Le protocole scientifique comme processus de création appliqué au cheval. Entre arts et sciences, des espaces hybrides où écrire le vivant.

par Charlene Dray

Thèse de doctorat en ARTS spécialité Etudes théâtrales et spectacle vivant

Sous la direction de Philippe Goudard.

Thèses en préparation à Montpellier 3 , dans le cadre de Langues, Littératures, Cultures, Civilisations , en partenariat avec RIRRA 21 - Représenter / Inventer la Réalité du Romantisme à l'Aube du XXIe siècle (laboratoire) depuis le 01-10-2015 .


  • Résumé

    À l'ère de l'anthropocène, les sciences du vivant et les pratiques artistiques émergentes opèrent un décloisonnement des savoirs et des pratiques nous invitant à reconsidérer la présence des animaux en spectacle. Cette thèse a pour objectif de concevoir un processus de création favorisant l'agentivité du cheval sur scène au travers d'outils et de connaissances à même de donner à voir une nouvelle approche des relations interespèces. L'auteure de cette thèse, scénographe-chercheuse-écuyère et ses deux chevaux de randonnée Listan et Luzio, explorent les modalités de leur espèce de compagnie (Haraway) en la mettant à l'œuvre au cœur du dispositif scénique. Appuyées sur cette pratique de 2008 à 2019 dans le champ professionnel de la performance et du spectacle vivant, 152 expériences ont été réalisées. En se référant à l'histoire de l'art équestre (Hodak- Druel), à l'éthologie (Lorenz), à la sociologie et la philosophie (Despret) ainsi qu'aux courants plus récents tels que la technozoosémiotique (Bec), les partenariats art, science et technologie (Fourmentraux) et à l'éthologie cognitive (Leblanc), la recherche s'articule en trois parties. La première est consacrée à la transformation de la science de l'équitation en art de monter à cheval au XVIIe siècle (de Pluvinel) entraînant l'avènement du cirque moderne au XVIIIe puis du spectacle équestre tel qu'on le connait aujourd'hui (Zingaro). La seconde partie s'ouvre au-delà des domaines de recherche habituellement associés au cheval. D'une part sur des expériences d'amateurs éclairés qui ont dévoilé des capacités équines jusque-là insoupçonnées. D'autre part dans le champ de l'art, sur différentes manières d'aborder la création avec l'animal. Sans éviter d'aborder les questions d'actualité quant au travail animal (Porcher), une approche sémiotique (Bouissac) interroge le statut symbolique et la puissance d'agir (Latour) de ces animaux au cœur de l'œuvre. Cette seconde partie se termine, en croisant les recherches en cognition animale associées au développement d'interfaces technologiques qui permettent à l'auteure de s'engager à explorer de manière inventive, les modalités expressives d'une forme de langage animal/machine/homme. À la recherche de la création, la troisième partie met à l'épreuve ces différents constats. Adoptant une pratique artistique expérimentale, cette recherche donne alternativement aux chevaux le statut d'expérimentateurs au laboratoire et de partenaires artistiques à la scène (Hediger). Les performances qui en résultent considèrent la scénographie comme un agrès virtuel, qui engage une relation d'intermédialité entre l'animal usant d'outils interactifs et l'interprète humain qui les accompagne conviant les spectateurs à la mise en lumière d'une nouvelle place de la relation et du vivant dans l'art.

  • Titre traduit

    The scientific process applied to protocol creation with the horse. Between Arts and Sciences , hybrid spaces where living writing .


  • Résumé

    At the time of the Anthropocene, life sciences and new artistic practices are decompartmentalizing knowledge and practices, inviting us to reconsider the presence of animals in performing arts. The aim of this thesis is to design a creative process that favors the agency of the horse on stage thanks to tools and knowledge that can reveal a new approach to interspecies relations. The author of this thesis, scenographer-researcher-rider and her two trail horses Listan and Luzio, explore the modalities of their particular breed (Haraway) by putting it to work at the heart of the scenic device. Based on this practice from 2008 to 2019 in the professional field of performance art and live performance, 152 experiments were conducted. Referring to the history of equestrian art (Hodak), to ethology (Lorenz), to sociology and philosophy (Despret), as well as to more recent trends, such as technozoosemiotics (Bec), partnerships between art, science and technology (Fourmentraux) and cognitive ethology (Leblanc), the research is divided into three parts. The first part is devoted to the transformation of the science of horse riding into the art of riding, in the 17th century, (de Pluvinel) leading to the advent of the modern circus in the 18th century and into equestrian show as we know it today (Zingaro). The second part opens beyond the areas of research usually associated with the horse. On the one hand, on the experiences of enlightened amateurs that reveal previously unknown equine capacities. On the other, in the field of the arts, on different ways of approaching creation with the animal. Without avoiding the current issues around animal work (Porcher), a semiotic approach (Bouissac) questions the symbolic status and agency (Latour) of these animals at the core of the art piece. This second part ends by associating research in animal cognition with the development of technological interfaces that allow the author to explore in an inventive way the expressive modalities of a form of animal / machine / human language . In search of creation, the third part tests these different findings. Opting for an experimental artistic practice, this research alternately gives the horses the status of experimenters in the laboratory and artistic partners onstage (Hediger). The resulting performances consider scenography as a virtual apparatus that produces an intermediality between the animal using interactive tools and the human interpreter who accompanies them, bringing to light for the spectator a new place for relationship and life in art.