . But Cyrus portrait that emerges and the evolution of the character in the fifth and fourth centuries has not resulted in any monograph. This will be the object of our thesis . It is indeed well and truly a character whose character and actions are primarily a way for authors to reflect first the relationship between the Greek world and the Persian world and the specific characteristics of Greek identity, but also the establishment of an empire and the characteristic elements of royalty. This reflection also follows the meanders of history : the Persian Wars in the early fifth century, which saw the victory of the Greeks, and especially the Athenian democratic model , the Persians ( 490-479 ) , the defeat of the Athenian democracy and its empire before the Peloponnesian League , aided by the Persian subsidies ( 431-404 ) and in the fourth century , where the model of Greek cities is challenged by the emergence of the Macedonian power and its kings, Philippe II and his son Alexander . In a double movement of admiration and making critical distance that allows otherness, intellectual and Greek thinkers of the fifth and fourth century.BC shall attempt to define good government, taking the example of the powerful Persian neighbor, as a paradigm (model or anti-model) to set the right way to govern. Thus the figure of Cyrus the Great, blessed founder of the Persian Empire, Father of the Nation, but also leader whose omnipotence is seen as compelling and terrifying becomes the reference for those seeking to define a good way to exercise the archè - power and empire - in the Greek world. Opening on historical time without being completely cut off from the mythical time (and thus supporting education), his image is convened to define the model of possible sovereign and resolve the question of the chef in the city in political thought in literature and philosophy for two centuries. The advent of Alexander the Great, whose empire as the name superimposed on that of Cyrus, making succeed the Persian outstanding success the exceptional success of a Macedonian thinking himself as a Greek , and concretizing for Greece, instead of democratic Athens, the unspoken dream of a fate similar to that of Empire founders, can be considered one of the possible outcomes of this political and constitutional reflection that begins in the fifth century. Through our research, we will endeavor to showcase the fictionalization process at work in our corpus, as well as literary and philosophical issues of it , placing the treatment of Cyrus 's character in the framework of history of ideas and the formation of genres in the classical period . We pose particular on the status of Cyropaedia , original work which is classified sometimes in the historical monographs , sometimes in the philosophical works , sometimes in praise.